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Critique Ciné : It Follows, survivre ou transmettre

Publié le 06 février 2015 par Delromainzika @cabreakingnews

It Follows // De David Robert Mitchell. Avec Maika Monroe, Keir Gilchrist et Daniel Zovatto.


On retrouve énormément de ce qui avait fait la folie de Under the Skin de Jonathan Glazer avec Scarlett Johansson. Il y a la même mise en scène pédante, la même bande originale et pourtant, j’ai largement préféré It Follows à Under the Skin qui ne réussissait malheureusement à nous accrocher jusqu’au bout. Le mélange ici se fait certes avec cette référence que je me suis fait dans ma tête mais également avec bien d’autres choses comme un peu de David Cronenberg dans sa période la plus fantastique, à John Carpenter et bien d’autres cinéastes de l’horreur qui allaient bien plus loin que l’univers du slasher. Car le but de It Follows est bien plus intéressant que d’enchaîner les meurtres. C’est une quête constante du calme alors que cette vision la hante nuit et jour sans jamais pouvoir s’en dépêtrer. Elle va tenter mais elle ne va malheureusement pas réussi. Le pari de It Follows est réussi car il change un peu de tous les récits d’horreur que l’on a pour habitude de voir. Cela me rappelle un peu ce que j’avais vécu devant The Descent il y a de ça plusieurs années (8 ans si mes souvenirs sont bons). Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de films plus originaux depuis, mais disons que dans sa façon d’exploiter l’horreur, It Follows est très différente.

Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d'étranges visions et  l'inextricable impression que quelqu'un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper...

Car elle fait un pari risqué, celui du spleen adolescent que l’on pourrait croire emprunté à la scène Sundance actuelle avec quelque chose de beaucoup plus effrayant. Pas de monstre, de possession, de tueur en série sanguinaire, etc. Non, dans It Follows tout est dans l’esthétique de faire peur. Cela peut passer par quelque chose d’assez simple de prime à bord pour se terminer en tourbillon métaphysique étrange. Car l’histoire qu’il y a derrière est énormément laissée à interprétation. Choix judicieux puisque cela veut dire que l’on ne s’attend à peu de choses qui se déroulent tout au long du film. On ne nous dit pas quelle est cette entité, laissant encore une fois au spectateur le choix de l’interpréter à sa façon. Par ailleurs, je trouve que It Follows est une sorte de réinterprétation assez intéressante de l’univers des zombies. On retrouve alors énormément de John Carpenter dans ce film, peut-être beaucoup trop sous influence pour être totalement indépendant mais David Robert Mitchell pourrait bien être le descendant de l’un des grands maîtres de l’horreur si sa filmographie confirme ce que l’on voit ici. D’autant plus que cette oeuvre, très intime et angoissante, arrive à fasciner.

C’est avant tout un film sensoriel. Il se ressent, il ne se regarde pas. Les dialogues n’ont pas de grand intérêt dans le sens où la terreur est souvent créée par le silence et cette musique assommante (mais toujours d’une efficacité diablement redoutable). Ce film permet également d’être une sorte de métaphore de l’adolescence et de la vision de la sexualité : lorsque l’on est innocent c’est excitant de se dire que l’on va tenir la main d’un garçon ou d’une fille, puis l’on passe à l’acte et les angoisses commencent. Je pense que ce portrait poussé à l’extrême et ultra fantaisiste tire son idée de la dedans. La référence à Under the Skin n’est pas vaine étant donné que les deux se ressemblent énormément. En effet, dans le film de Glazer, une femme était à la recherche d’hommes qu’elle emmenait pour nourrir quelque chose de beaucoup plus grand. Dans It Follows la métaphore est presque similaire puisque le but est de fuir une entité qui veut coucher avec nous et nous consommer. C’est en tout cas comme ça que je l’ai compris.

Note : 7.5/10. En bref, derrière ses imperfections et ses références peut-être trop prononcé, It Follows est un film étrange et fascinant à la fois.


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