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L’ébauche d’un nouveau printemps des peuples à Beyrouth, capitale du Liban

Publié le 03 février 2015 par Plusnet
L’ébauche d’un nouveau printemps des peuples à Beyrouth, capitale du Liban « Le projet communautariste a atteint ses limites. Il est temps de passer à un autre niveau », explique l'ancien député Samir Frangié à « L'Orient-Le Jour ».L'état actuel d'extrême lassitude des Libanais constitue un terrain fertile pour des idées nouvelles. La réflexion n'est plus un luxe : elle est un impératif de survie face à la déformation du legs institutionnel libanais. Elle est aussi une agitation instinctive devant le tumulte des violences déshumanisantes et perverses.
Le Congrès permanent pour la paix au Liban, qui doit être officiellement lancé dans les prochaines semaines, est une émanation, une réadaptation du Congrès permanent pour le dialogue. Créé en 1992, à l'initiative de penseurs et d'activistes civils, dont l'uléma Hani Fahs, cette plateforme nationale pluriconfessionnelle devait réparer les liens entre les communautés meurtries, « les retisser », pour reprendre l'expression pure de l'ancien député Samir Frangié.
Ce réajustement minutieux et patient des rapports devait accompagner le rétablissement de la formule libanaise, la définition de la souveraineté du pays et ses assises démocratiques, en vue d'amorcer les réformes pour un système laïc. L'émancipation citoyenne et celle du pays prouvaient ainsi leur corrélation. Celle-ci devait s'exacerber dans la lutte contre la tutelle syrienne, une lutte à laquelle le Congrès pour le dialogue devait étroitement contribuer. Cette initiative a en effet participé à la mise en place du Rassemblement de Kornet Chehwane, en stimulant l'idée d'un partenariat islamo-chrétien contre l'occupant. Ce partenariat devait se muer en une véritable alliance, consacrée par la déclaration de Beyrouth en 2004, document fondateur d'une opposition nationale pluraliste, ayant insufflé à l'insurrection citoyenne de mars 2005 son élan spontané.
« Cela ne fait aucun doute que le 14 Mars 2005 était un mouvement spontané, qui avait d'ailleurs surpris les plus grands décideurs », souligne Samir Frangié dans un entretien à L'Orient-Le Jour, où il explique les objectifs de la relance du Congrès permanent pour le dialogue, sous la dénomination différente de Congrès permanent pour la paix. C'est justement « à cause de l'échec que connaît le mouvement issu du 14 Mars 2005 que la question de lancer une nouvelle dynamique s'est posée ».
Si le congrès est placé sous le thème de la paix, et non plus du dialogue, c'est parce que le risque d'une nouvelle guerre civile est aujourd'hui « effrayant ». C'est aussi surtout parce que la paix constitue le degré supérieur du dialogue, comme l'est, pour la coexistence, le vivre-ensemble. La paix renvoie l'image la plus sincère, la plus profonde des liens qui se tissent. Et le vivre-ensemble, porté par Samir Frangié comme une relique parmi les sceptiques, est l'outil conceptualisé du pacifisme. Si ce pacifisme a été pensé d'abord par rapport au système libanais, il est à même de composer un modèle avancé, universel, de l'équilibre entre l'individu et le groupe, nécessaire pour contrer la montée mondiale aux extrêmes.
« Il faut comprendre que le rapport à l'autre est d'autant plus riche que nous sommes conscients de la multiplicité des appartenances, des nuances de chaque individu. Cet autre nous forme comme nous le formons », affirme l'auteur du Voyage au bout de la violence, reprenant ainsi l'essence du vivre-ensemble.
Si elle est assimilée par les Libanais, cette approche devra se traduire par un détachement progressif des liens communautaires viscéraux, qui dissipent l'individu dans un groupe et réduisent ses nuances à une seule identité, un seul stigmate.
Samir Frangié estime que les chances d'une émancipation individuelle et d'un éveil citoyen libanais sont optimales. « Le projet communautariste a atteint ses limites : il ne peut plus déboucher que sur la violence », explique-t-il. Pour lui, « le 8 Mars a perdu sa bataille, et le Hezbollah ne fait que se débattre pour tenter de retarder la chute du régime syrien ». Néanmoins, « la défaite de l'un ne signifie pas la victoire de l'autre. Le communautarisme a atteint un niveau tel que celle-ci est devenue impossible ».
La minorité de blocage et l'esprit de consensus, puisés soi-disant dans l'accord de Taëf, ne sont-ils pas les marques de cet immobilisme malsain, figé dans la peur de l'autre et peut-être aussi de soi, qui a fini par démonter les mécanismes constitutionnels ?
« Il est temps de passer à un niveau supérieur », déclare l'ancien député.
L'un des éléments-clés de ce passage sera de « tourner la page de toutes les guerres et de toutes les résistances qui se son succédé dans l'histoire contemporaine : la Résistance chrétienne, la Résistance musulmane et la Résistance islamique ».
Ce processus implique un travail collectif et courageux de mémoire. « Compte tenu de la faillite politique du système, même un retour aux tabous du passé n'est pas risqué », affirme-t-il, en réponse à une question.
En politique, les gains de cette approche sont certains, y compris pour le Hezbollah. « Assimiler le vivre-ensemble, c'est parvenir à ne pas reprocher au Hezbollah, le jour où il rentrera au Liban, d'avoir mené sa propre résistance, comme d'autres avant lui », affirme Samir Frangié.
La feuille de route qui doit lancer le Congrès permanent pour la paix doit prévoir en outre une coopération entre les différentes initiatives de réforme civile (la reconstruction de Tripoli, le dialogue islamo-chrétien, les droits de la femme, le lobbying pour le statut de neutralité du Liban...). « Chaque initiative faite dans un secteur sera soutenue par l'ensemble », conclut-il.
Source : Lorientlejour

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