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Sean Penn Président

Publié le 28 mai 2008 par Adadala

Les projecteurs se sont éteints, le tapis rouge a été roulé et remisé dans la housse qui lui est dédiée, les portières des limousines en partance pour l'aéroport de Nice ont fini de claquer les unes après les autres. Fin de la séance. Ce matin, un petit vent parcourt la Croisette et rapporte une fraîcheur oubliée depuis 10 jours d'un festival presque forcé, qui revient chaque année comme la mauvaise répétition d'une générale qui n'arrive jamais. Chaque année, les mêmes milliers de pieds en chaussures vernies qui courent d'un point à un autre, chaque année les mêmes centaines de pieds en talons aiguilles qui s'arrêtent devant les chaussures vernies, le temps de prendre la pause, le temps de prendre LA photo qui restera : Angelina Jolie, sa robe vert pomme et ses jumeaux. Brad Pitt, les cheveux trop courts. Madonna et Sharon Stone, indécrochables. Tant d'autres que nous avons déjà oubliés...

Après ce délire cannesque qui se voulait un hommage à Cinéma, Cinémas, pas trop réussi ma foi, que reste-t-il de la folle quinzaine, soixante-et-unième édition ? Une palme de folie pour un réalisateur français toujours au coeur de l'humain (Ressources Humaines, L'emploi du tempsVers le Sud). Une critique molle, fatiguée, consensuelle, dont la seule étincelle aura été de réserver un accueil mitigé, c'est-à-dire entre applaudissements et sifflets, au film de Philippe Garrel. La tradition est respectée in extremis. 

Mais la plus grande attraction de ce festival fut incontestablement son président, totally borderline. Selon les journalistes américains, le président a été out of law en allumant deux cigarettes pendant la conférence de presse et utilisant à plusieurs reprise le mot "fuck". Lorsque l'un d'eux lui a demandé s'il avait hésité à accepter de devenir président du jury à cause de l'obligation de rester "wise and sober" pendant 10 jours, il a répondu : "Combien de jours me restent-ils ?"

Sean Penn, c'est un Américain comme on voudrait qu'ils soient tous. Ouvert, combattant pour la justice, conscient du monde, militant pour les hommes.

"Je n'en revenais pas qu'aujourd'hui on veuille confier cette responsabilité à un Américain, quel qu'il soit ! Je suis toutefois gêné par l'idée de compétition, et je voudrais reprendre à mon compte cette phrase de David Lynch quand il avait présidé le jury : "Nous n'allons pas choisir les films, ce sont eux qui vont nous choisir."

Tellement politically correct sous certains aspects qu'il en deviendrait presque suspect. Depuis 2002 et le début de la guerre en Irak, Sean Penn milite contre le gouvernement de W avec un rare acharnement pour un acteur, qui plus est pour un acteur au passé turbulent qui a souvent joué le rôle du bad boy de la coulisse hollywoodienne. En 2002, il a écrit une lettre ouverte au Président Bush dans laquelle il l'implore : "L'Histoire vous a offert un tel destin. Encore une fois, Monsieur, je vous supplie, contribuez à sauver l'Amérique avant que (votre histoire) ne se transforme en un testament de honte et d'horreur. Ne détruisez pas l'avenir de nos enfants. Nous serons à vos côtés."
En décembre 2002, il passe trois jours en Irak au cours desquels il visite l'Hôpital des enfants de Bagdad. " J'ai entrepris ce voyage pour mémoriser les visages des Irakiens, et faire en sorte que leur sang, et celui des soldats américains, ne demeure pas invisible sur mes mains."
Quatre ans et demi plus tard, une nouvelle lettre, rageuse, pleine de colère. "You have broken our country and our hearts", lance-t-il à Bush, Cheney et Condoleezza Rice. "Vous, Messieurs Bush et Cheney ; vous, Madame Rice, êtes des personnes criminellement et odieusement obsènes, d'obsènes êtres humains, incompétents (...), tout en étant tragiquement négligents et destruisant les nôtres et notre pays."
Ce président avait prévenu , la palme d'or irait à un film politique. "Le tremblement de terre en Chine va influencer mon jugement sur tous les films. De même ce qui se passe en Birmanie... Quelle que soit la palme d’or [...] , il faudra que le réalisateur de ce film se soit révélé très conscient du monde qui l’entoure."
A la vue du palmarès aujourd'hui, il est bon de se redemander ce que recouvre le mot "politique". A la lumière dorée de cette palme, il bon de redéfinir les contours de ce mot. Entre les murs est l'adaptation d'un livre de François Bégaudeau, qui relate le face-à-face quotidien d'un prof de français avec les élèves d'une classe de 4ème dans un collège difficile, à l'âge où la conscience de soi, du monde commencent à se façonner. "Politique" pour Sean Penn, c'est d'abord le quotidien, le gens ordinaires et, pour ce père de deux ados, ce sont nos jeunes. 

vu dans la newsletter de Télérama

On attendait que s'exprime sa haine de la guerre, notamment avec le film de l’ancien soldat israélien Ari Folman, Valse avec Bashir, qu'on dit superbe. Un film d'animation introspectif sur le massacre des camps de Sabra et Chatila en 1982. Grand favori, le film est reparti bredouille.
On l'a guetté du coin de l'oeil après la projection de 4h28 de Che de Steven Soderbergh. Benicio Del Toro, le Che incarné, repart avec le prix d'interprétation masculine.
On l'a senti ému et fier de distinguer par la caméra d'or un réalisateur nommé Steve Mc Queen, pour Hunger qui relate le combat de Bobby Sands et de ses compagnons militants de l'IRA pour être reconnus prisonniers politiques.
On ne sait pas ce qu'il a pensé de C’est dur d’être aimé par des cons, le film de Daniel Leconte sur le procès des caricatures. Mais Michael Moore était là.
Quant à Gomorra, le film italien qui traite de la Camorra, son réalisateur, Matteo Garrone, repart avec le prix du jury.
Tant de raisons encore d'exprimer sa colère, sa conscience du monde à grande échelle. Wong-Kar-Waï fait se lever les 3 000 spectateurs avant la projection de son film pour une minute de silence à la mémoire des victimes des "forces de la nature". Elle en durera trois. Catherine Deneuve embarquée à travers un Liban à nouveau dévasté par les bombes, par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, dans le film Je veux voir où elle joue son propre rôle. "Ça commence aujourd'hui" disait un film de Bertrand Tavernier, et "ça commence ici" semble répéter Sean Penn. C'est lorsque le savoir, l'éducation parviennent sans entrave à ceux qui sont en droit de la recevoir, que commence la politique. C'est lorsque la civilité l'emporte sur la barbarie, lorsque l'encadrement et l'accompagnement défient la théorie qu'il doit y avoir des laissés pour compte, que la politique se met en marche.
"Il n'y a aucune difficulté à être en opposition avec la politique suivie par Bush et c'est même honteux d'appliquer le nom de politique à son action," disait encore Sean Penn.
Mes Petites Fables

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