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Sydney – Le rugby se développe aussi à l’ouest

Publié le 29 décembre 2014 par Sudrugby

Le rugby à XV a bien longtemps été considéré, en Australie, comme un sport réservé aux classes aisées et où la pratique était surtout développée dans les banlieues résidentielles affluentes. D’autres sport comme le footy, le rugby à XIII voire le soccer sont plus suivis dans le pays, essentiellement auprès des classes plus populaires. Bastion du rugby union en Australie, Sydney (au même titre que Brisbane) a vu ses principaux clubs de rugby s’installer dans les banlieues Nord et Est de la ville. Il en est de même pour les lycées aka rugby nurseries d’où sont sortis diplômés la plupart des anciens joueurs des Tahs. Entre la Sydney Boys High School de Moore Park, la Shore School de North Sydney, le Newington College de Linfield voire le St Aloysius’ College de Milsons Point, les jeunes joueurs ont plus souvent côtoyés les futurs dirigeants et cadres du pays dans des établissements prestigieux. En se coupant ainsi “inconsciemment” de la majorité de sa population, le rugby à Sydney se prive d’un public (les gradins de l’Allianz Park sont souvent clairsemés) mais surtout d’une réservoir de joueurs dont s’emparent les clubs de NRL (9 équipes sur 16 sont basés dans la Sydney Metropolitan Area).

Michael Cheika Wallabies Waratahs

Michael Cheika est à l’origine du renouveau des Waratahs

Éternellement favoris du Super Rugby mais régulièrement décevants, les Waratahs ont du attendre 2014 pour remporter leur premier tournoi. L’ethnocentrisme du rugby Australien m’a souvent interpellé quand j’étais sur place et la mise en place d’un staff expérimenté à la tête de la franchise de Sydney est certainement le principal facteur de ce succès. En effet Michael Cheika est passé par l’Irlande et la France, Nathan Grey par le Japon alors que les Néo Zélandais Daryl Gibson et Andrew Mehrtens ont apporté une excellence de la préparation de l’autre côté de la mer de Tasman. Mais la présence dans le squad de nombreux joueurs originaires des banlieues sud et ouest de la ville est également une des raison du renouveau des Tahs. Onze des joueurs régulièrement alignés par Cheika en 2014 (voir effectif 2014) viennent de la zone que l’on appelle vulgairement les Western Suburbs, une vaste zone éloignée des images habituelles que l’on peut avoir de Sydney comme la baie, le Harbour Bridge, l’Opéra ou les plages de Bondi et Manly et que les Jeux Olympiques de 2000 devaient relancer.

Dave Dennis Waratahs Kurrajong

Le capitaine Dave Dennis est originaire de Kurrajong à l’ouest de Sydney

Cette zone est considérée comme à fort potentiel pour les recruteurs du club en partie grâce à la présence d’une forte communauté originaire des Pacific Islands. L’influence polynésienne est évidente et le management des Waratahs comme de la New South Wales Rugby Union souhaite désormais capitaliser dessus comme l’indique le capitaine de la franchise Dave Dennis, lui même originaire de Kurrajong.

C’est une zone à très haut potentiel pour le recrutement de joueurs. Un grand nombre de familles Polynésiennes passionnées par le rugby union vivent dans cette partie de la ville de Sydney et d’un point de vue rugbystique, nous serions stupides de ne pas capitaliser et développer cet amour du rugby à XV – Dave Dennis

Tatafu Polota Nau Waratahs Wallabies

Tatafu Polota Nau est un des leaders du groupe resté fidèle à Parramatta

En plus du capitaine Dave Dennis, le talonneur international Tatafu Polota-Nau (Granville) joue les grand frère d’un groupe constitué de Will Skelton (Blacktown), Wycliff Palu (Plumpton), Israel Folau (Minto), Kurtley Beale (Mount Druitt), Sekope Kepu (Prestons), Benn Robinson (Dural), Tolu Latu (Canterbury), Taqele Naiyaravoro (Parramatta) et Alofa Alofa (Earlwood). Malheureusement beaucoup de ces joueurs ont du quitter leurs équipes juniors locales afin de continuer de progresser et ont du rejoindre des clubs plus huppés comme Sydney University, Randwick voire Eastwood. En effet, pour envisager une carrière à XV, passer par les équipes colts (moins de 21 ans) de ces clubs était il y a encore peu la voie royale voire obligatoire. Un frein pour de nombreux jeunes n’ayant pas les moyens logistiques de se rendre plusieurs fois par semaine à l’entraînement et donc obligés de se tourner vers le XIII. Polota Nau est l’exception du groupe, le talonneur étant resté fidèle aux Parramatta Two Blues depuis ses débuts au point d’avoir intégré le comité directeur du club. International avant même de débuter en Super Rugby, il est très investi au sein de la communauté locale, en particulier celle originaire des Tonga dont il parle la langue. Les jeunes ont désormais plusieurs repères à XV pouvant leur servir de modèle et d’inspiration.

Nemani Nadolo Waratahs

Nemani Nadolo avec le maillot des Waratahs. Malheureusement jamais sur le terrain.

Le mérite revient également à Michael Cheika de s’être écarté du système de recrutement habituel mis en exergue aussi bien par Ewen McKenzie que par Chris Hickey lors de leurs passages à la tête des Waratahs. Il n’était pas rare que de nombreux joueurs performants en Shute Shield n’aient jamais eu d’opportunités au niveau supérieur, la place étant déjà occupée par le dernier espoir des colts de Sydney University ou Randwick. Des choix souvent hasardeux ayant vu la franchise se priver par exemple de Nemani Nadolo qui explose désormais avec les Crusaders, les Fidji et au Japon voire Sitiveni Mafi qui s’est imposé à Leicester avant de revenir cette saison du côté de Perth. Matt Hodgson, Luke Jones voire Ben McCalman sont autant de joueurs manqués par les Waratahs et que d’autres franchises Australiennes n’ont pas laissé passer.

Tim Kelaher Waratahs scout

Tim Kelaher, premier responsable du recrutement des Waratahs

Après ses six premiers mois comme manager des Waratahs, Michael Cheika a crée le poste de chief scout (responsable du recrutement), une première à Sydney. Tim Kelaher (ancien Wallaby et Waratah) a donc été nommé à ce poste avec pour objectif de ne plus laisser passer tout joueur âgé de plus de 16 ans dans l’état du New South Wales. Alofa Alofa ainsi que Taqele Naiyaravoro ont ainsi pu bénéficier de cette expertise nouvelle et ont délaissé un parcours bouché à XIII pour tenter leur chance avec la province du NSW. Avant de briller l’année du titre en 2014, Alofa Alofa a fait partie d’une sélection “Barbarians” pour une tournée en Argentine en 2013 où il a tapé dans l’oeil de Cheika après une saison en Shute Shield avec West Harbour, un club qui progresse d’année en année. Même programme pour Naiyaravoro qui a intégré le groupe en cours de saison l’an passé. Les nombreux joueurs bénéficient aujourd’hui en plus de la mise en place du National Rugby Championship en 2014 et ont pu intégré des clubs comme les Greater Sydney Rams ou les NSW Country Eagles pour obtenir plus de temps de jeu à haut niveau.

Nous souhaitons que les joueurs de Sydney comme du NSW Country sachent que, sans tenir compte du club où ils sont licenciés, ils auront l’opportunité de jouer pour les Waratahs. Nous nous fichons de la réputation de leur club, nous voulons simplement recruter des joueurs talentueux possédant la bonne attitude. On m’a demandé d’identifier les meilleurs joueurs aussi bien en Shute Shield, dans les programme colts (18-21 ans), dans les compétitions provinciales, chez les schoolboys (16-18 ans) voire même dans les subbies (compétitions amateurs inférieures) et d’accélérer leur passage au niveau supérieur – Tim Kelaher

Gen Blue Waratahs Pathway

Le programme Gen Blue des Waratahs

Tim Rapp Waratahs colts academy

Tim Rapp, entraîneur des espoirs des Waratahs

Les dernières saisons ont vu les Waratahs être pillés par les clubs Européens, un pillage touchant aussi bien les meilleurs joueurs que les espoirs sensés les remplacer. Comme en Nouvelle Zélande, le réservoir se retrouve donc fortement impacté. Pour renouveler l’effectif et et “fournir” en continue des joueurs prêts pour le haut niveau, le programme Gen Blue a vu le jour la saison dernière. Il s’agit d’une version moderne des Waratahs A, la seconde équipe de la franchise qui effectuait quelques rencontres en début de saison. Mais le programme Gen Blue va plus loin et propose aux joueurs de participer à la Pacific Rugby Cup (édition 2014 avec 4 franchises Australiennes et 5 sélections représentant l’Argentine, le Japon, les Fidji, les Samoa et les Tonga). Des programmes d’entraînement sont mis à la disposition des joueurs qui le reste du temps évoluent en Shute Shield, dans les compétitions espoirs nationales pour les moins de 20 ans voire dans des tournois à 7. En plus de Tim Kelaher, un entraîneur des espoirs a été recruté début 2014 pour encadrer ces joueurs auparavant laissés sous la responsabilité de leurs clubs respectifs. L’ancien demi de mêlée des Tahs Tim Rapp, lui même originaire du NSW Country et passé par les Southern Districts, un club de la grande banlieue de Sydney, est désormais le boss de l’académie des Waratahs. Son rôle, en association étroite avec Tim Kelaher, sera de découvrir et faire éclore les futurs Bernard Foley ou Will Skelton, aujourd’hui membres des Wallabies voire Tolu Latu ou Paddy Ryan, deux joueurs aux portes de la sélection nationale.

Le rugby Australien, représenté dans cet article par les Waratahs et la fédération du New South Wales, a compris qu’il devait sortir de sa zone de confort pour continuer d’évoluer au plus au niveau. La fédération du Queensland cherche également à se rapprocher des communautés autrefois délaissées et voit des pépites rejoindre le squad des Reds (Chris Kuridrani, Samu Kerevi voire Lolo Fakaosilea par exemple). Les effets de ces changements ne sont pas encore réellement tangibles mais devraient apparaitre clairement dans les années à venir. C’est en revanche trop tard pour la Coupe du Monde 2015 et Michael Cheika devra réaliser des miracles s’il souhaite remporter le tournoi.


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