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L’école des fans : Jean

Par Lise P. @Fichupoeme

" On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans " comme le dit si bien Arthur Rimbaud. Moi quand j'ai eu 17 ans, j'ai découvert un auteur que je voyais souvent trôner dans les meilleures ventes de librairie, Jean D'Ormesson. On était en 2005, et C'était bien venait de sortir en poche. Ce livre n'est ni un roman ni un essai, c'est un jeandormesson. Moi, à 17 ans, quand j'ai lu ça, je suis tombée amoureuse :

Ne vous laissez pas abuser. Souvenez-vous de vous méfier. Et même de l'évidence: elle passe son temps à changer. Ne mettez trop haut ni les gens ni les choses. Ne les mettez pas trop bas. Non, ne les mettez pas trop bas. Montez. Renoncez à la haine: elle fait plus de mal à ceux qui l'éprouvent qu'à ceux qui en sont l'objet. Ne cherchez pas à être sage à tout prix. La folie aussi est une sagesse. Et la sagesse, une folie. Fuyez les préceptes et les donneurs de leçons. Jetez ce livre. Faites ce que vous voulez. Et ce que vous pouvez. Pleurez quand il le faut. Riez.

Parce que c'était simple et beau. Parce que c'était clair. Parce qu'il me parlait de la vie, du rire et de Dieu, et que j'en avais besoin à ce moment là précisément. Et encore aujourd'hui, sa clarté me parle et me fait du bien. Voilà, j'aime cet auteur car ses mots me font du bien. Ce qui est assez rare pour en parler. Des mots peuvent faire peur, faire rêver, attiser la curiosité, découvrir des horizons. Mais lesquels vous font du bien ?

Ce qui éclaire l'existence, c'est l'espérance.

Alors comprenez bien, comprenez bien que lorsqu'à 18 ans je me rapprochais de Paris, de ses librairies et de son salon du livre, je n'avais qu'un rêve, aller le voir. Je connaissais ses yeux bleus pétillants, je savais que ses lecteurs sont surtout des lectrices, je savais qu'il n'était plus tout jeune. Alors comme on n'est pas sérieux à 18 ans non plus, je lui ai écrit une lettre. Une longue lettre dont je ne me souviens pas bien du contenu. Je lui racontais ma vie je crois, avec la fougue d'une hypokhâgneuse croyant parler à Victor Hugo en personne. Ça devait être assez pathétique en vérité, mais enfin ! Je lui parlais de mon envie d'écrire, lui enjoignais quelques poèmes. Forte de ma bombe secrète sous enveloppe, j'allais pour la première fois de ma vie au salon du livre de Paris avec des amies. Vient le Jean d'Ô à 18h, je suis parmi les premières de la longue file, mes amies sont déjà parties. Le cœur battant, les jambes en coton, je m'approche, lui tends un vieux livre de ma bibliothèque et lui dit mon prénom. Puis le répète un peu plus fort. Et le re-répète encore plus fort. Oui, il est sourd comme un pot mon Jean d'Ô.

Allez, du culot ! Je lui donne aussi ma lettre en lui disant que j'aimerais lui donner une lettre. Il me regarde, plein de compassion, en me disant que ma pauvre chérie c'est très gentil mais je reçois déjà beaucoup de lettres. Il la prend quand même. Je m'en vais, remplacée par d'autres femelles en transe face à leur idole. Je m'en vais et quitte le salon, l'esprit confus et un peu honteux, vers chez ma grande sœur, parisienne depuis quelques années déjà. Et puis chez elle, mon téléphone sonne.

Allô Lise ? C'est Jean D'Ormesson.

Pas folle la guêpe, j'avais mis mon numéro. Je ne me souviens même plus du contenu de notre petite conversation. Qu'il avait été touché par ma lettre je crois, qu'il trouvait ma vie d'hypokhâgneuse toutâfait fascinante, et qu'il fallait que je continue d'écrire des poèmes. Oh mon Dieu, Victor Hugo m'a appelée sur mon téléphone ! Comment décrire le petit nuage arc-en-ciel de bonheur et de licornes sur lequel j'ai volé pendant quelques semaines après ce coup de fil ? Il fallait que je relise mes appels reçus pour y croire. Pas folle la guêpe, il avait appelé en numéro masqué.


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