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Reprise de la Wakyrie avec un plateau sublime au Théâtre National

Publié le 03 mars 2015 par Luclebelge
Reprise de la Wakyrie avec un plateau sublime au Théâtre National
De la musique avant toute chose,  Et pour cela préfère Wagner! (Verlaine revisité)
Après le prologue de l´Or du Rhin vient la première journée et l´enchantement de la direction musicale de Kirill Petrenko se poursuit, avec pour cette Walkyrie un plateau qui tend à la perfection. Les grands gagnants de cette production sont Wagner, le public et le Bayerische Staatsoper. Wagner parce que Kirill Petrenko le restitue tel qu´il a écrit sa musique. La partition de Richard Wagner, rien que la partition, toute la partition, comme déjà pour l´Or du Rhin. Petrenko continue d´en donner une lecture minutieuse et concentrée, avec un contrôle attentif de l´orchestre et du plateau. Bienheureux les spectateurs qui ont un regard sur la fosse et sur la personne du chef d´orchestre et sur la relation qu´il entretient avec chaque musicien et avec chaque groupe d´instruments, et, chose tellement inhabituelle, avec chaque chanteur. Le chant ne s´élève que quand le chef en décide. Wagner, c´est donc si beau, c´est donc si compréhensible? Ceux qui en douteraient devraient faire l´expérience de cette musique sous la direction de ce sublime Maestro qui a conquis Bayreuth et est en train de bouleverser Munich et d´y créer le plus envoûtant des délires. C´est d´une telle beauté que les quelques scories de cuivres manquant à l´appel de l´unisson passent quasi inaperçues. C´est d´une beauté définitive. Petrenko fait jouer la musique de Wagner et en exprime le lyrisme comme les fulgurances sans jamais en forcer les effets.
Alors que sa mise en scène continue de bien fonctionner, la provocation d´Andreas Kriegenburg continue de faire scandale: au moment même où l´on attend avec ravissement un des moments les plus sublimes de l´opéra, la célèbre chevauchée des Walkyries qui en introduit la dernière partie, fait lourdement piétiner les figurants représentant les chevaux des vierges célestes. Les huées, qui généralement se cantonnent aux premières, ont à nouveau fusé comme lors de la création de la mise en scène en 2012. Quelqu´un crie "Wagner!", comme pour rappeler qu´on est ici pour en écouter la musique. D´autres, nombreux, s´exclament en demandant d´arrêter ces bruits de sabots supposés dont la partition ne contient aucune empreinte. La plupart des spectateurs se contentent de ronger leur frein et de ne piaffer qu´intérieurement. Ce n´est qu´un mauvais moment à passer après lequel les bruits des lanières de cuir, les longues rênes dont les Walkyries frappent le sol pendant que l´orchestre joue la chevauchée, ne sont plus que de vénielles quoique inutiles peccadilles.
La distribution est aussi magique que la direction d´orchestre. La qualité ultime de l´interpétation du couple de jumeaux par Klaus Florian Vogt et Anja Kampe sont unanimement salués par un public trépignant, soulevé et hurlant des bravi enthousiastes. La voix de Vogt s´élève dans sa clarté lumineuse et dorée avec une puissance et une intensité qui en impose sans doute même à ses détracteurs qui en déplorent parfois la légèreté. Anja Kampe est une fabuleuse Sieglinde, que les scènes d´opéra du monde entier célèbrent dans le rôle, intense et passionnée avec une force d´incarnation et un feu interne brûlants, et un grand charisme pour véhiculer les émotions. Vogt et Kampe jouent ces personnages à l´apex de leurs vies, comme s´ils n´avaient vécu et souffert que pour l´instant de leur rencontre et de l´explosion instantanée de leur amour incestueux dont le fruit immédiat est un héros dont dépend le salut du monde. Il y a dans le jeu d Anja Kampe ce côté affolé, ingénu et marial qui conduit à l´évidente nécessité de l´adultère. On ne peut qu´attendre avec impatience le retour en Isolde cet été à Bayreuth de cette soprano wagnérienne faite pour chanter les grandes amoureuses crucifiées du maître de l´opéra allemand.
Günther Groissböck, qui chante Fasolt dans l´Or du Rhin de cette production, donne un excellent Hunding et rend fort bien tant scéniquement que vocalement la brutalité haineuse et sourde de Hunding avec une basse sombre et ténébreuse d´une riche palette.
Une bonne surprise de la soirée est le retour de forme de Thomas J.  Mayer dont le Wotan avait paru bien terne dans l´Or du Rhin. On retrouve un Mayer souverain et puissant, avec un jeu magistral dans l´expression du maelström d´émotions qui animent le personnage dans la Walkyrie, cette rage exaspérée et encolérée  mâtinée du désespoir  d´un amour paternel qui ne se peut exprimer. Elisabeth Kulman investit le rôle de Fricka en le parant d´une impériale dignité et un chant d´une force concentrée et impérative, avec une articulation sans défaut  qui rend la simplicité de son verdict parfaitement compréhensible et sans appel. Evelyn Herlitzius, qui semble manquer quelque peu de puissance et connaît quelques dérapages dans ses premiers cris de joie, déçoit à l´entame du rôle, mais offre ensuite une Brünnhilde de plus en plus convaincante. Il y a comme une véhémence adolescente, un concentré d´énergie, une force de résolution et une hargne dans le combat qui émane de cette chanteuse de petite stature. Les huit Walkyries, ses soeurs d´un autre lit, sont toutes remarquables au final de cette soirée mémorable qui se termine par une immense ovation.
Quelques places restantes pour les représentations des 6, 14 et 23 mars au cours desquelles Stuart Skelton chantera Siegmund. Cliquer ici pour le chemin vers les réservations.
Crédit photographique Wilfried Hösl


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