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L’interview: Yves Dana… «Je n’ai jamais compris le verbe créer »

Par Jsbg @JSBGblog

YvesDana

«Je n’ai jamais compris le verbe créer.

Un défi…ou un caprice…

j’affronte une sculpture et me dissous en elle,

je la surveille, je l’imite, lui invente des cris d’animaux ou danse avec elle.

je la provoque, la regarde parfois en coin,

Feignant d’être distrait ou attentif à autre chose.

il faut ruser, il faut la surprendre, parce qu’elle,

c’est moi.»  – Yves Dana

Le sculpteur lausannois Yves Dana revient sur ses trente ans de carrière à l’occasion d’une rétrospective à l’Espace Arlaud, à Lausanne. Du 13 février au 26 avril 2015, le bâtiment abrite des dizaine d’œuvres de l’artiste, donnant à voir un splendide panorama de son œuvre.

Le sculpteur crée dans son atelier, l’Orangerie de Mont-Repos, à Lausanne. Ce bâtiment, classé au patrimoine national suisse, a été construit en 1824. Ce ne sont plus des plantes exotiques qui y poussent mais des œuvres qui voient le jour depuis que Dana s’y est installé en 1987.

Yves Dana a d’abord sculpté le fer, puis la pierre. Cette exposition à Arlaud montre justement cette évolution, ce brassage d’œuvres de matériaux différents. C’est tout naturellement, sur quatre étages, que l’on se laisse guider au fil de cette carrière. Ses créations sont mises en valeur par un éclairage bien étudié et de belles citations de l’artiste nous font découvrir sa sensibilité. Une exposition singulière dans la mesure où il est permis de toucher les œuvres et même recommandé de le faire.

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JSBG – Vous avez eu champ libre pour cette exposition. Pourquoi avoir choisi de faire une rétrospective de votre travail ?

Yves Dana – Je disposais d’un grand espace pour exposer, les quatre étages de l’Espace Arlaud. Cela me paraissait intéressant de prendre quelques une de mes premières pièces et également des plus récentes pour instaurer une sorte de dialogue.

Comment s’est déroulée la préparation de l’exposition dont vous aviez champ libre? Était-ce difficile de choisir dans vos nombreuses œuvres celles que vous alliez exposer ? Comment avez-vous procédé ?

Oui c’était difficile de réfléchir à des pièces représentatives des périodes de transition ou importantes. Choisir des grandes pièces, des plus petites. Varier l’agencement de mon travail.

Vous avez obtenu une licence en sociologie à l’Université de Lausanne en 1978, été diplômé de l’école des Beaux-Arts de Genève en 1981 et enseigné les mathématiques. Un parcours qui vous a mené à être sculpteur. D’où vous est venu l’envie de sculpter ?

J’ai toujours aimé travailler avec mes mains. Dès mes quinze ans je construisais des choses, je faisais des assemblages mais dans le but de m’amuser, sans penser à en faire mon métier. Ce n’est que plus tard, après mes études, que m’est venu l’envie de faire carrière dans l’art.

Vous êtes également peintre. Avez vous un autre rapport à vos peintures qu’avec vos sculptures ?

Non j’ai le même rapport avec l’une et l’autre. Je me place devant le papier ou la pierre de la même façon.

Comment vous y prenez vous en général pour créer une sculpture ? De quoi vous inspirez-vous ?

J’ai des blocs de pierre à l’atelier. J’en choisi un et commence à travailler dessus. Je fais quelques marques, je commence un mouvement, je cherche… Je ne travaille pas exactement de la même façon après trente ans de carrière. Maintenant je cherche à mélanger le savoir, la technique, avec l’inspiration du moment.

Créez-vous des maquettes avant vos œuvres, à la manière d’un architecte ?

Non je ne fais pas de maquettes. J’en ai faite une après coup pour le groupe « Conversation Secrètes » car cela m’intéressait d’en faire deux versions. Une très petite et une beaucoup plus grande.

On ressent dans votre exposition une dominante de stèle, une série d’œuvres que votre voyage en Egypte vous a inspiré. Qu’est-ce qui vous a parlé dans ce pays qui vous a vu naître ?

Beaucoup de choses en même temps. Le fait d’être déconnecté, le contact avec le monde environnent ; il n’y avait pas les téléphones portables. Cette idée de retrait, de tranquillité, ce désert de sable sans limite. J’ai découvert un monde très différent de l’occident rapide et bruyant. C’est cela qui m’a inspiré.

Vous travaillez également le verso de vos sculptures. Dans quel but ? Vous utilisez des techniques qui diffèrent nettement sur une même oeuvre : très polie, lisse par endroit et un effet de roche brute d’autre part. Pourquoi mélanger ces deux aspects ?

On s’ennuierait beaucoup si c’était pareil. J’aime les contrastes. Il faut qu’elle aie une vie, qu’elle ne paraisse ni parfaite ni imparfaite.

On remarque dans vos œuvres un désir d’élévation mais est-ce une quête impossible, comme le suggère le titre de votre sculpture les « Orphelins du ciel » ?

Oui c’est une recherche constante d’ascension. On ne peut arriver au but.

Certaines de vos sculptures semblent défier les lois de la gravitation. Comment arrivez-vous à créer cette sensation d’équilibre instable ?

J’aime jouer avec cette idée d’espace. L’œuvre s’approprie l’espace autour d’elle…Il n’y a pas de pièce complétement en porte-à-faux mais elles peuvent un petit peu sortir de la gravité.

Vous avez écrit « Elle, c’est moi » en parlant de votre sculpture. En quoi vous ressemble-t-elle ?

Mes sculptures représentent la quête d’un équilibre avec soi et les autres. À travers elles, je recherche un certain rapport avec moi-même.

A travers votre parcours on voit que vous aviez varier les matériaux et les grandeurs, Pourquoi vous concentrez vous maintenant plus à travailler la pierre et non plus le fer ? (œuvres moins gigantesques ?)

J’ai arrêté de travailler le fer en 2000. J’avais l’impression d’avoir fait le tour. Je travaille maintenant des pierres, pour certaines volcaniques.

J’ai remarqué que les visiteurs touchaient vos œuvres, est-ce vous qui les invitez à le faire ?

Oui, car le rapport au toucher permet de découvrir pleinement la sculpture. On peut sentir les rugosités ou le lisse avec ses mains. Sentir les angles, les arrêtes, les rondeurs…

Un pertinent questionnaire selon JSBG:

  • Quel est votre plus grand vice? Je n’en ai pas… ?
  • Qu’est-ce qui vous fait peur? Être sans idée
  • Vivre au 21ème siècle: plus facile ou plus difficile qu’avant? Plus difficile
  • Vous êtes plutôt Facebook ou Twitter? Ni l’un ni l’autre
  • Qu’est-ce que vos parents vous ont légué de plus précieux? La générosité
  • Quelle serait la bande-son de votre vie?  Une symphonie de Jean-Sébastien Bach
  • Où vous voyez-vous dans 10 ans? J’espère avec moi-même

Merci beaucoup Yves Dana !

Alice Caspary

***

Espace Arlaud, Lausanne, 13 février au 26 avril 2015,

Galerie LKFF, Bruxelles, 5 mars au 15 mai 2015

Galerie Robert Bowman, Londres, septembre 2015

LIVRE:

« Dana », (420 pages) 2 volumes dans un coffret, texte de Tahar ben Jelloun et analyse de Matthias Frehner (éditions 5 continents)

Cliquer pour visualiser le diaporama.

Photos galerie © JSBG / Alice Caspary


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