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Visa copie Apple… et rate l'essentiel

Publié le 26 mars 2015 par Patriceb @cestpasmonidee
Visa Tout en étant partenaire d'Apple dans la mise en œuvre de sa solution de paiement mobile, Visa n'en cherche pas moins à rester maître du jeu là où il le peut encore, par exemple hors des États-Unis et sur les smartphones Android. Étape importante de cette stratégie, une nouvelle expérimentation est lancée en France, avec 4 grandes banques.
Depuis plus de dix ans, les acteurs historiques du secteur multiplient les tests du genre – notamment à Caen, Strasbourg et Nice – afin de convaincre les consommateurs et les commerçants des avantages du paiement sans contact sur mobile. Jamais ils n'ont réussi. On aurait alors pu imaginer que les résultats prometteurs d'Apple Pay constitueraient une source d'inspiration pour comprendre les raisons de l'échec et aborder la tentative suivante avec un œil neuf. Ce n'est hélas pas vraiment le cas…
En effet, le nouvel essai (mais combien en faudra-t-il, à la fin ?), auquel participent BNP Paribas, BPCE, La Banque Postale et Société Générale, ressemble tant aux précédents qu'on peut se demander à quoi pensent ses concepteurs. Il est vrai que celui-ci introduit deux nouvelles technologies : la « tokénisation » des données de paiement, qui renforce la sécurité des transactions, et l'architecture HCE (« Host Card Emulation »), qui virtualise les cartes dans le « cloud » et a pour but principal d'écarter les opérateurs de télécommunication de l'écosystème.
Fort bien, mais il est connu et reconnu, depuis très longtemps, que le problème de fond du paiement par mobile est lié à son expérience client, souffrant de la comparaison avec l'utilisation d'une carte, qui est, de plus, profondément ancrée dans les habitudes des consommateurs. Que font les nouveautés introduites pour améliorer cet aspect essentiel et corriger les erreurs passées ? Presque rien, au-delà d'une possible simplification du processus d'activation, qui s'affranchit désormais de la SIM. Encore faudra-t-il que les banques ne rendent pas cette étape plus compliquée que nécessaire.
La démonstration magistrale d'Apple, dont la solution permet de payer d'un seul geste de manière 100% sécurisée, reste donc vaine. Ici, entre les achats de moins de 20 euros réglés sans aucune sécurité et ceux supérieurs à ce montant, qui demandent une saisie de code secret (à 5 chiffres !) et 2 « tapes » sur le terminal, l'utilisateur a le loisir d'ajouter d'autres mécanismes de protection qui rendront la transaction toujours plus longue et plus complexe à finaliser. Aucun progrès n'a donc été fait depuis 10 ans !
Paiement mobile Apetiz
Même en dehors de ce sujet crucial de l'expérience client (qui, certes, exige une bonne dose de créativité), il y aurait matière à apporter un service à valeur ajoutée aux adeptes du paiement mobile. Par exemple, Visa indique qu'il est possible de lier plusieurs cartes à l'application : plutôt que de demander d'en choisir une au moment d'effectuer une opération (ce qui nuit une fois de plus à la fluidité d'usage), il faudrait imaginer d'autres manières de faire : sélection a posteriori (à tête reposée) ou options de personnalisation des types de dépenses à affecter à telle ou telle carte.
L'idée vient naturellement à la découverte de l'implémentation proposée par le groupe BPCE, qui intègre ses titres restaurant dématérialisés Apetiz à son porte-monnaie mobile. Là, on se prend même à rêver d'un moyen d'acquitter le prix de son repas d'un seul geste, en optimisant plus ou moins automatiquement la répartition du montant entre la carte bancaire et le solde du compte Apetiz, en respectant les règles en la matière (plafond de 19 euros par jour, interdiction d'utilisation le dimanche et les jours fériés…).
Autre idée qui pourrait (devrait) être développée : profiter de l'utilisation du téléphone comme instrument de paiement pour introduire une gestion des finances personnelles en temps réel, au sein des applications bancaires. Chaque transaction pourrait ainsi être exploitée immédiatement afin d'offrir un suivi rapproché de l'état des comptes, des alertes à l'approche d'un seuil pré-déterminé ou d'un risque de découvert… Et la voie serait alors ouverte aux services prescriptifs tant attendus.
Bien sûr, j'entends d'ici les voix qui s'élèvent pour expliquer que tout cela est impossible. Et si on y réfléchissait un peu, sérieusement, calmement ?

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