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"le chant de l’etoile du cœur de l’aube". la poesie siderale des /xams(bushmen)

Publié le 28 décembre 2014 par Regardeloigne

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D'après STEPHEN WATSON  : LE CHANT DES BUSHMEN /XAM

 

Puisque nous sommes dans le solstice d'hiver, phénomène astronomique mais aussi anthropologique, occasion de multiples fêtes et de cultes agraires, (la Nativité chrétienne, Saint-Lucie en Suède, les mystères de Mithra, les cultes d'Harpocrate, les Saturnales romains, les mystères d'Orphée, le Dévayana hindou), il est bon d'entendre la poésie sidérale des /Xam (appelés autrefois Bochimans, puis Bushmen, avant de se nommer eux-mêmes San).

 

Ces peuples parmi les plus anciens d'Afrique, auteurs de peintures et gravures rupestres qu'on trouve un peu partout, sont parmi les derniers à parler des langues à « clics » (orthographiés par le signe /).Tout au long de leur histoire mouvementée, ils avaient su développer une culture de chasseurs /cueilleurs, étroitement adaptée à un environnement hostile.

 

Considérés comme infra-humains aux 19ème siècles , méprisés et refoulés par les populations noires mais surtout « chassés » au sens propre par les Treckboers, leur culture a pratiquement disparu avec la sédentarisation.. Les derniers groupes de chasseurs cueilleurs, réfugiés dans une réserve du Kalahari risquent encore d'en être expulsés ; ayant trouvé des filons de diamants sur la réserve, le gouvernement du Botswana leur avait coupé l'eau pour les reloger de force, avant de reculer devant l'action internationale.

Leur poésie cosmique et chamanique qui a pratiquement disparu de leur mémoire a été heureusement recueillie par des auteurs sud-africains dont le traducteur Stephen Watson. A noter que celui-ci utilise notre terminologie astronomique pour faciliter la compréhension

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Le chamanisme :

Il était de notre famille, l'homme qu'on appelait //Kunn.

C'était un homme de pluie ; il fabriquait la pluie.

IL créait les cheveux de la pluie, ceux qui tombent

doucement.

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Il créait les jambes de la pluie, quand elle tombe en

colonnes.

Il invoquait la nuée, ce sorcier de la pluie.

//Kunn appelait la pluie, elle arrivait de l'ouest.

Quand il vivait au nord, Bochiman des montagnes,

la pluie venait de l'ouest et tournait vers le nord.

//Kunn savait faire la pluie, il savait l'orienter

vers le pays qu'il habitait, dans les montagnes.

Il était l'un des nôtres, ce sorcier de la pluie.

Mais il vivait au nord, et nous vivions à l'est.

Ni son père ni sa mère ne m'étaient connus.

//Kunn était déjà vieux quand j'étais enfant.

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Il était très vieux alors. Il est mort depuis longtemps.

Il ne danse plus à la poursuite de la bête de pluie.

Son cœur ne plonge plus dans les trous d'eau profonde,

pour chercher le taureau de pluie qui tient la pluie dans son sillage.

Il ne le conduit plus dans les plaines brûlées,

éparpillant sa chair son sang son lait, pour qu'ils deviennent pluie.

C'est le dernier que j'aie connu, ce sorcier de la pluie

. C'est le tout dernier, l'homme qu'on appelait //Kunn,

lui qui créait la pluie, et l'odeur de la pluie,

ce magicien de l'eau et du parfum de l'herbe,

Magicien des cheveux de la pluie, maître de la nuée

.

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Prière à la nouvelle lune :

Lune qui te lèves, qui reviens nouvelle

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, prends mon visage, ma vie, avec toi,

rends-moi le jeune visage, le tien,

le visage vivant, qui se lève renouvelé :

Ô lune, donne-moi le visage avec lequel tu renais de la mort.

Lune à jamais perdue pour moi,

et jamais perdue car tu reviens ; sois pour moi ce que tu fus jadis et

que je sois à ton image :

Donne-moi le visage, ô lune, qu'après ta mort tu renouvelles.

Lune, quand tu es nouvelle tu nous dis

que tout ce qui meurt doit renaître ; ton visage qui renaît me dit

que mon visage, s'il meurt, vivra :

Ô lune, donne-moi le visage

que toi, par ta mort, renouvelles !

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Chez nous, quand paraît Canope, on appelle un enfant :

« Apporte-nous du bois, la branche là-bas ;

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enflammons-la en l'approchant du feu,

pointons sa flamme vers Sirius, l'étoile. »

Chez nous, les /Xam, on dit à qui la voit paraître :

« 11 faut prendre un bâton, pointer vers elle sa flamme,

pour que le soleil sorte et rayonne pour nous,

que Sirius l'étoile n'ait pas froid en sortant,

et produise le riz des Bushmen, et l'espoir de manger

demain. »

Le premier qui la voit s'en va dire à son fils :

« Donne-moi ce bâton, celui que tu vois là,

j'en enflammerai le bout pour le pointer vers Sirius,

je dirigerai sa flamme ainsi, vers Sirius,

tout en priant pour qu'elle se lève comme Canope. »

Et il prend le brandon apporté par son fils.

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11 fait voler les flammes en les pointant vers Sirius,

tout en priant, pour qu'elle brille autant que l'autre.

Il chante. Il chante Canope, il chante Sirius,

pointant le feu pour qu'elles brillent d'un même éclat.

11 brandit le bâton, lance le feu vers les étoiles.

Puis rompu par l'effort, son bois réduit en cendres,

il s'allonge épuisé, son vêtement de peau sur la tête.

11 a lutté pour attirer Sirius dans la chaleur solaire,

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lutté dur pour que l'étoile n'ait pas froid en sortant,

que les femmes puissent bientôt sortir, pour chercher le riz

des Bushmen,

comme on les voit sortir à présent ,

le soleil sur les épaules.

Le soleil, la lune et le couteau :

La lune est encore pleine, encore vivante,

suspendue dans le ciel avant l'aube du jour.

Dès que le soleil descend vers l'ouest,

la lune à l'est grandit de plus en plus,

elle monte dans le ciel, son visage se dore,

son ventre arrondi est plein d'enfants de lune,

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elle traverse le ciel d'un bord à l'autre,

elle escalade la nuit depuis son quartier est,

elle vient s'accrocher là, énorme, toujours pleine et vivante,

elle brille à l'ouest avant le point du jour.

Et dès que le soleil se lève à l'est,

son pouvoir s'étend sur toute la terre.

D'un trait rapide il perce la lune dans sa chair ;

elle si pleine, si lumineuse, si vivante,

elle qui sait parler, il faut maintenant qu'elle crie :

« Soleil, épargne mes enfants, ne les touche pas !

Tu poignardes avant leur naissance mes enfants de lune.

La lame de ta lumière perce à mort notre lumière.

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Laisse-les vivre ! Et moi lune, laisse-moi rayonner ! »

C'est ainsi qu'elle crie, encore pleine dans le ciel,

encore vivante à l'aube, avant de se mettre à pâlir.

On entend fuser son cri d'appel, on l'entend protester

à l'aube de chaque jour quand le soleil se lève

et saisit son couteau pour tuer les enfants de lune.

Elle pousse alors un cri, un cri si déchirant

qu'il brise presque la lame du premier rayon.

Chaque jour elle crie, « Soleil, épargne mes enfants !

Ne les fais pas mourir ! » Alors le jour se lève.

Bushhh

Le chant de l'étoile du Cœur de l'Aube(Jupiter)

Parce que nous sommes étoiles

_bushmen_camp.jpg MICHAEL TREZZI

nous devons parcourir le ciel,

nous, étoiles toutes deux,

choses du ciel.

Mais notre mère Lynx,

est chose de la terre,

elle doit parcourir la terre, dormir sur le sol nu.

San144

Mais nous, qui sommes étoiles,

nous ne devons pas dormir,

nous devons parcourir le ciel sans dormir, éveillées.

Parce que nous sommes étoiles,

parce que nous parcourons le ciel,

nous devons tourner sans fin, sans repos, sans sommeil.

Choses des cieux. Étoiles. Choses du ciel.

 

Northern Cape-Bushmen family in Kalahari Desert


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