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Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 127

Publié le 14 décembre 2014 par Antropologia

La vie est un théâtre

Le froid arrive et mon inévitable quart d’heure d’avance m’oblige à me réfugier dans un café, au chaud. Accoudé au comptoir, un client raconte d’incompréhensibles blagues au patron qui fait semblant de rire. Entrent une dame et sa fille d’une douzaine d’années. Ils se connaissaient mais ne s’étaient pas vus depuis très longtemps:

- Ça va ?

- Des hauts et des bas.

- Elle a grandi…

Bref échange de phrases banales avant un long silence ; tout a été dit.

Puis, un instant plus tard, le client sort et juste au moment de refermer la porte, il se lance dans un long monologue sur l’âge de la jeune fille lors de leur dernière rencontre et certainement d’autres thèmes. Je n’écoutais plus, furieux contre le froid qui rentrait, moi qui cherchais le chaud. Enfin, à mon goût trop longtemps après, le client part.

Pourquoi a-t-il attendu que la porte soit ouverte pour se lancer dans sa longue tirade ? A l’évidence, seule cette place lui permettait de formuler ce qu’il voulait dire. Le départ a dû susciter des idées qu’il fallait exprimer au plus vite avant de disparaître. Mais aussi, un  ultime propos – situation notifiée par la porte ouverte – n’a pas la fermeté d’un dialogue en tête à tête ne serait-ce que parce que l’autre ne peut répondre ou poser des questions. La porte ouverte impose un type de discours, le monologue.

Cette situation avec tous les détails qui l’accompagnent montre que nous mettons en scène nos propos dans un décor significatif. Comme au théâtre, le contexte fait le texte.

Bernard Traimond



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