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Nouvel an et le temps qui s’enfuit !

Publié le 30 décembre 2014 par Jacquesmercier @JacquesMercier

Le passage d’une année à l’autre est symbolique, le temps ne s’arrête pas. Tout au plus, comme pour une fête ou un anniversaire, nous prenons la mesure – toute relative ! – de ce qui a été accompli au cours d’une certaine durée.

Ceux et celles qui me lisent et qui sont grands-parents connaissent aussi cette émotion, par exemple, lors de la récente fête de Noël. Les enfants s’assagissent alors que les petits-enfants grandissent, jouent, rient, se bousculent à leur tour. On a beau maintenir les traditions du même repas à partager ou de chanter tous ensemble, on sait bien qu’on avance en âge dans cette grande chaîne humaine de l’évolution.

Mais pourquoi donc ce matin ai-je ouvert cette « Anthologie des poètes français contemporains » ? Ce vieux livre relié était caché sur un rayon de ma bibliothèque entre Jules Verne et la Comtesse de Ségur. Attention, « contemporains » d’une autre époque, puisque le sous-titre de l’anthologie est « Le Parnasse et les écoles postérieures au Parnasse (1866-1909), avec une préface de Sully Prudhomme. Il y a donc plus de cent ans !

La première constatation est que la grande majorité nous est inconnue. En lisant les noms de ces poètes, sûrement reconnus de leur vivant, certainement talentueux, mais dont les noms ne disent plus rien aujourd’hui, force est de se dire que nous sommes ici-bas bien peu de chose et que la vanité ou l’orgueil à propos de nos activités et de « œuvres » n’est pas de mise.

Qui étaient ce Lyonnais Xavier Privas, ce chantre de l’Allier Emile Guillaumin, ce poète de Bailleul, dans le Nord, Edmond Blanguernon, ce M. Saint-Georges de Bouhélier, de Reuil, et cette poétesse de Haute-Saône, Marie Dauguet ? Talentueux, oui, le plus souvent.

C’est presque plus triste, puisque malgré cela ils ne sont pas arrivés à se maintenir dans la mémoire du plus large public.

Dans cet ouvrage, je trouve le fac-similé de pensées autour de la poésie que l’auteur, G. Walch, sollicita sans doute auprès des élus du livre. Celle de Robert de Montesquiou (né en 1855) répond à l’interrogation : « Tous les éloges qu’on peut adresser à nos œuvres ne sauraient les faire durer, si elles ne sont pas durables. Quel que soit, d’autre part, le dénigrement dont elles puissent être l’objet, il demeure incapable de les anéantir, si quelque chose vibre en elles qui rencontre dans le futur une répercussion dont elles s’affirment et se justifient. »

Comment ne pas lui faire écho en transmettant le premier quatrain de son poème « Prière du poète » : « Mes bras sont entr’ouverts en forme d’une lyre / Où se vient reposer l’oiseau de paradis ; / Mon chant sait formuler ce que nul n’a su dire, / Je donne un nouveau sens à des mots déjà dits. » Comme l’idée demeure actuelle !

Et cette réflexion de Pierre Louÿs sur le renouvellement permanent de la poésie : « La poésie est une fleur d’Orient qui ne vit pas dans nos serres chaudes. La Grèce elle-même l’a reçue d’Ionie et c’est de là aussi qu’André Chénier ou Keats l’ont transplantée parmi nous, dans le désert poétique de leur époque ; mais elle meurt avec chaque poète qui nous la rapporte d’Asie. Il faut toujours aller la chercher à la source du soleil. »

Bien sûr, dans l’anthologie nous trouvons des noms connus, parfois depuis lors dans d’autres domaines littéraires (et c’est aussi une pensée à avoir sur ce qui demeurera de nous, si cela nous importe) : Henri Barbusse, Henry Bataille, Paul Fort, André Gide, Francis Jammes, Edmond Picard, Edmond Rostand, Paul Valéry…

J’aimerais faire un détour par Louis Mercier, en l’imaginant vieil oncle oublié en France ! Il fut rédacteur en chef du Journal de Roanne et « chante tendrement et avec ferveur ses souvenirs d’enfance » lit-on. Louis Mercier place étrangement l’épisode du Bon Samaritain dans notre pays : « Un noble cavalier du pays brabançon, / Par la route qui va de Namur à Nivelle, / Arrive à pied, ayant installé sur sa selle / Un bourgeois mis à mal d’un coup d’estramaçon. »

Bien entendu, nous souhaitons laisser une trace dans ce monde terrestre, mais on devine que celle qu’on gravera dans le cœur de ceux et celles qu’on aime sera plus profonde que n’importe quelle œuvre ou œuvrette artistique. Et d’ailleurs le problème n’est pas là : Il est d’accomplir au mieux ce que nous pouvons faire à l’endroit où nous nous trouvons. Cet accomplissement – en accord avec ce que nous sommes et croyons – est gage d’infini.

Qui connaît le retentissement de nos sentiments, de nos paroles, de nos actes ? Aujourd’hui ou demain ? Cela doit se faire sans envie de récompense, surtout pas immédiate.

Quant à l’éternité… Voici la pensée écrite de Francis Jammes dans l’anthologie dont je parle : « Un ciel, une prairie, un oiseau, et puis un tas d’autres choses qui n’ont ni commencement ni fin, c’est ce que j’aime et que j’écris… »

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