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Derrière la fenêtre

Par Gentlemanw
Derrière la fenêtre

Le temps passe, le ciel reste blanc, l'hiver signe définitivement sa longueur, absorbant au passage la lumière qui nous donne l'énergie, cette dynamique intérieure pour mieux respirer. Je souffle, la buée envahit la vitre, le flou devient le sens premier de ma vision. Un retour en arrière, un doute matériel.

De quelques pas, je recule vers le canapé, je m'asseois entre deux coussins, de la chaleur, une présence, le chat qui ronronne derrière ma tête, sa place préférée, là-haut perché. Son bruit passe dans mon corps, me rassure, me donne l'envie de me mettre en boule, de me protéger de ce monde qui ne m'agresse pas, mais dans lequel je peine à trouver ma place. Etudes, famille, vie commune, enfants devenus grands, je suis maintenant seule, sans boulot et le chemin est long.

Un job, un poste, une absence de réponses, de signes de la part des nombreux contacts mis en relation, je suis encore et toujours dans ce tourbillon de la quête d'un emploi. Plus qu'une recherche, un st graal, quasi mystique, quasi impossible, tant les autres sont nombreux, tant les places semblent inexistantes, tant les chemins deviennent labyrinthes. Trop de compétences, pas assez de connaissances, trop d'expérience, trop d'envie, un ennui possible sur ce poste trop simple pour vous, pour moi, comme si j'étais trop grande, trop lourde, trop légère, trop petite suivant les cases où je suis sensée entrer. Rien ne convient, je réduis mes désidératas, je réduis mon salaire, les titres de mes précédents jobs, mais je reste trop quelque chose. D'autres jours l'inverse, je suis un mouton à cinq pattes mais jamais les bonnes, trop courtes, trop longues, pas assez diplômée, trop certifiée, pas avec cette option primordiale, et pourtant le poste attend depuis cinq mois. Je ne sais plus si c'est moi, si ce sont les cases.

Derrière la fenêtre
Derrière la fenêtre

Je ne manque pas d'envie, je suis prête à tant de sacrifices pour rentrer dans la forme voulue, pour intégrer une nouvelle équipe, donner, partager, apprendre, comprendre, transmettre, bosser, bosser encore pour gagner des sous mais plus encore pour avoir dès le matin une occupation, un statut social.

Mais surtout pour n'avoir qu'une angoisse légère, celle du lundi matin, du bus en retard, des transports encombrés, celle de ne pas rater la réunion commerciale. Surtout pour oublier mes angoisses actuelles, celles qui ne sont pas uniquement en semaine, mais tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes, week-end compris, celle de ne pas avoir de boulot, ni le jeudi, ni le vendredi, mais pas plus le samedi, quand vous vous détendez, ni le dimanche en sortant du boulanger avec vos croissants, ni l'après-midi, tranquille. Jamais je ne suis en repos, car j'ai cett épée qui me rappelle que chaque heure, rien n'est là, ni pour aujourd'hui, ni pour demain. Et que malgré que ce soit un week-end, le lundi sera morose, pas en retard mais vide, totalement vide de sens. Je ne fais plus partie d'une entité sociale sauf celle des anonymes, d'un groupe énorme de gens qui ne se connaissent pas, se heurtent aux folies bureaucratiques, mais vivent dans la solitude et l'attente d'une réponse. Toutes les nuits sont comme les jours, vides, angoissantes, sans fin.

Alors aujourd'hui j'ai décidé de faire un vrai break, sans médicament pour dormir, mais avec du yoga, un chat, du thé chaud et mon répondeur. Je vais prendre du temps pour moi, seulement moi, pour croire en celle qui a été, est et sera. Je vais me retrouver, le chat semble avoir compris, il glisse vers mes genoux, se frotte sur mon pull blanc, donnant sa joie féline à mon coeur battant, tranquille.

NYLONEMENT

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