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Piège(s): Fifille-la-voilà et ses kapos

Publié le 12 mars 2015 par Jean-Emmanuel Ducoin
Pour combattre l’extrême-droite? S’armer et armer les autres d’une dialectique des idées assez puissante pour dénoncer les contradictions d’un programme inepte et dangereux pour la démocratie.  Piège(s): Fifille-la-voilà et ses kapos Argument. Pour que Fifille-la-voilà se détruise en plein vol et s’enfonce dans les abysses de notre histoire, la rhétorique éthique et les discours humanistes, aussi beaux et nécessaires soient-ils, n’y suffiront plus. À la faveur des élections départementales, le Front nationaliste entend essaimer sur l’ensemble du territoire, passer le pays au tamis de ses idées fourre-tout et attrape-tout, laisser des empreintes vives. Pour l’essentiel, le mal est déjà fait et il n’y a aucune honte à devoir se dire qu’il faudra peut-être plus de temps pour extirper l’extrême droite du paysage politique et idéologique qu’il en a fallu au père et à la fille pour s’y installer. Ne le cachons pas: prétendre revenir en arrière, à un point zéro fantasmé, ne sert plus à rien. Dans notre ici-et-maintenant, alors que l’organisation poujado-fascisante revendique la première place dans l’échiquier électoral, il s’agit d’affronter le monstre pied à pied, argument contre argument, de desceller pierre par pierre ce qui a été bâti avec l’assentiment actif ou passif de la médiacratie rampante. Pour y parvenir, un chemin et un seul: s’armer et armer les autres d’une dialectique des idées assez puissante pour dénoncer les contradictions d’un programme inepte et dangereux pour la démocratie et les plus faibles, qui voteraient contre leurs propres intérêts si par malheur ils oubliaient leur conscience de classe. Fifille-la-voilà et ses kapos détestent le peuple et toute notion de solidarité entre citoyens. La citoyenneté n’est pour eux qu’une insulte: insultons-les en brandissant la citoyenneté!

État-nation. La menace nationaliste et antirépublicaine provoque la peur? Bien sûr, qui n’aurait pas peur dans le sourd creuset de son intelligence. Mais ce sentiment de repli, attisé le week-end dernier par un premier ministre au petit pied et ô combien machiavélique lorsqu’il prône sans le dire le «vote utile», ne conduit qu’à la défaite et aux reculades, alors qu’un combat ferme sur ses principes devrait guider toutes nos actions, toutes nos paroles. Or, comment s’y prendre avec efficacité pour que le combat en question, rendu inégal par la duplicité et la complicité des médias dominants, touche sa cible et «parle» au plus grand nombre? Ne prenons qu’un exemple, celui, central, de l’État-nation, asséné dans tous les meetings frontistes. À croire les spécialistes en «marinisme» appliqué, Fifille-la-voilà aurait opéré un virage à 180 degrés par rapport à son père lors du congrès de Tours, en janvier 2011. Fifille dit que l’État doit être investi d’une mission globale, à la fois «fort», «protecteur» et «stratège», quand Papa-le-voilà fustigeait ledit État «à la fois monstrueux, tyrannique et impuissant», réclamant un libéralisme économique à tous les échelons de la société visant à rendre «marginal l’État-providence» et «l’assistanat». Doit-on pour autant voir une volte-face radicale dans la doctrine familiale? Quand Fifille-la-voilà évoque une «planification» et pourquoi pas des «renationalisations», est-elle en désaccord avec papa quand il dénonçait le «fiscalisme» et l’ISF? Soyons sérieux. «Les termes du virage supposé étatique de Marine Le Pen ne contredisent pas le libéral-nationalisme de son père, ils le modernisent en étendant au domaine économique et social les prérogatives de l’État sécuritaire et discriminatoire du FN d’hier», expliquait récemment au Monde Cécile Alduy, professeure à l’université Stanford. Celle-ci ajoutait: «Le “protectionnisme social” qu’elle met en avant dans ses apparitions télévisées n’est que l’autre nom de la “préférence nationale” paternelle utilisée auprès des militants. C’est donc au sens propre qu’il faut prendre “État-nation”: un État “national” qui n’œuvre que pour les nationaux.» Rien qu’un piège parmi d’autres. Tant d’autres.
 [BLOC-NOTES publié dans l’Humanité du 13 mars 2015.]

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