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Pick-and-go fossoyeur du rugby ?

Publié le 28 mai 2008 par Ansolo

Pick-and-go fossoyeur du rugby ? (Au dessus de la mêlée) posté le mercredi 28 mai 2008 19:35

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Le terme anglo-saxon de " pick and go " n’aura jamais été prononcé par autant de bouches françaises que depuis la défaite Toulousaine en finale de la H Cup.

 Il ne s’agit pas d’une spécialité culinaire anglo-saxonne, mais bien d’une recette rugbystique assez traditionnelle ces dernières années. Sa variante Irlandaise a été appliquée à la perfection par le pack du Munster cette saison, sous le regard admiratif de spectateurs néo-zélandais alignés derrière ledit pack et arborant les numéros 11 à 14.

Bref, le Munster et plus précisément son pack de devant " incarnent " le pick-and-go.

Ce type de jeu consiste à ramasser la balle et tenter de parcourir plusieurs mètres. Une fois le porteur du ballon plaqué, se forme un " ruck ", appelée, dans la langue d’André Boniface " mêlée spontanée ". Bien soutenu par ses partenaires (qui doivent intervenir rapidement pour former le ruck), le joueur plaqué met le ballon à la disposition d’un coéquipier qui, à son tour, ramasse la balle et parcourt quelques mètres. Cette stratégie de gagne-terrain, qui aurait plu au Maréchal Joffre (" Je grignotte, je grignotte "), permet de conserver le ballon sans trop de risques : pas de passe, pas de contestation possible du ballon pendant la phase de ruck, difficultés pour le camp adverse à récupérer la balle sans être pénalisé…les avantages sont nombreux.

 Et c’est au nom de la sacro-sainte efficacité rugbystique moderne que les entraîneurs professionnels ont de plus en plus tendance à user, et abuser, des pick-and-go. Force nous est de constater que l’équipe du Munster a poussé à son paroxysme cette tactique, en l’utilisant notamment pendant la quasi-totalité du dernier quart d’heure, sous le regard bienveillant de l’arbitre de la rencontre. Arrêtons-nous, pour les non-initiés sur l’expression utilisée systématiquement par le directeur de jeu pendant cette période, à savoir " Away Reds ! ". Elle n’est autre que l’ordre intimé par l’arbitre aux joueurs Toulousains de ne pas tenter de s’approcher du ballon, amoureusement couvé par huit mères poules musculeuses…

 Pour résumer : c’est moche, c’est ennuyeux, mais ça gagne.

 Mais est-ce vraiment autorisé par le règlement ?

 La réponse est nuancée. Elle est positive s’agissant de l’action de ramasser le ballon et courir avec. C’est même précisément ce qui fait l’essence de ce jeu. La nuance arrive au moment du ruck, phase au combien cruciale pour l’équipe qui attaque comme pour celle qui défend.

En premier lieu, le joueur qui attaque ne peut aller au sol que s’il y est conduit par un défenseur qui le plaque. C’est généralement le cas. Ensuite, la question se pose de savoir dans quelle condition le ruck doit se former et comment l’équipe adverse peut contester la possession du ballon. Au terme " ruck ", il est préférable de préférer la traduction française de " mêlée spontanée " qui semble beaucoup plus parlante. Car il y a une certaine parenté entre ce type de regroupement et la mêlée ordonnée (celle, classique, sifflée par l’arbitre et qui donne lieu à introduction par le demi de mêlée). Dans les deux cas, les joueurs adverses contestent le gain du ballon en étant physiquement au contact les uns des autres, chaque camp tentant de repousser l’autre vers l’arrière. Le ballon peut alors être talonné, c’est à dire poussé vers son camp par un joueur utilisant son pied…

Les règles, en matière de ruck, sont particulièrement strictes : les joueurs doivent être sur leurs appuis, ils ne doivent pas avoir la tête et les épaules plus basses que les hanches, être liés, c’est à dire avoir au moins un bras autour du corps d’un coéquipier dans le ruck, en utilisant la totalité du bras. Un joueur ne doit pas tomber dans une mêlée spontanée, ni sauter sur d’autre joueurs en mêlée spontanée.

On l’aura compris, un arbitre appliquant le règlement devrait presque systématiquement siffler, et ce en faveur de l’équipe qui défend.

Au moment du plaquage du joueur qui a accompli un " pick-and-go ", celui-ci doit libérer son ballon. Or, la plupart du temps, il attend sagement d’avoir deux ou trois coéquipiers au-dessus de lui pour consentir à le libérer, alors que très souvent, les équipes qui défendent ont un joueur sur ses appuis qui tente de récupérer le ballon dès la plaque effectué par un coéquipier, mais ne peut y parvenir. Première faute : l’arbitre attend la formation du ruck au lieu de pénaliser le joueur qui garde le ballon au sol.

Lors de la formation du ruck, rares sont les joueurs qui demeurent sur leurs appuis, en raison notamment de la poussée exercée par leurs partenaires qui arrivent au soutien et de la présence du joueur plaqué au sol, qui favorise la chute des premiers soutiens. Deuxième faute : l’arbitre autorise les empilages de joueurs, quand il ne s’agit pas de véritables sauts à l’horizontal dans le regroupement pour dissuader les tentatives adverses de " gratter le ballon ".

Le respect de la règle applicable aux rucks, assuré par l’arbitre, aurait pour conséquence de rendre la conservation du ballon à l’issue d’un pick-and-go beaucoup plus aléatoire et favoriserait le jeu debout et non plus les tas successifs.

En voulant favoriser l’attaque, on a laissé s’installer des pratiques qui vont à l’encontre du souhait de rendre le jeu plus attrayant. Certes, l’attaque conserve le ballon. Certes, cette tactique privilégiée par le Munster (qui n’en a pas le monopole, loin s’en faut), nécessite une grande précision technique individuelle et collective. Certes, elle conserve au rugby sa dimension de combat, que les nouvelles règles en projet semblent remettre quelque peu en cause.

Mais le rugby consiste à se passer le ballon, pas à creuser une tranchée pour y planquer la "bechigue". Il faut donc prendre les mesures adéquates pour permettre au jeu de retrouver un peu de l'air qui lui manque. Pour cela, il suffirait sans doute d'appliquer plus strictement la règle.

N'est-ce pas, Monsieur Owens ?


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