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Mode annees 1950

Par Aelezig

Durant la Seconde Guerre mondiale, période de restrictions et d'angoisses peu propice à la mode, de nombreuses maisons de couture ont fermé et les tissus sont rationnés. Les robes et vestes larges, pratiques, souvent chaudes, ainsi que les jupes courtes, dominent le vestiaire féminin. La capitale de la mode, que les Allemands avaient tenté de transférer de Paris à Berlin puis Vienne, est maintenant aux États-Unis avec les balbutiements du prêt-à-porter pour une mode simple et inventive. Si les pays européens sont parfois au bord de la faillite, l'Amérique sort du conflit relativement indemne et riche.

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Lucien Lelong, alors président d'honneur de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, se bat, comme tout au long de la Guerre, pour redonner à Paris son rôle central. Il porte Le Théâtre de la Mode, spectacle de petits mannequins habillés par le Tout-Paris de la mode, dans le monde entier. De nombreuses nouvelles maisons ouvrent leurs portes peu après la capitulation du Troisième Reich, comme celles de Pierre Balmain ou de Carmen de Tommaso, remplaçant celles qui ont définitivement fermé en 1939. Certaines ouvrent après plusieurs années d'inactivité, à l'image de Schiaparelli et Molyneux, et conservent leur rang au sein de la haute couture parisienne. Celles qui n'ont pas fermé durant la Guerre, continuent leur activité, comme les maisons de Robert Piguet, Jacques Fath, ou de Cristóbal Balenciaga. Partout en France l'industrie textile se reconstruit. Américains, australiens, anglais, les acheteurs du monde entier investissent Paris dès la Libération.

La mode des années 1950 débute en fait le 12 février1947 ; ce matin-là avenue Montaigne, un nouveau couturier, Christian Dior, présente sa première collection. Tenue secrète, des rumeurs se sont répandues sur l'importance de celle-ci. À l'issue du défilé, la journaliste américaine Carmel Snow du Harper's Bazaar rebaptise cette collection New Look. Dans les jours qui suivent, ce New Look va révolutionner la mode mondiale, marquant par la profusion de ses tissus et par sa féminité exacerbée, par son optimisme, la fin des années de privations : malgré l'élitisme de la haute couture, le New Look donne l'image d'un avenir meilleur. L'inconnu Dior est propulsé au firmament de la mode. Il va dominer jusqu'à sa mort la haute couture, donnant à chaque saison de son influence majeure. La tendance des vêtements à la ligne floue des années de conflit passe rapidement à une silhouette corsetée, avec des vêtements cintrés marquant les hanches et la poitrine, complétés d'une jupe longue, large dans le bas, ou au contraire très étroite et tubulaire. « Nous abandonnons à l'orée de ce printemps 1947 les robes trop courtes, les vestes trop longues, les jupes de petites filles qui ne veulent plus grandir, ce style conçu pour l'époque difficile de la bicyclette. Ce qui frappe le plus dans les conceptions des maîtres de la couture c'est évidemment l'allongement spectaculaire des robes. Des jupes collantes gainent le corps, tandis que d'autres longues et plissées donnent à la démarche une grâce d'envol. ». Les manteaux, bien que amples, sont également serrés à la taille pour épouser la silhouette du New Look et assez longs pour couvrir jupe ou robe. Se couvrir les cheveux d'un large chapeau ou au moins un petit couvre-chef est obligatoire, de même que les gants le plus souvent. Les accessoires, que ce soit le sac à main, l'indispensable ceinture marquant la taille, ou les chaussures, se doivent d'être assortis. Bien que l'industrie de la chaussure soit très présente en Italie, les chausseurs Charles Jourdan et Roger Vivier créent des modèles luxueux en France. Les publicités pour les parfums et cosmétiques envahissent la presse, ces produits apportant des revenus aux couteuses maisons de couture.

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La prospérité de la haute couture française est de retour et celle ci va influencer directement la rue.

Cristóbal Balenciaga, le « couturier des couturiers », « Le Maître », a ouvert sa maison de couture en 1937 Avenue George-V mais rencontre le succès après la Guerre avec ses vêtements élégants, raffinés, alternant entre l'usage de couleurs sombres ou colorés. L'apparence de simplicité et d'équilibre qui résulte de ses créations cache en fait une rigueur à toutes les étapes de la confection, dont le montage est souvent compliqué. Son modèle phare des années 1950 et de multiples fois réinterprété consiste en « une veste semi-ajustée à encolure dégagée et une jupe simple, soit droite, soit à deux ou quatre pans légèrement évasés. » Mais le couturier se fait également connaitre par d'autres styles très différents qu'il maitrise à la perfection : ses robes ballons, robes tonneaux ou robes sacs, ses capes, ses tailleurs… Ses vêtements semblent parfois flotter sur le corps. Si ceux destinés à la journée sont sobres et pratiques, les robes du soir sont « majestueuses ». Le couturier ne cherche nullement à influencer la tendance de l'époque, il expérimente et coupe, il est la tendance. Éminemment respecté, Balenciaga fait l'unanimité des médias et des couturiers, y compris auprès du premier d'entre eux, Dior.

Jacques Fath, qui n'a pas fermé durant la Guerre adaptant ses créations aux rigueurs parisiennes, est omniprésent dans la presse. Il rencontre la célébrité en 1947. Fath développe, dès la Libération, une mode très féminine pour les femmes sveltes, à base de robes fourreaux. Par la suite, il réinterprète le New Look de façon personnelle lui permettant d'être une influence majeure, au premier plan, avec des cols pointus, des créations audacieuses munies de grands ornements, ses luxueuses robes de bal et de soirée, ou le chemisier qu'il réalise pour sa muse Bettina, incarnation de la Parisienne. Il connait ces années là une brève mais éclatante carrière. 

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En cette période conservatrice, l'émancipation vestimentaire acquise par les femmes durant la Guerre est révolue, effacée par Dior. La « maitresse de maison » se doit d'être toujours correctement habillée au foyer, y compris pour les tâches ménagères ; chaque moment de la journée est codifié par un style de tenue ; pour les courses ou le shopping, il convient de se vêtir d'une robe élégante et d'être toujours apprêtée. La publicité véhicule cette image idéalisée. Les marques américaines Revlon, Helena Rubinstein ou Elizabeth Arden dominent le marché des cosmétiques et leur expansion va de paire avec le lancement permanent de nouveaux produits, appuyé par de larges campagnes de communication ; le maquillage des yeux et des lèvres est primordial. Le teint clair et la bouche foncée, les longs traits d'eye-liner rehaussés d'indispensables faux-cils, sont des classiques. Les mannequins et modèles, dont le métier s'améliore et devient enviable grâce à Eileen Ford entre autres, contribuent à répandre ces préceptes de maquillage. Au delà des couturiers, les photographes de mode perpétuent à diffuser l'image de la femme. Le cinéma est également un vecteur de diffusion de la mode, et de nombreux couturiers ont une activité de costumier.

Les fibres synthétiques se répandent, à l'image du nylon pour les bas qui deviennent de plus en plus fin, du Rhovyl, de l'acrylique, ou du Rilsan plus tard ; celles ci donnent des vêtements soient chauds, solides, légers ou facile à nettoyer et repasser. « Laver et porter » en est le principe. Un usage important du nylon mélangé à d'autres fibres est fait pour la fabrication de la lingerie qui entraine des ventes importantes de sous-vêtements grâce à son aspect pratique. Si le corset à baleines perdure, le porte-jarretelles ou la gaine-culotte prennent l'avantage. La guêpière ou le serre-taille font partie intégrante de la garde robe féminine de celles qui suivent la mode afin de maintenir cette silhouette à taille étroite imposée par le style Dior. Les soutien-gorges pointus se doivent de bien séparer chaque sein et faire un poitrine proéminente. Les régimes amincissants sont fréquents dans les magazines.

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Les textiles s’allègent également pour l'ensemble complet-veston de l'homme qui n'a que peu évolué depuis les années de guerre, et seulement dans les détails. Les chemises sont confectionnées elles aussi en nylon, la cravate n'est pas systématique et parfois remplacée par un foulard. Pour ses loisirs, les premiers signes du sportswear apparaissent, l'homme peut s'habiller de tenues plus décontractées. Les premiers défilés et présentations pour hommes sont lancés, ainsi que des salons professionnels. Vers le milieu des années 1950, le centre de la mode masculine bascule des classiques tailleurs londoniens, spécialistes du sur mesure, vers l'Italie.

La haute couture, image de la mode française, est commercialisée aux acheteurs du monde entier par l'intermédiaire de patrons, les « copies légales », reproduits localement. Mais alors que la mode est toujours majoritairement confectionnée chez soi par des couturières de quartier, cette élitiste haute couture entraine un nombre considérable de contrefaçons. Afin de lutter contre ces copies, des règles strictes sont édictées par la Chambre syndicale.

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Après plusieurs années d'apprentissage chez divers couturiers, Hubert de Givenchy se décide à ouvrir sa propre maison. Sa première collection, composée d'éléments séparés faciles à coordonner, démontre une mode pratique, au style classique, élégant pour une femme jeune et moderne. Années après années, ce style va aller vers plus de simplification, mais sans négliger ornementation ou motifs. Sa collaboration avec Audrey Hepburn, dont il façonnera le style, est largement commentée. La clientèle de la maison est majoritairement américaine. En 1957, il fonde avec son frère les Parfums Givenchy.

La silhouette féminine continue à évoluer vers une ligne plus galbée ; les jupes raccourcissent. Si les jambes se découvrent, la bienséance interdit de montrer ses bras avant la soirée. Mais les affres de la Guerre sont maintenant loin et il est de bon ton de recevoir chez soi ; les cocktails de fin de journée sont en vogue, et tous les couturiers dessinent des « robes de cocktail » soit fourreau, soit bouffantes inspirées de la silhouette New Look, mais toujours à épaules dénudées. Les grands bals et fêtes mondaines sont aussi de retour. La « robe de bal » se doit d'être spectaculaire, débauche de luxe et de création.

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Pierre Balmain, qui développe des lignes strictes et féminines pour le jour depuis l'ouverture de sa maison après guerre, se fait connaitre également pour ses robes de soirée en satin, velours, organza, mousseline, ornementées de broderies ou imprimés. Son style appelé Jolie Madame, orne une femme élégante, incarnation des années 1950. Le couturier réalise également de nombreux costumes pour le cinéma et habille plusieurs personnalités des cours royales d'Europe, des stars, crée des robes de mariée de mariages mondains… Vers la fin de la décennie, son style devient épuré, jusqu'à la ligne tubulaire de 1958. Tout au long de cette décennie, il fait partie des couturiers développant des créations spécifiquement pour les jeunes filles, celles-ci rencontrant une plus grande liberté, face aux conventions, pour s'habiller.

La jeunesse des années 1950 attire à elle des styles vestimentaires divers dont certains inspirés de la haute couture ou des costumes du cinéma ; d'autres sont créés ou adoptés par les plus jeunes, comme une forme d'indépendance, tels le preppy ou le bobby-soxer aux États-Unis surtout, le jeans déjà popularisé à partir des années 1930 et qui connait une déferlante vingt ans plus tard associé à son image déviante, le blouson noir, le t-shirt ou la chemise à carreaux ; les différents courants musicaux, comme le swing ou le rockabilly, sont vecteurs de diffusion d'une mode propre à chacun. 

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Gabrielle Chanel, après de longues années d'absence, ouvre de nouveau sa maison et lance son iconique tailleur ; d'un échec immédiat, celui-ci va devenir l'un des vêtements les plus emblématique du XXe siècle.

Les lignes strictes imposées dès 1947 s'assouplissent ; le New Look de Christian Dior disparait progressivement avec les lignes successives « H », « A », « Y ».... À la mort de Dior fin 1957, c'est le tout jeune Yves Saint Laurent qui marquera le nom de la maison avec un renouveau de la ligne, rencontrant lui aussi un immense succès immédiat, prélude d'une longue carrière. Bien avant les premières collections de robes en forme de trapèze de Saint Laurent, Balenciaga puis Givenchy présente des collections aux formes épurées, surnommées « la ligne sac » par les journalistes qui n'appréciaient pas tous. Les formes féminines qui prévalent au début de la décennie ont laissé place à une ligne moins aiguisée : « Les tissus fluides, glissants ont pris le pas sur les lainages raides et les soieries cassantes. Une grande vague de souplesse jette ses ondes douces sur le corps mince mais galbé. La femme 1958 a des formes menues certes, mais elle en a, car la robe « sac », sans l'appui discret de la poitrine et des hanches, serait fade, ce qui n'est pas. »

Elle est fondé en 1945. Le succès est rapidement au rendez-vous avec plus d'un demi-millions d'exemplaires, le magazine devient un prescripteur important pour la mode des années 1950. Edmonde Charles-Roux intègre ce nouveau magazine, avant de rejoindre le Vogue français qui dès 1947, va reprendre un rythme normal à la suite de sa suspension pendant la Guerre et sa reprise progressive. L'Officiel est de tous les défilés, ainsi que L'Art et la Mode. Modes & Travaux fait ses couvertures de la haute couture, illustrées par Jacques Demachy ou Pierre Mourgue. Partout dans le monde les journaux ont leur page « mode ». La presse des États-Unis, particulièrement respectée, est présente dès la fin de la Guerre, ouvrant des bureaux en France, envoyant correspondants de presse et photographes de mode en résidence à Paris. Les deux magazines américains que sont Harper's Bazaar et Vogue se livrent une concurrence féroce à coup d'inventivité et d'expérimentations.

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En 1959, la haute couture, en régression, emploie 8000 personnes, au travers d'une cinquantaine de maisons. Depuis quelques années, plusieurs couturiers ont créé des lignes secondaires, plus abordables et vendent par l’intermédiaire des grands magasins. Pierre Cardin, précurseur, présente au Printemps sa collection de prêt-à-porter en 1959. Allant à l'encontre des règles édictées par la Chambre Syndicale de la Couture, Cardin est le premier couturier à se lancer dans le prêt-à-porter de façon aussi importante ; ceci exaspère ses confrères et la légende voudrait qu'il ait été exclu pour cela de la Chambre syndicale. C'est la fin de la mode des années 1950, la révolution stylistique est en marche vers les années 1960 de Courrèges, Emmanuel Ungaro ou Paco Rabanne, le jeans et la mini-jupe. C'est la fin de l'âge d'or de la haute couture en France ; Londres sera la prochaine capitale de la mode.

D'après Wikipédia


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