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70% acrylique / 30% laine

Publié le 22 novembre 2014 par 123paris

ACRYLIQUE LAINE VIOLA DI GRADO

Viola Di Grado, 23 ans, est née à Catane en Sicile. Elle a étudié les langues orientales à Turin. Son premier roman 70% acrylique 30% laine a obtenu le prestigieux prix Campiello Opera prima.

Camelia et sa mère vivent en Angleterre, à Leeds, lieu hostile, figé dans un éternel hiver. Depuis la mort brutale du père, les deux femmes se sont enfermées dans un mutisme absolu, ne communiquant que par un alphabet de regards. Coupées du monde, elles s'adonnent à d'étranges lubies : Camelia récupère dans les poubelles des vêtements neufs qui semblent l'œuvre d'un couturier fou, sur lesquels elle s'acharne, armée de ciseaux, pour les « croiser » avec les siens, créant ainsi d'extravagants hybrides, tandis que sa mère photographie des trous en tout genre. Un jour, Camelia fait la connaissance de Wen, un jeune Chinois qui tient une boutique de vêtements avec son frère cadet, Jimmy. Wen la persuade de recommencer ses études de chinois. Les idéogrammes qu'elle dessine et leurs clefs parviennent miraculeusement à insuffler un peu de beauté dans sa vie : Camelia retrouve ainsi l'usage des mots, le goût du sens, et l'amour. Roman coup de poing, cynique, drôle et noir, servi par une écriture neuve, incisive et poétique, qui décrit efficacement la rébellion de la narratrice et son instinct effréné de survie.

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Extrait : Je pris l’habitude de sortir habillée des tenues de la poubelle… J’arborais dans les rues leur dissymétrie obscène, leurs manche sur les fesses, leurs boutons sous les aisselles. Et puis des boutons à trajectoire irrégulière qui culminaient dans un creux embarrassant du corps, sans compte les pull-over sexy taille poupon et les pantalons à trois jambes. Grace à ces vêtements, je me sentais parfaitement à l’aise. De toute façon, je n’allais qu’au supermarché ou au cimetière guillotiner les fleurs… Je saisis la robe aux manches disparates et, dans un élan de créativité sadique, en amputai une aux ciseaux. Je divisai la jupe en deux et cousis la partie découpée sur une autre robe, en biais, comme une ceinture de sécurité. Je continuai pendant des heures, avec une jouissance effrénée, à fendre les pantalons, mutiler les poches, échanger les boutons, monter de petits cols laids sur des vêtements encore plus laids. Puis la laideur se fit foudroyante, parfaite, et le contenues de la poubelle ne suffirent plus : il fallait que je greffe des morceaux de tissu découpés dans les vêtements de mon armoire…


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