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L'esprit à la dérive... se souvenir des belles choses.

Par Hectorvadair @hectorvadair

L'esprit à la dérive... se souvenir des belles choses.

Des cailloux pour oublier..
ou se souvenir des belles choses...

L'esprit à la dérive
Samuel Figuière
Warum, janvier 2015
En 2002, la maison d'édition associative Onabok publiait le collectif "A nos pères". Un ouvrage en bande dessinée qui regroupait les expériences variées d'artistes dessinateurs roannais, en rapport avec leur père, mort brutalement, ...ou pas. Un livre qui avait reçu un bon accueil critique.
En refermant "L'Esprit à la dérive" roman graphique de 112 pages noir et blanc,  paru chez la maison d'édition indépendante Warum , on se dit que l'esprit qui souffle ici est un peu le même.
Raconter la dérive d'un père qui sombre inexorablement vers la sénilité, cela avait été entre autre bien évoqué dans le récit de Christian Chavassieux, sur le thème de la maladie d’Alzheimer. Ici, pas de nom barbare, mais une poésie exacerbée, grâce au talent de Samuel Figuière, jeune auteur au dessin habituellement plutôt axé jeunesse, qui trouve dans ce récit autobiographie et plus adulte le ton juste pour rendre hommage à son père artiste, qui aura souffert de son service durant la guerre d'Algérie, et dont la maladie réveillera les traumatismes.
Celui qui avait en effet fait le choix de ne pas porter les armes, par conscience humaniste, a subit l'incompréhension et les représailles de ses supérieurs, ainsi que plus tard, comme tout soldat de cette guerre, les fantômes des horreurs vues ou commises.
Et alors qu'il ne pourra plus parler, plus se souvenir de sa propre famille, lui restera uniquement le geste, celui de l'art brut, réalisé avec les éléments naturels.
L'esprit à la dérive... se souvenir des belles choses.
Samuel Figuière déroule son récit tranquillement, habilement, en se servant à un moment donné des notes de son père. Il témoigne de façon habile (comme l'a fait dans un autre registre et d'une autre manière Jacques Tardi avec son père cf Stalag IIB) de l'expérience des appelés dans ces conflits inhumains. Grâce à un trait semi réaliste, rehaussé de légères trames grisées (à la Davodeau ?), il met parfaitement en valeur sa narration, l'amenant subtilement vers l'abstrait, et l'universel.
Un livre fort, émouvant, où l'art s'avère tout autant le sujet que la guerre et la maladie, et qui se pose dores et déjà comme un incontournable de l'année.

(*) Fondée en 2004 par deux auteurs issus des arts décoratifs de Paris, Benoît Preteseille et Wandrille Leroy, WARUM est une maison d’édition de bande dessinée atypique qui a volontairement choisi de s’éloigner des codes du genre pour promouvoir avec humour une bande dessinée expérimentale et novatrice, dans deux collections, Civilisation (phalange artistique) et Décadence. (Tiré du site de l'éditeur)

Le blog de Samuel : http://samuel-figuiere.com/
Les éditions Warum : http://www.warum.fr/bibliotheque.php?livre=72
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