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Lèse-majesté

Publié le 20 mars 2015 par Malesherbes

Quel que soit le nom sous lequel ses adorateurs l’invoquent, il faut bien reconnaître que, faute de preuves contraires, le Créateur ne réside pas ici-bas. De même que la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe, il se trouve hors de portée des humains. Comment donc les misérables vermisseaux que nous sommes pourraient-ils le blesser ou même ne serait-ce que lui porter ombrage ?

En fait c’est, me semble-t-il, parce que des souverains ont voulu s’attribuer une part de la puissance divine, que le crime de blasphème a été institué. Les rois de France étaient oints à Reims et Charlemagne comme Napoléon allèrent jusqu’à se faire sacrer empereur par le pape lui-même. Cette alliance fréquente du sabre et du goupillon permettait au souverain de se prévaloir de la bénédiction de l’Église tandis que lui-même lui apportait la puissance temporelle. Le souverain pouvait disposer ainsi d’un droit de vie et de mort sur ses sujets et donc, corrélativement, du droit de grâce. Par une étrange survivance de la royauté, ce droit demeure attribué à notre président de la République. Permettre à un homme de décider seul de la mort d’un de ses semblables, c’est lui conférer un privilège réservé au seul Créateur. On en vient ainsi à reconnaître comme plus qu’humain une personne que rien, hormis sa naissance, ne distingue des autres hommes. Il est donc intolérable que certains s’emploient à nier cette différence toute artificielle et viennent léser cette majesté. La voie a ainsi été ouverte pour créer le crime de lèse-majesté. Son existence pour réprimer l’atteinte à un roi terrestre conduit à instituer un crime de blasphème lorsque l’injure est faite au roi des rois. Le crime de lèse-majesté peut alors être considéré comme la version humaine du blasphème qui, lui, est relatif à la divinité, ce qui vient renforcer l’excellence royale.

Si l’on peut supposer qu’une divinité serait capable d’intervenir dans les affaires de notre monde, par contre aucun humain ne peut interférer avec elle. Pour prendre un exemple footballistique, nous dirons que nous ne jouons pas dans la même ligue. Le crime de lèse-majesté punit l’individu qui nie la réalité d’une différence artificielle, celle qui séparerait le roi de ses sujets. Il est donc indispensable que soient châtiés tous ceux qui veulent annihiler cette barrière. À l’inverse, ce que l’on appelle blasphème, c’est le fait qu’un humain tente de léser une divinité et se heurte alors à une impossibilité bien réelle, la divinité étant inaccessible aux habitants de ce monde. Crier au blasphème, c’est admettre implicitement que la divinité, supposée présente dans notre monde, est vulnérable à nos propos ou nos dessins, voire nos coups. Chacun conviendra que ceci est totalement impossible. Paradoxalement, on pourrait même dire que, prétendre à l’existence d’un blasphème, c’est nier l’aspect transcendant de la divinité et donc, pardonnez-moi, blasphémer.


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