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La réforme ou le déclin

Publié le 16 mars 2015 par Toulouseweb

Alexandre de Juniac remet la pression sur la compagnie Air France, Ť sans plan secret de licenciement ť affirme-t-il.
Le PDG d'Air France KLM a les traits tirés en ce moment. Il n'a pas eu le temps d'aller bronzer au soleil. C'est qu'il a d'autres préoccupations et quelles préoccupations ! Il veut tout simplement sauver sa compagnie. Son interview la semaine derničre dans Les Echos a surpris bien des observateurs. Une interview en outre relayée par France-Inter le lendemain matin au cours de laquelle il a pu s'adresser aux 5 millions d'auditeurs potentiellement ŕ l'écoute.
Le PDG part de cette constatation : Ť sans la grčve explique-t-il nous serions redevenus bénéficiaires et nous aurions dégagé 300 millions d'euros de bénéfices ť. Oui mais comme il y a eu la grčve notamment celle des pilotes, cet argument est nul et non advenu. Et il enchaîne Ť nous pouvons passer ŕ l'étape suivante avec un plan Perform 2020, celui de la reconquęte et qui comportera un volet important de poursuite de la réduction des coűts ť. La nouveauté c'est que les économies ne seront pas définies par catégories de personnels mais par activités. Et d'annoncer qu'il avait interrogé 100 000 employés de tous les secteurs de la compagnie. Il leur a été demandé de proposer des réformes. Conclusion : Ť Nous avons des taux de retour impressionnants et des réponses trčs intéressantes ť.
Nous n'en saurons pas plus pour l'instant.
Pourquoi ces nouvelles mesures de relance ? Lŕ, Alexandre de Juniac emploie volontiers une image footballistique : Ť soit nous réformons pour rester en 1čre division, soit nous déclinons. Et il n'y a pas de place dans l'aérien pour les joueurs de seconde division. L'immobilisme ce serait la relégation assurée ! ťAlexandre
de Juniac a son plan qu'il veut trčs rapide. Dčs lundi, il reçoit les syndicats qui seront désignés comme représentatifs ( il y a des élections professionnelles en ce moment dans la compagnie et la CGT y a d'ailleurs laissé des plumes, cependant que la CFE-CGC-UNAC est désormais la premier syndicat de la compagnie, celui qui peut aider la direction . L'objectif étant de signer des accords avant la fin de l'été pour une mise en œuvre les années suivantes. Voilŕ pour l'objectif et la méthode. On ne voit pas du tout pour l'instant si les syndicats vont adhérer ŕ cette nouvelle stratégie. Rappelons que la compagnie a déjŕ supprimé prčs de 8 000 emplois....en 3 ans !
Un dossier semble en revanche faire son chemin, il s'agit de la concurrence jugée déloyale par les transporteurs du Golfe. Ces compagnies récentes ont un développement extraordinaire. Pensez donc qu'Emirates a prévu d'embaucher 11 000 collaborateurs cette année, et que son président Tim Clark est pręt ŕ acheter 100 Airbus A380 pour peu qu'ŕ Toulouse on lui prépare une version Ť néo ť de l'avion géant. Les compagnies du Golfe ne paieraient ni les taxes ni les aéroports qui les accueillent, ce qu'elles démentent bien entendu. Mais elles ne publient pas de comptes alors qu'attendent-elles ? Le groupe Air France KLM pourrait ętre aidé dans sa dénonciation des compagnies concurrentes du Golfe par ce mouvement déclenché aux États-Unis puisque les grandes majors américaines ont sorti les męmes dossiers sur la table et qu'elles comptent bien aller les porter au président Obama. United, Delta et American Airlines viennent de publier un rapport accablant qui dénoncent tout ŕ la fois Ť des financements opaques, des subventions cachées et des déclarations mensongčres ť de leurs rivales du Golfe. Et de demander ŕ terme la suspension des accords de ciel ouvert américain intervenu dans les années 2 000.
Bien sűr Emirates a sous le coude un argumentaire tout pręt pour augmenter les retombées économiques de ses vols vers la France. C'est de bonne guerre, son argument essentiel étant ses achats massifs d'Airbus pour lesquels elle demande aussi de nouveaux droits de trafic. Thierry de Bailleul, directeur général France d'Emirates
n'a-t-il pas déclaré que sa compagnie avait acheté en France 437 millions d'euros de biens et de services dont des millésimes entiers de Dom Pérignon ! Aux derničres nouvelles, la France et l'Allemagne viennent de saisir la commission européenne du męme dossier de concurrence déloyale, ce qui est un pas de plus dans l'affrontement et la guerre économique; entre l’ouest et le proche orient.

Un Yalta qui redéfinirait les rčgles du transport aérien semble désormais bien lointain. C'est dans ce contexte qu'Alexandre de Juniac entreprend sa réforme. Peut-il réussir ? Cela dépendra bien évidemment de l'attitude des syndicats. A mon humble avis , Monsieur le Président, vous n'avez pas fini d'avoir les traits tirés.
Gérard Jouany - AeroMorning

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