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Quand trop, c’est comme pas assez

Publié le 21 novembre 2014 par _nicolas @BranchezVous
Quand trop, c’est comme pas assez Exclusif

Internet, patrie des idéateurs et des services révolutionnaires? Le naturel pourrait bien revenir au galop sur le web, alors que le paysage se transforme.

L’heure est à la concentration. Spotify, dont le nom a défrayé la manchette ces derniers jours après que la chanteuse Taylor Swift eut décidé d’en retirer l’ensemble de son catalogue, invoquant des royautés de misère, doit affronter une nouvelle menace : celle des grands de ce monde qui peuvent se permettre de simplement lancer de l’argent pour venir à bout des concurrents.

Déjà, Songza est passé entre les mains de Google plus tôt cette année. À moins que Spotify ne trouve une méthode visant à s’imposer durablement, tout porte à croire que les temps seront durs pour l’entreprise.

Google n’a certainement pas causé la surprise en annonçant cette semaine l’arrivée d’un service d’abonnement sans pub pour écouter de la musique sur le déjà ultra-célèbre YouTube. Mais l’officialisation de cette opportunité à 8$ US par mois cogne comme une poignée de clous enfoncés dans le cercueil des petits joueurs, dont Spotify. Déjà, Songza, un autre joueur du marché, est passé entre les mains du géant californien plus tôt cette année. À moins que Spotify ne trouve une méthode visant à s’imposer durablement dans ce créneau — par exemple en révolutionnant le versement des royautés, comme le suggèrent plusieurs experts et acteurs du milieu —, tout porte à croire que les temps seront durs pour Daniel Ek, le patron de la boîte.

Chez Google, le service lié à YouTube s’ajoute au catalogue déjà existant de Play Music, son autre service musical lancé en mai dernier au Canada. Un onglet Musique a également été ajouté à l’application mobile de YouTube, venant compléter ce qui est affiché dans la section musicale de son site web. Plus facile donc pour le milliard d’utilisateurs de YouTube de trouver des pièces musicales, voire des albums entiers, et ce même s’ils ne sont pas abonnés.

Rien dans tout cela ne devrait surprendre qui que ce soit. Spotify se targue d’avoir 50 millions d’utilisateurs? Soit, mais ce n’est pas suffisant pour faire une différence si l’entreprise suédoise ne réussit pas à se repositionner. Et cela sera particulièrement complexe, puisque dans le domaine culturel, les plus forts ont bien souvent plus d’avantages que les nouveaux venus.

La situation du côté de Netflix

Prenez l’exemple de Netflix, le service de diffusion vidéo auquel Spotify est d’ailleurs comparé dans un long texte à propos de Daniel Ek paru dans le magazine New Yorker. En offrant un abonnement comptant une consommation illimitée de contenu, plutôt que de facturer à la pièce chaque film ou émission de télévision regardé, la compagnie américaine a fait plus que sensation : elle a révolutionné le milieu de la distribution de contenu. Si le iTunes Store avait, quelques années après l’arrivée de Napster, cimenté la vente en ligne légale de pièces musicales, Netflix, lui, a entièrement changé le modèle. À l’image d’un abonnement classique au câble ou d’une carte de bibliothèque, un compte Netflix est utilisable à volonté. La seule limite est votre capacité de téléchargement.

television

Jusqu’ici, tout va bien. Rapidement toutefois, les grands noms de la culture, qui du cinéma, qui de la musique, prennent conscience de l’attrait financier de l’aventure. Et comme les entreprises visionnaires n’offrent directement aucun produit dans cette affaire, mais concluent plutôt des ententes avec des maisons de disques ou des studios de cinéma, ces derniers n’hésiteront certainement pas à se débarrasser d’un intermédiaire pour lancer leurs propres services.

D’où l’annonce, entre autres, d’une version indépendante de HBO Go, le service de diffusion en ligne de la chaîne de télévision payante, qui sera d’abord offert aux États-Unis. HBO qui, est-il nécessaire de le rappeler, n’a jamais voulu offrir ses émissions à Netflix, et surtout pas Game of Thrones, dont le succès est tel que l’entreprise peut se permettre d’ignorer le fait que l’émission en question est la plus piratée de l’histoire. C’est dire!

Multiplication des offres de service

Adieu service centralisé qui permettrait d’obtenir tout son contenu au même endroit pour un prix raisonnable, voilà que l’on devra payer pour une pluralité de services et lieux de diffusion, selon ses intérêts et passions du moment.

Désormais, avec des initiatives qui se multiplient aussi du côté canadien, entre autres avec Shomi, un Netflix à la sauce canadienne soutenu par Rogers et Shaw, la révolution est ironiquement en train de se mordre la queue.

Comme le mentionne le collègue Tristan Geoffroy dans un billet publié tout récemment, la multiplication des forfaits d’abonnements a quelque chose de paradoxal dans un univers entièrement numérique. Adieu service centralisé qui permettrait d’obtenir tout son contenu au même endroit pour un prix raisonnable, voilà que les utilisateurs devront, tout comme pour les bouquets de chaînes télé qui tardent à mourir, acheter un accès à une pluralité de services et lieux de diffusion, selon leurs intérêts et leurs passions du moment.

C’est bien dommage, d’ailleurs, car la meilleure méthode pour combattre le piratage n’est pas d’imposer des verrous numériques, mais plutôt d’écouter le consommateur en offrant un service facile d’utilisation, qui regroupe les produits recherchés, et qui se vend à un prix concurrentiel. Steam, la création de Valve, l’a parfaitement démontré avec une librairie de plusieurs milliers de titres, une stabilité appréciable et les fameuses ventes pluriannuelles.

Avec l’éclatement de l’offre en musique, c’est tout le contraire qui risque de se produire : soit on en restera aux forfaits gratuits, avec les pubs que cela comporte, soit on en reviendra aux bonnes vieilles habitudes d’aller rendre visite aux amis de chez The Pirate Bay. Le tout au détriment des bonnes idées, comme Spotify.


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