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[Impressions] Lettre d’une inconnue – Amour au temps du Noir et blanc

Par Neodandy @Mr_Esthete

Exemples Camera Mouvement Cinéma Noir et BlancEn 1948, Lettre d’une inconnue sortait en salles. Pour son réalisateur Max Ophüls, l’expérience était américaine, une deuxième fois dans sa carrière. L’occasion était rêvée pour bénéficier des meilleurs atouts de l’Hollywood d’autrefois, notamment dans l’usage et le talent de décorateurs-truquistes au sommet. Cela parait anodin : pourtant, pour l’esthétisme et la récréation de la ville de Vienne, la chose devient on ne peut plus fondamentale. Le noir et blanc, la recréation imaginée d’une grande ville d’antan, et l’élégance du mouvement : ce sont indéniablement des points intéressants qui ont permis à Max Ophüls d’adapter la nouvelle éponyme à grand succès de Stephan Zweig avec une reconnaissance critique.

En adaptant librement, en transposant un autre siècle, en prenant certains risques, la nouvelle devenue long-métrage est clairement un amour d’un autre siècle. Difficile de lui reprocher autant qu’il est difficile de lire que Lettre d’une inconnue a quelque chose « d’indémodable ». Le style, celui d’une caméra élégante et justifiée, ne parvient pas à compenser ce qui aujourd’hui, apparait comme un amour pâle voire creux. Il y a, dans la virtuosité du travelling, quelque chose de manquant. Une profondeur qui aurait pu rendre l’incompréhension encore plus belle à nos yeux : des dialogues, réalistes, et un acteur, un autre comédien, capable de jouer autrement que par un physique. D’être en tête d’affiche pour autre chose qu’une qualité de bel homme dandy d’un être siècle.

Mélodrame littéraire de l’incompréhension et de l’oubli

Lettre Stephen Zweig Resume Film
A la lecture de la lettre, Lisa était décédée. Ainsi débute le récit d’un amour à sens unique entre deux êtres opposés, que presque rien n’a réuni sauf un plaisir charnel d’une part ; l’amour imaginé d’une vie, réel et fugace, d’une autre part. En 86 minutes, Lettre d’une inconnue revient sur l’un des plus nobles matériaux , un thème compliqué à retranscrire à l’écran : l’amour en tant que sentiment, en tant que rêve, en tant que grand absent.

La narration, malgré ses libertés, (Doter tous les personnages de noms; changer la profession de l’être aimé qui devient « Pianiste » et non plus « écrivain » …) conserve une efficacité éblouissante. L’attention, aux premières minutes, se fixe impeccablement sur « la vie rêvée de Lisa Berndl« , les contraintes liées à la condition féminine (Le mariage d’intérêt, la supériorité définitive des choix parentaux …) et d’une incarnation à la hauteur par Joan Fontaine. Les éléments de suspens s’avèrent entièrement rythmés par les scènes où la caméra suit le dynamisme de Joan Fontaine, sa curiosité, sa manière de parcourir les différents espaces ou de s’approprier l’espace. Toutes les scènes les plus mémorables, du jour où les tapis sont battus en rythme, jusqu’à la découverte de la maison du musicien aimé, jusqu’à la traditionnelle séparation à la gare ou encore de ses escapades dans la capitale Autrichienne, le personnage de Lisa impressionne, prend vie et nait à l’écran.

Constat un peu moins enjoué du côté de l’un des seuls acteurs français du casting, Louis Jourdan. Son rôle dans la peau du pianiste Stefan Brand n’atteint pas le même degré. Le physique laisse comprendre que tout le jeu se fait sur une « belle gueule », qu’il sera amené à être responsable des limites et des extrémités de l’indifférence. Les phases finales, devant être de l’émotion, paraissent comme des simulacres. L’objectif est réussi du côté d’un manque d’implication de l’acteur. A l’écran, en revanche, les plans fixes sur un visage qui ne change pas, qui ne prend aucune expression.

Cinéma du « déjà-vu » (Images similaires au début et à la fin du long métrage) et inventivité du côté de l’image n’égalent pas … la faiblesse des dialogues ou les choix imposés par la censure.

Mièvreries amoureuses

Theme Spectacle Lettre d'une inconnue

La vie rêvée ou les artifices de la vie de Lisa Berndl.

Le défaut majeur de l’adaptation de Max Ophüls réside notamment dans son manque de profondeur. Dans un premier temps, ce souci n’est pas lié immédiatement à la censure américaine mais plutôt par des choix d’écriture … discutables. Alors que le succès littéraire était connu pour ses millions d’exemplaires vendus et son langage sans détours, Lettre d’une inconnue joue la douceur, les bons sentiments, l’amour courtois. Les dialogues ont un goût de coton : tout n’est que légèreté dans un pessimisme pourtant profond. Tout n’est qu’illusion dans des échanges si sympathiques, si sentimentaux, et tellement banals. La sensation se positionne entre la conquête fantasmée et l’amour d’un autre temps, celui qui n’a peut-être jamais existé.

Réaliser un film américain est une chose, accepter les normes devient une contrainte. Ce poids administratif prend l’apparence d’une censure qui ôte une portée violente de l’oeuvre d’origine. La passion amoureuse est passée en sous-entendue (Importante pour l’ouvrage), les violentes considérations deviennent de simples suggestions non évoquées voire manquées … En somme, la qualification « d’adaptation très libre », est même une réinterprétation qui change certaines problématiques. Peut-être même quitte à jouer sur le second plan, plus grave et plus difficile encore sur le plan humain. C’était peut-être là le soupçon de réalisme qu’il manque à l’oeuvre et les échanges entre acteurs.

La violence des sentiments

Analyse Max Ophuls Cinema

Peu vieilli, l’oubli et la disparition deviennent des thèmes extrêmement forts du long-métrage.

Max Ophüls parvient à suggérer une violence thématique. L’oubli, le désintérêt, la nostalgie … Cette « douleur » prend la forme de fantômes (Vers la fin du film); une ville entre imaginaire, pure recréation et ce qui ressemble à un cadre minimaliste complet. Vienne se caractérise par les artisans, les acteurs d’un autre temps, les coutumes d’autrefois, les métiers d’antan. L’adaptation de Lettre d’une inconnue prend l’aspect d’un mirage sentimental. Une valse de sentiments où les bons mots effacent la difficulté du récit.

Acteurs lettre d'une inconnue

Note Harley Quinn se venge test
On ne peut être insensible au récit. Ce sont pourtant par une somme de dialogues peu profonds, plats et inégaux que Lettre d’une inconnue devient à la fois une libre interprétation et manque de convaincre pleinement. Esthétiquement, le long-métrage séduit indéniablement. Avec la caméra, le spectateur se plait à errer dans une Vienne imaginée, à être saisi dans un décor quasi irréprochable dans sa conception et dans sa suggestion.

Ce sont les différents mouvements de caméra qui, à n’en point douter, donnent un sentiment de liberté à Lettre d’une inconnue. Ceci justifie, à n’en point douter, la raison pour laquelle Lettre d’une inconnue a été réédité en haute-définition en blu-ray par l’éditeur Carlotta. Il y a, plus qu’une leçon morale, une leçon visuelle à observer dans ce long-métrage de 1948.

On a aimé : 

+ L’esthétisme, qui a pu/dû inspirer d’autres réalisateurs. 
+ Recréer ou rêver un décor presque parfait : Vienne.
+ Minutie des images : les parallèles, les références …

On a détesté : 

- Louis Jourdan dans le rôle de Stefan Brand.
- Des dialogues naïfs.
- Une adaptation très libre de Stefan Zweig: entre censure américaine et choix.


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