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Publié le 29 mai 2008 par Moushette
Les adolescents préfèrent leur mère
Le Figaro, Cécilia Gabizon
28/05/2008 | Mise à jour : 22:32 |
Selon un sondage, les mères, plus compréhensives et plus dévouées, l'emportent sur des pères jugés «démodés».
C'est le sacre de la mère. Les adolescents de 14 à 18 ans lui voient toutes les qualités, loin de l'acrimonie que l'on prête à cet âge, à en croire les résultats tranchés d'un récent sondage Ifop sur l'apport de chaque parent. Ils la disent aimante, ouverte, proche d'eux, bien plus complice que le père. «L'intimité des débuts de vie entre l'enfant et la mère ne se perd pas», explique le psychiatre Philippe Jeammet. Autrefois, cependant, le père tirait grandeur à fixer les règles, à dire le code d'honneur de la famille. Dépouillé de ses attributs, il semble englouti. «Parce que l'homme (…) n'exerce plus la fonction d'autorité. Il apparaît souvent, aux yeux de l'enfant, comme un subalterne de la maman omnipotente», analyse Jean Gabard, auteur d'un essai sur les excès du féminisme. De fait, l'image des mères s'est étoffée. Les adolescents leur font confiance pour leur assurer «un toit», de la sécurité, des «bons conseils», et les informer sur la sexualité. Mieux que le père.
L'ode à maman varie cependant selon la situation familiale. Les enfants de divorcés se montrent plus circonspects. Ils doutent plus souvent de la parole de leurs parents, même si, là encore, la mère conserve l'avantage. La proximité avec les parents diffère aussi selon les sexes. Les garçons affichent plus de complicité avec leur père que les filles, ancrées dans le gynécée.
La mère est pour tous, bien plus dévouée : elle connaît les copains, les apprécie, aide pour les devoirs avec patience, «subit sans râler de la musique à haut volume», ajoute Marianne, mère de deux adolescents. Parfois, le père accompagne la mode adolescente. Mais souvent il ne fait qu'y céder, à contrecœur. Or, «lorsque les pères imitent les mères, les jeunes préfèrent l'original et ils ont raison», tranche le pédopsychiatre Marcel Rufo. Pour autant, il ne faudrait pas discréditer la révolution paternelle des dernières décennies. Ils se sont fortement investis «et prennent en charge avec bonheur les tout-petits». L'homme portant bébé fait désormais partie du paysage de la piscine municipale, ou du parc. En primaire, le père assure toujours les activités sportives, surtout avec les garçons.
Les pères hors jeu
Puis l'harmonie s'étiole. Certes il «respecte mieux l'intimité» à l'adolescence. Comme si les liens fusionnels avec la mère portaient toujours une part d'intrusion. «Il est le garant de la pudeur», affirme encore Marcel Rufo. Autrement, le père vit mal la contestation. Tandis que la mère négocie, discute plus, lui se raidit. «D'autant qu'il vit souvent une crise personnelle, une sorte de ménopause psychique», expose Marcel Rufo. Il constate son vieillissement, tandis que son fils le bat au ping-pong, ou le devance à la course. Les jeunes décrivent souvent des pères hors jeu, démodés. Quelque 11 % des jeunes se disent brouillés avec lui (contre 4 % avec la mère). L'affrontement d'antan recule peu à peu. «Les adolescents sont à 90 % en forme, contrairement à ce que l'on croit, insiste Marcel Rufo, car leurs parents se montrent beaucoup plus sympas que par le passé.»
Ce nouveau modèle ne fait pourtant pas l'unanimité, comme en témoignent les polémiques sur l'autorité. «Nous voyons se dessiner un schéma parental, qui privilégie le modèle féminin, l'affectif», explique Philippe Jeammet, ancien directeur du service de psychiatrie de l'institut Montsouris (2). Les femmes peuvent exercer de l'autorité, mais sans le détachement du père, assure le spécialiste. Tout devient émotion. «Le père veut à son tour être aimé et ne pose plus les règles». C'est le repli sur la famille, le cocon avec la peur de l'extérieur. Non seulement le père y perd sa place, mais ce matriarcat, risque selon Philippe Jeammet de «fabriquer une société d'enfants».
(1) Enquête Ifop du 8 au 12 mars 2008, menée auprès d'un échantillon de 512 personnes représentatif de la population âgée de 14 à 18 ans.
(2) «Pour nos ados soyons adultes», Philippe Jeammet, Odile Jacob.

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