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L’Archange et les médecins

Publié le 12 novembre 2014 par Lebon Ecu @lebonecu

Voici un témoignage de la concurrence que se livraient, au Moyen Age, saints et médecins pour la guérison des malades. On y voit cette fois, non plus la grogne d’un médecin contre les superstitions mais la divine colère de l’Archange Michel contre les médecins sacrilèges. L’épisode s’inscrit dans l’espace byzantin. Il est extrait d’une compilation des Miracles de saint Michel. Rappelons que l’Archange Michel est le chef des armées célestes et que c’est lui qui terrasse le Dragon dans l’imagerie chrétienne. Cela explique en partie l’aspect belliqueux de son irruption dans le récit, probablement raconté aux fidèles d’une voix terrible par les prédicateurs !

Un jour, accablé par une maladie grave, [Marcien, le porte-cierge], gisait dans le narthex de l’église de l’Archange et [il y demeura] plusieurs jours, animé par sa grande confiance. Beaucoup d’amis, de parents et encore de médecins, rassemblés près de lui, lui disaient de recourir à ce qui était apte à le guérir, c’est-à-dire à des soins médicaux. Mais lui ne supportait pas de les entendre. Alors un des médecins osa confectionner des remèdes qu’il apporta et donna aux infirmiers, en leur recommandant de [les] lui administrer avant l’office du matin, qu’il le veuille ou non.

La même nuit, comme Marcien était en extase, il vit toutes les portes de l’église s’ouvrir brusquement et, devant le bassin de la phiale, il vit un homme terrifiant et impétueux, descendre du ciel à cheval, sur un destrier blanc et resplendissant. Descendant de cheval, il entra dans l’église, entouré de nombreux lanciers et vêtu d’une robe de préposite. Toute l’église fut remplie d’une odeur ineffable. S’approchant de la couche de Marcien, il fit mine de chercher en tâtonnant quelque chose sur la banquette, et finit par trouver les médicaments dont j’ai parlé, dans un petit bol. Il les prit et les apporta à Marcien en disant : « Qu’est-ce que cela ? Qui a osé l’apporter dans ma maison ? » Celui-ci lui dit en tremblant : « C’est le médecin Untel, me semble-t-il, seigneur ». Alors l’homme terrifiant et glorieux dit à deux de ses lanciers : « Prenez ces produits, allez vite percer la tête de celui qui m’a méprisé et versez-les dedans. » Trempant alors le bout de son doigt dans la lampe qui brûle devant l’icône du thaumaturge, il fit sur la tête de Marcien le signe de la croix avec l’huile sainte. Puis, sortant de l’église, il remonta sur son cheval et remonta au ciel. Aussitôt toutes les portes de l’église se refermèrent d’elles-mêmes.

[Marcien est guéri, et le médecin, retrouvé moribond, se fait porter dans le sanctuaire où saint Michel le guérit à son tour.]

Edition française dans Halkin, Inédits byzantins d’Ochrida, Candie et Moscou, Bruxelles, 1963, pp. 149-150. Traduit du grec et présenté par M.-H. Congourdeau dans Economie et société à Byzance, textes et documents, Publications de la Sorbonne, 2007, pp. 177-178. Sur le même sujet, vous pouvez lire l’ouvrage d’Evelyne Patlagean, Maladie et société à Byzance, 1993.


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