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PokerStars trébuche de manière inattendue

Publié le 08 décembre 2014 par Alain Dubois

240px_van_gogh_the_brothel.pngLorsqu’Amaya a annoncé l’acquisition de PokerStars (12 juin 2014), la transaction n’a pas vraiment suscité d’inquiétudes parce que les acquéreurs provenaient d’un milieu où on connaît le poker, parce qu’Amaya ne semblait pas vouloir tout virer à l’envers, et parce que la compagnie était inscrite en bourse. Mais, la bouchée était énorme à avaler pour deux raisons : (1) le coût d’acquisition était hors de proportion par rapport à ce que valait Amaya, et (2) la brève expérience d’Amaya, avec le petit réseau OnGame, laissait entrevoir quelques difficultés à s’adapter à un aussi gros marché.

Dans le domaine du poker, un événement hyper-médiatisé, qui vire à la foire, peut porter un coup sérieux à la crédibilité. Il y a trois ans, EspaceJeux a irrémédiablement altéré sa réputation lors de la bourde du championnat de poker du Québec. Lors de l’inauguration, le 1 décembre 2010, beaucoup de joueurs étaient très réfractaires aux critiques envers EspaceJeux. Leur espoir était qu’EspaceJeux allait rapidement devenir une partie de pêche pour les joueurs professionnels ou ceux qui pensaient le devenir. En psychologie, on dit que Loto-Québec bénéficiait d’une puissante assimilation de la part de ces joueurs. En marketing, cela vaut de l’or car ce type de client peut tolérer de nombreux dysfonctionnements … tant qu’il ne franchira pas l’ ancrage. Mais, avec la finale en ligne du championnat de poker, c’était un bordel difficile à ne pas voir. La bourde était tellement loufoque que Loto-Québec n’apparaissait plus comme un rempart solide où les critiques s’échouaient invariablement. Le passage conséquent de l’assimilation au contraste est digne des meilleurs traités sur la théorie du jugement social. Par la suite, on a vu des clients, parmi les plus assimilés, devenir des critiques sévères d’EspaceJeux. Samedi (6 décembre 2014), c’est ce que pourraient avoir aussi vécu Amaya et PokerStars.

Depuis le 1 décembre 2014, PokerStars a une promotion intitulée $1M Milestone Hands. Il suffit de participer à une partie à l’argent à la bonne table pour recevoir des cadeaux en argent. Cela survient trois cents fois, pour 300 millions de mains aux parties à l’argent, pour une bourse totale de un million de dollars à distribuer. Quand une borne (Milestone, la millionième main) est franchie, les autres joueurs du réseau sont avisés pour être témoin de l’événement. Or, hier, l’événement survient à une table en argent fictif … à une table où cela n’est pas supposé survenir. Pour les responsables de la programmation, l’erreur est énorme car on ne s’attend vraiment pas à ça de PokerStars qui organise souvent ce type de promotion. L’erreur est tellement inattendue qu’elle ébranle la certitude en la solidité du logiciel de poker, jusque-là un net avantage de PokerStars sur ses concurrents.

Voici une des images capturées très tôt lors de l’événement.

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On est vraiment à une table en argent fictif. Au moment de la capture, la table était gelée … ce qui n’a pas empêché certains joueurs d’aller s’y installer après coup. Sur cette image, il y a 3 joueurs avec 1000 jetons. En situation de jeu, c’est plutôt étonnant … quoique possible. Mais, il est plus raisonnable de croire que 3 joueurs ont été s’inscrire à cette table après l’annonce de la Milestone. Mais, le manque de contrôle des programmeurs apparaît pire si on compare notre image avec celle reproduite sur PrincePoker. Sur notre image, le joueur Brick1Time avec 2364 jetons est remplacé, sur l’image de PrincePoker, par DEEPsource qui a les 1000 jetons qu’on accorde aux joueurs qui arrivent dans la partie. C’est le cas aussi de make0420. Pendant tout le temps que la table était gelée, mais toujours activée, les joueurs devaient se garrocher pour aller s’asseoir à cette table alors que les programmeurs n’en avaient pas le contrôle. C’est un bordel suffisant pour que les mordus de PokerStars en viennent à se demander si PokerStars est toujours LE Pokerstars.

Pour Amaya, le danger n’était pas de faire une erreur. Mais, c’était de le faire là où on ne le croyait pas possible. C’est à suivre notamment si on croit en la venue d’un sauveur du poker au Québec.
Image en entête : Vincent Van Gogh, Le Bordel 1888


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