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Immobilier : la situation est critique, le gouvernement temporise.

Publié le 02 février 2015 par H16

Alors que, malgré les agitations frénétiques du gouvernement, la construction de logements neufs s’est gamelée en 2014 à un niveau historiquement bas (297.000 unités), la ministre du Logement (une certaine Sylvia Pinel, aux dernières informations) a rappelé que tout n’était pas complètement plié et que, tant qu’à s’agiter frénétiquement, autant le faire en claquant une solide enveloppe de 5 milliards d’euros supplémentaires.

Eh oui : il faut ce qu’il faut : si une solution essayée à grand frais par un gouvernement ne fait que provoquer un four, l’idée géniale consiste à réessayer, mais en plus fort.

Le PTZ+ (Prêt à Taux Zéro Trop De La Balle) , la soluce !
Ainsi, même si les prêts à taux zéro ont largement permis à des familles à peine ou non solvables de s’endetter sur trente à cinquante ans pour un logement loin de tout en carton bouilli, il doit rester encore quelques gogosfamilles à embringuer dans ces affaires pour faire de la France une terre de propriétaires. Et même en maintenant contre tout bon sens une bulle de prix immobiliers bien trop élevés à coup d’aides multiples et diverses, on n’a pas réussi à faire pousser les logements comme on se l’était tout à fait arbitrairement fixé. La conclusion logique est qu’il va falloir encore plus d’aides, encore plus de subventions, encore plus de bricolages législativo-administratifs.

C’est donc logiquement que la ministre propose le gonflement du PTZ+ et la création d’une nouvelle catégorie de logements intermédiaires dont les loyers seront moins chers que dans le secteur privé mais plus chers que dans les HLM. Ce sera à la fois simple à mettre en place, facile à surveiller, et aisé à rentabiliser, comme l’ont prouvé les retombées, nombreuses et réjouissantes, de la loi ALUR de la précédente ministre Duflot.

Bien sûr, tout ceci n’ira pas sans l’ajout d’une subtile pincée de coercition : Pinel entend aussi obliger les maires récalcitrants à respecter leurs contraintes légales sur les HLM à faire bâtir, parce que les manœuvres dilatoires sur le mode « Tout ça risque de coûter fort cher », ça va bien deux minutes. Et tant pis pour ces communes déjà lourdement endettées avec des prêts souscrits n’importe comment et indexés sur un Franc Suisse qui vient d’exploser récemment, les entraînant dans des spirales d’endettements insoutenables. L’argent, on le trouvera, c’est une évidence ; ce n’est pas comme si l’État pouvait faire faillite, hein, non mais oh, à la fin.

D’ailleurs, une piste se dessine déjà à l’horizon : pour trouver des miyards afin de relancer (encore et encore) l’industrie du logement, de la construction et des emprunts bancaires rigolos, il va falloir faire des économies, qui, si elles ne sont décidément pas faciles à faire, n’en existent pas moins. Et plus encore à propos, c’est là qu’intervient un rapport de l’IGF, l’Igas et la CGEDD, sur les aides au logement en France, et dont ces organismes expliquent qu’« au vu des fonds publics engagés, les résultats ne sont aujourd’hui pas à la hauteur des attentes. »

Ces organismes ont passé en revue l’ensemble des petits robinets divers et variés qui concernent justement les aides au logement pour en arriver à la conclusion … qu’il vaudrait mieux les stopper. Par exemple, même une petite modulation des APL (aides personnelles au logement) — qui coûtent tout de même 17 milliards d’euros pour distordre assez violemment le marché via un « effet inflationniste massif » absorbant 50 à 80% de l’aide en question — permettrait d’économiser rapidement des centaines de millions facilement ré-orientables dans l’une ou l’autre tubulure gouvernementale que la ministre s’empressera de trouver pour arroser le secteur de la construction.

affordable housing

Plus amusant, le même rapport préconise aussi la remise à plat des avantages fiscaux destinés aux investissements dans l’immobilier neuf, comme les dispositifs Duflot et Pinel, qui ont le désagréable inconvénient d’introduire des effets inflationnistes sur les prix du foncier. Au passage, on notera que les mêmes causes (aides fiscales, APL) produisent les mêmes effets (inflation des prix) et on ne pourra s’empêcher d’observer que les services de l’État parviennent enfin, des années après, aux mêmes conclusions que les libéraux qui ont toujours dénoncé ces aspersions idiotes d’aides tous azimuts.

Enfin, le rapport propose de supprimer purement et simplement la prime offerte par l’État sur le Plan d’Épargne Logement (PEL), autant apprécié des ménages qu’il est rarement utilisé pour obtenir des crédits immobiliers.

Devant ces révélations, la pauvre ministre est en position délicate : d’un côté, elle est certainement assez heureuse de trouver là une piste sérieuse d’économies lui permettant d’injecter un bon gros paquet d’argent gratuit dans une tubulure qu’on lui a intimé l’ordre de déboucher sous pression. De l’autre, elle sait pertinemment que l’arrêt de ces aides et de ces primes provoquerait une telle vague de mécontentement qu’elle perdrait sa place (au moins).

immobilisation générale pour le logement
Rassurez-vous pour la brave m’ame Pinel : elle est maintenant rompue aux techniques habituelles de politiciens et a donc déjà, sans se démonter, annoncé la prochaine création d’un magnifique Groupe de Travail Parlementaire, qui est aux projets politiques encombrants ce que sont les six porteurs d’un cercueil officiel.

Quant à une éventuelle réforme des APL, même si ces dernières sont, de l’aveu d’un nombre grandissants d’acteurs, distribuées n’importe comment à n’importe qui et provoquent (on l’a vu) des distorsions de marché néfastes pour tout le monde, la ministre a d’ores et déjà déclaré qu’il était hors de question de les tripoter même avec un bâton tant la question était épineuse.

Dans l’immobilier, il est maintenant parfaitement clair qu’on connaît les problèmes (une croissance anémique, des constructions trop peu nombreuses), on connaît leurs causes (des aides et une fiscalité grossièrement inadaptées) et on a même des pistes sérieuses évoquées dans le rapport pour y remédier.

Bref : tout le monde est au courant du pourquoi et du comment, et la situation est critique. Il est donc urgent de ne rien faire.

Ce pays est foutu.

Immobilier : la situation est critique, le gouvernement temporise.

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