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Swissleaks : le vrai scoop que les journalistes ne veulent pas révéler

Publié le 10 février 2015 par David Talerman

Le grand tapage médiatique de l’affaire Swissleaks n’a pas pu vous échapper : toutes les chaînes françaises étaient toutes très fières d’annoncer l’excellent travail des journalistes du quotidien le Monde qui, en collaborant avec des journalistes du monde entier, ont révélé à la planète entière ce que tout le monde savait depuis longtemps : il y a des évadés fiscaux (tiens ?) et il y en a en Suisse (ah bon ?). Un vrai scoop. En fait, tout ceci sent le réchauffé, car cette affaire date en fait de 2008 : Hervé Falciani, un informaticien travaillant pour HSBC avait à l’époque tenté de vendre une liste de noms à la France, en vain. Cette liste s’était finalement retrouvée entre les mains du Fisc français, qui l’a ensuite lui-même remis au Fisc britannique. S’en est suivie une période de chasse aux contribuables, puis une période de silence médiatique pendant laquelle les journalistes du Monde entier, après s’être procuré la liste, ont interrogé les célébrités de la liste, pour finalement sortir un « scoop » cette semaine.

Les hommes politiques français sont absents de la liste

Doit-on saluer l’excellent travail des journalistes ? Pas certain. En effet, sur une liste aussi importante (100 000 personnes au niveau mondial, et 3000 rien qu’en France) il semblerait que n’apparaissent que des anonymes, des stars et des célébrités. Aucune information n’a filtré sur les hommes politiques. Il suffit de regarder un peu en arrière (voir notamment l’affaire Cahuzac) pour se dire que s’est statistiquement improbable. J’ai eu beau regarder l’ensemble des articles écrits ces derniers jours, très peu s’aventurent à dire que des hommes politiques sont impliqués. En fait, les autorités françaises savent depuis très longtemps (au moins 2012) quels hommes politiques français sont impliqués. Ces mêmes autorités françaises se sont d’ailleurs empressées de supprimer de la liste les noms des politiques impliqués (et peut-être d’autres d’ailleurs) avant de remettre le listing aux autorités suisses. Nous avions d’ailleurs fait un billet à ce sujet, et le Ministère public de la Confédération avait à l’époque confirmé cette information.

Donc si je résume : on préfère jeter en pâture aux média un Gad Elmaleh qui avait 80 000 euros sur un compte en Suisse (une vraie fortune en comparaison des sommes annoncées) plutôt que de parler des hommes politiques français et révéler leur identité. C’est de la vraie information et du grand journalisme. A moins, à moins, qu’un pseudo secret de l’instruction empêche ces mêmes journalistes de faire leur travail, mais si c’est comme pour l’affaire Cahuzac, on risque d’attendre encore longtemps (à ce jour, Jérôme Cahuzac a été renvoyé en correctionnelle, et si un procès est envisageable en 2015, rien n’est moins sûr). Vous me permettrez de ne pas parler de l’indépendance de la justice ni de la corruption dans ce billet, sinon nous serons encore là dans 3 heures…

L’indépendance des journalistes en question

En fait, cette affaire met en lumière l’indépendance réelle des journalistes : on savait déjà, par exemple, que sous le mandat Sarkozy, les journalistes français bénéficiaient des largesses de facturation de l’Elysée en voyageant pour pas cher dans l’avion présidentiel (une situation dénoncée dans un rapport de la Cour des Comptes) : pas facile pour une rédaction de cautionner l’écriture d’un billet à charge sur un Président qui vous finance. Pour être sûr que ces mêmes journalistes seront vraiment dociles, le gouvernement français a récemment décidé d’augmenter les aides. D’ailleurs, comme le souligne l’excellent H16 dans un article sur le sujet du financement de la presse, la France arrive en 39ème position dans le classement mondial de la liberté de la presse (la Suisse est pour sa part en 15ème position) après le Ghana, le Cap vert, la Namibie… Les hommes politiques français peuvent encore dormir tranquille, pendant que les journalistes du Monde sortent leurs incroyables scoops.

En conclusion…

J’espère vraiment que dans les jours qui viennent les journalistes auront la décence de révéler ces noms d’hommes politiques, ou du moins de dire pourquoi ils ne les révèlent pas. Mais affirmer que la liste n’a pas été trafiquée (ce qui, encore une fois, a été démenti par la Confédération), c’est vraiment se moquer du monde. Sur le fond, je trouve que les démarches des journalistes français vont dans le bon sens : le LuxLeaks et autres affaires de cette envergure apportent un peu plus de connaissance au monde sur ce qui se passe « en dessous », et c’est très bien. A condition que cela soit fait correctement, et en toute impartialité, mais nous pouvons ne pas avoir le même avis…

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