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A suivre un chemin sans vraiment savoir où il mène ... arrive ce qui devait arrivé !

Par Yfig

Les voies obscures et abscons de la renommée
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J’étais parti avec un sac à dos pour unique bagage.
Les adieux à mes parents à mes sœurs et mon frère furent silencieux mais profonds, les mots ne servent à rien quand l’heure du départ est venue.
En Allemagne, à Donaueschingen, joli nom pour les sources du Danube, j’étais soldat de l’armée Française sur un sol étranger.
Les marches dans la forêt noire sous la neige avaient quelques choses de surréaliste, mais les gradés n’avaient pas leur pareil pour nous ramener sur terre à grands coups de gueules.
Il fallut, un beau jour, dire ‘au revoir’ à ma famille militaire et les mots n’auraient servis à rien puisqu’il fallait partir.
A Libreville, au Gabon, je fus accueilli sans tralala et mis à l’ouvrage à la première aube. J’avais pour mission d’organiser différents chantiers aussi variés que l’ancien hôpital et le nouveau ‘CHU’, le bâtiment de la musique et la préservation du centre de Lambaréné où le fantôme du docteur Schweitzer comptait les douze coups de minuit.
Mais le zèle n’a jamais payé et mon honnêteté dans un pays gangrené par la corruption n’avait pas sa place.
Les services secrets me l’ont signifié et j’ai dû filé comme un pestiféré sans avoir eu le temps de saluer mes quelques rares amis.
Arrivé à Benghazi, en Libye, j’ai un peu travaillé et beaucoup voyagé.
Ma première visite fut pour le site de Cyrène. Je devais y retourner bien des fois ensuite. Cyrène est l’un des plus beaux paysages, des plus historiques, des plus chargés d’ombres du passé de vestiges et de ruines qu’il m’ait été donné de visiter.
Le tourisme étant interdit en Libye, le site est désert. Il n’est que peu protégé, et on y accède tout à fait librement.
Le site peut se concevoir en trois parties.
La partie haute, où résidaient les riches marchands, leurs épouses et esclaves, est constitué de palais, de temples et de grandes maisons bourgeoises écroulées dont subsistent les fondations et quelques fours ayant résistés au temps. Le tout, arboré de peupliers d’Italie et de cèdres du Liban.
La partie médiane, dans la pente qui descend vers la mer, où vivotaient les pauvres, les esclaves trop âgés et les étrangers échoués là et où sont encore visibles des tombeaux creusés dans la roche et protégés d’épaisses grilles de fer.
Enfin la partie basse, c’est l’ancien port où vivaient les marins et les bandits de tout poil. Il y a trois kilomètres de pente raide entre la partie haute et le port.
Dans la partie haute a été aménagé un petit musée où sont exposées les fameuses « Trois Grâces », Venus Callipyges, qui furent trouvées sur place, ainsi que biens d’autres richesses archéologiques.
Dans la roche, ont été creusés des thermes qui sont toujours alimentés par de l’eau de source qui s’écoule d’une rigole qui court dans le mur à hauteur d’homme.
Plus loin, une piscine, décorée de petits carreaux de faïence bleue, bouillonne d’une eau limpide. De cet endroit on peut aussi voir toute la vallée qui descend jusqu’à la mer.
Les meilleures choses ont une fin et je fus appelé à de nouvelles fonctions.
Sans transition, je me retrouvais à Khartoum capitale du Soudan. Je devais me débrouiller pour que les factures soient payées à une grande entreprise Française qui creusait un canal du côté de Jonglei.
Les fortes températures et le soleil harassant additionnés au foutoir administratif eurent raison en moins d’un an de ma détermination et j’embrassais, en les quittant, mes nouveaux amis en cachant une larme qu’ils n’avaient pas méritée.
Le soleil est partout, je fis cette découverte en arrivant à Dakar du Sénégal. La banque Centrale m’y avait appelé pour les aider à mettre bon ordre dans les comptes de ses clients banquiers. Mais la corruption m’a encore rattrapée et je dus fuir à nouveaux les menaces non voilées d’avoir à m’occuper de mes propres contrariétés.
J’ai pris la route de l’Afrique du Sud et j’ai bien cru avoir enfin trouvé le bonheur espéré. Tout me plaisait, tout semblait fait pour mon plus grand plaisir et je ne me privais pas d’en user d’en abuser. Mais la politique nous a écartelé et les pauvres Français furent expulsés sans tambours ni trompettes pour des raisons simplettes d’incompatibilité d’idées. J’ai tout fait pour ne pas partir, partir une fois de plus, une fois encore …. Mais le boss m’a montré la porte et la messe était dite.
J’étais vidé, désemparé. Je ne voulais pas encore me sentir blasé, je voulais croire qu’il y avait encore bien des sentiers à explorer, des amis à rencontrer, des aventures à explorer.
Décidé à ne pas renoncer à ma renommée, je me jetais du haut d’une falaise dès potron-minet.
J’atteignais, en nageant, une terre isolée.
M'avançant sur des chemins tortueux et parsemés d'obstacles infranchissables à première vue, j'arrivais dans une cuvette à une espèce de fourche.
Je me sentais las, altéré et affamé, sale, crotté, bouseux, et découragé.
L’après-midi était déjà bien avancé et je pouvais voir le soleil descendre implacablement vers l’horizon.
Devant moi se présentaient d'innombrables voies. Point de flèches pour en signaler les directions, impossible de faire demi-tour, il aurait fallu repasser toutes les épreuves et je n’en avais plus le courage, mais en y regardant à deux fois, il me parut évident que chacune de ces bifurcations conduisait à un endroit précis.
Il me fallait, à cet instant, analyser le chemin parcouru pour mieux en déduire les perspectives qui s’offraient à moi.
Ma première conclusion fut de considérer que j’avais enfin acquis les principes de bases et que mes expériences douloureuses m’avaient affranchi des techniques fastidieuses.
Il me parut également évident que ce n’était qu’un début et que je devrais faire un choix parmi toutes ces techniques pour en retenir une ou deux qu’il me faudrait approfondir jusqu’à un niveau d’expertise.
Ainsi ragaillardi, je scrutais les pistes s’ouvrant à ma perception.
L’une, de toute évidence, m’entraînerait vers un renoncement à tout ce que j’avais fait à ce jour. Cette voie était toute droite, goudronnée et ses accotements bien stabilisés. C’était la route de la renonciation, la plus facile et la moins fatigante puisqu’elle présentait une perspective toute plate.
La seconde montait sinueuse et terreuse vers une colline de petite hauteur. Moins facile que la première, elle n’en restait pas moins accessible et ressemblait fort à celle que j’avais empruntée jusqu’ici. C’était, me dis-je, l’espoir d’exploiter à court terme mes connaissances acquises, d’en récolter les fruits et de mettre, enfin, un peu de miel dans ma vie.
La troisième, était à peine visible, abrupte, parsemée de rochers, entravée de buissons épineux et semblait se diriger vers des escarpements sans fin. C’était à n’en pas douter la voie de l’effort et des renoncements, perdre tout ce que j’avais thésauriser pour tout reprendre à zéro. Il me faudrait passer la nuit au milieu de ces épineux, y déchirer mes pauvres loques, y lacérer ma peau desséchée et tannée et subir, qui sait, les assauts des animaux sauvages qui ne manqueraient pas de s'y cacher. Et tout cela pour quelle récompense ? L’anonymat, la pauvreté et la misère.
Enfin, je pouvais distinguer de minuscules départ de pistes allant dans toutes sortes de direction, émaillées de traces de pas ayant couché l’herbe mais qui paraissaient se perdre à courte vue. Je devinais les pas de tous ceux qui s’étaient perdus en de vains errements, incapables qu’ils avaient été de choisir parmi les trois directions principales. Les restes de leurs carcasses devaient se trouver là, pas bien loin.
J’en étais là de mes observations et mon ombre sur le sol poussiéreux s’étirait derrière moi.
Plus j’attendrai et plus je risquais de devoir choisir le renoncement car la nuit tombante m’y obligerai.
Mais si je choisissais la seconde route, ne serais-je pas déçu, à terme, d’avoir pris une option qui me conduirai à une maigre reconnaissance sans grand mérite ?
Et que pouvait bien cacher la troisième ? Les épreuves ne sont-elles pas le seul moyen de se connaître soi-même ? La difficulté n’est-elle pas la seule chance d’une véritable reconnaissance par les autres ?
J’évaluais les sacrifices qu’il me faudrait encore faire après tous ceux déjà accomplis.
Ne pouvant me décider, je décidais de m’asseoir et de reprendre des forces.
La nuit, doucement, a posé son manteau de noir ivoire sur mes épaules, je me suis allongé puis lové et réfugié dans mes rêves dorés.
Et c’est comme ça que je me suis fait écrasé par le bus de vingt deux heures trente cinq.


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