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pince fesses numérique… sortez couverts

Publié le 07 février 2015 par Ticotherapeuthe @efficacitic

Il est de bonne courtoisie d’apporter un présent à son hôte lorsqu’il nous reçoit chez lui.Lionel Soubeyran

Je ne faillirai pas à cette civilité en répondant à l’invitation de Jean-Philippe Déranlot de m’ouvrir les colonnes de son blog :
– « sympa, merci, mais pour parler de quoi ? »
– « ce que tu veux pourvu que ce soit en phase avec ma ligne éditoriale : les usages du numérique ».
– « ! ! ! ? ? ? … »

« Une idée est fausse dès l’instant où l’on s’en contente » Alain, philosophe (1868-1951)

Alors, en cadeau, une anecdote peut-être ! [1]

C’était au début des années 1980. J’étais alors commercial dans une boite de transport lorsqu’en descendant l’escalier pour partir en clientèle, je tombe nez-à-nez avec un vieux copain perdu de vue depuis les années Lycée. Il sortait du bureau du directeur administratif. Il était vendeur de matériel de bureau pour une grosse entreprise américaine bien connue et les affaires n’avaient pas l’air d’aller fort. Rendez-vous fut pris après le boulot dans un bistrot du coin, et il me raconta ce qui lui causait du tracas :

– « C’est dingue, j’ai un produit que tout le monde trouve génial mais que personne ne veut m’acheter. » Comment faire ?

Renseignements pris, son entreprise était l’une des premières à vendre des « fax », dont l’exploitation industrielle venait de commencer. Il ne savait pas répondre à l’objection : « Tant que mes correspondants n’en seront pas équipés, ça ne me sert à rien. » Et de fait, un télécopieur sans machine à l’autre bout pour se connecter … .

Nous n’avions à l’époque aucune idée de ce qu’était un réseau. Mais nous avions déjà l’un et l’autre une solide expertise commerciale de terrain et nous avons à nous deux trouvé une solution : Mon ami s’est mis à exploiter les fichiers « clients » et « fournisseurs » de ses propres clients et à vendre ses appareils par lot, en consentant un confortable avantage commercial à la « tête de réseau ». Il a explosé ses objectifs.

Et c’est à ce point de l’histoire, mais une trentaine d’années plus tard, que Jean-Philippe Déranlot entre en piste. Il m’a convaincu – un défi en soi – qu’il était encore temps que j’entreprenne une formation accélérée de « geek » et il a bien voulu s’en charger.

L’expérience professionnelle reste un atout concurrentiel majeur, souvent déterminant, tant que son dépositaire ne passe pas dans la catégorie des « has been ».

J’ai donc intégré les TIC et autres WEB dans mes pratiques professionnelles. Aujourd’hui, j’aurai probablement retrouvé mon ami via « copains d’antan », et nous aurions réglé son problème par Skype. Ce qui ne nous aurait pas empêché d’aller boire une bière non virtuelle de temps à autre !

Lui-même aurait peut-être créé un groupe privé sur Linkedin pour échanger sur l’usage que les uns et des autres pourraient faire de son appareil.

Il est au moins deux conseils que l’expérience de celui qui a vécu sans moignon électronique pendant une quarantaine d’années peut apporter aux petits poucets et petites poucettes de Michel Serres.

Le premier est de vous défier de l’addiction. Un bon moyen de le vérifier[2] consiste à vous déconnecter totalement et régulièrement – tous les deux mois par exemple – de tous vos écrans pendant trois jours. Si votre niveau de frustration reste acceptable, vous êtes clean et savez utiliser les TIC sans modération ni excès.

Chacun doit faire du « doute systématique » – au sens du scepticisme  de Montaigne – une règle de prudence et parfois de survie dans le monde du Web

Le second nous renvoie à la citation d’Alain en tête de ce billet. Les générations précédentes étaient de fait protégées par l’accès technique restreint à l’information. Désormais, l’accès illimité à la bonne information l’est aussi à la fausse. Développer l’esprit critique des jeunes et moins jeunes n’est plus seulement l’une des fondations de leur culture générale, mais aussi une nécessité existentielle. Chacun doit faire du « doute systématique » – au sens du scepticisme  de Montaigne – une règle de prudence et parfois de survie dans le monde du Web. Ne nous payons pas de mots, réfléchissons par nous-mêmes pour qu’Internet soit ce qu’il doit être, et seulement cela : un magnifique outil culturel que nous offre le progrès.

Ainsi nous vérifierons une fois de plus que ce n’est pas le couteau qui fait l’assassin ou le cuisinier. C’est l’intention avec laquelle nous utilisons nos outils d’information – entrante et sortante – qui fonde notre responsabilité personnelle et citoyenne.

Internet n’est pas responsable si des gosses partent se faire exploser pour une pseudo-cause qu’ils sont incapables d’argumenter. La responsabilité en incombe – entre autres responsables, mais c’est un autre débat – à ceux qui les manipulent à travers Internet et qui, eux, sont parfaitement au clair sur leurs objectifs.[3]

La question n’est plus de savoir s’il y a lieu d’intégrer les outils numériques dans notre quotidien professionnel ou privé, mais juste de décider avec quelles règles éthiques et avec quelles précautions nous les utilisons.

Lionel SOUBEYRAN
Consultant-formateur, coach d’équipe et médiateur professionnel
l’humain au cœur des nouvelles gouvernances

intervention de Mme. Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l'Education Nationale, jeudi 28 janvier 2015, à l'occasion de la remise des trophées du concours EducNum (Education au enjeux du numérique) organisé par la CNIL et l'association Pasc@line productrice des vidéos réalisées à cette occasion par Jean-Philippe Déranlot ;-)

_______________

  1. Finalement pas celle – pourtant savoureuse – de ma première expérience de geek avec un télex à la fin des années 1970. Si, si, des gens encore vivants ont connu ça, mais je trouve que ça fait trop dans le « peau de bête et gourdin ».
  2. Ca marche aussi pour l’alcool, le tabac, les femmes et/ou les hommes, les bonbons, le pouvoir, les ratons laveurs, …
  3. Puisqu’on parle de responsabilité, ce point de vue n’engage que son auteur.

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