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Un détail

Publié le 05 avril 2015 par Malesherbes

Jeudi 2 avril, sur RMC et BFM TV, Jean-Marie Le Pen déclare : « Tout ça est horrible. La guerre est horrible vous savez ». On croirait entendre un occupant allemand avide de sympathie : « Ach Krieg ! Groß malheur ! » M. Le Pen éprouve alors le besoin de justifier son propos : « Un éclat d'obus qui vous éclate le ventre, une bombe qui vous décapite, une chambre qui vous asphyxie, c'est assez ignoble oui, c'est vrai.... ». À supposer qu’il ne s’agisse que d’une erreur, il  s’égare. Une guerre est un conflit entre des nations. Le génocide des Juifs perpétré par les Nazis n’est pas une guerre. Il relève de l’Histoire, pas de l’histoire d’une guerre. Un éclat d’obus tue des combattants sur le champ de bataille, une bombe frappe des civils dans leurs habitations mais jamais une guerre n’a produit « une chambre qui vous asphyxie ».

L’histoire mondiale a déjà dans le passé connu  des génocides. Après l’hitlérien, la folie des hommes en a engendré d’autres, tel celui des Tutsis au Ruanda. Mais la spécificité de celui commis par les Nazis est qu’il a vu le passage de l’ère artisanale au mode industriel, supporté par une organisation impeccable : recenser les victimes, consigner leurs noms, les entasser dans des ghettos exigus, les capturer, les transporter par voie ferré vers des camps de la mort dans lequel on les assassine ou on les affame. Il a fallu aussi s’attaquer au problème inouï posé par l’élimination de millions de personnes : comment tuer des milliers d’individus en une seule fournée, mot favori de ce cher Jean-Marie, plus efficacement que par la fusillade dans des fosses ou par l’émission de gaz d’échappement dans des camions hermétiquement clos ? Des ingénieurs allemands se mirent alors au travail : on testa l’effet du pesticide Zyklon B sur des humains, on conçut des chambres à gaz puis les construisit, on développa des procédures pour réceptionner rapidement les victimes, séparer ceux promis à une mort rapide des valides utilisables pour le travail forcé, récupérer bagages, vêtements, cheveux, dents en or. On se heurta vite à une nouvelle difficulté. Comment se débarrasser de monceaux de cadavres qui empuantissaient l’atmosphère et pouvaient être repérés ? Mais l’ingéniosité humaine est sans limite ! D’autres ingénieurs, ou peut-être les mêmes, imaginèrent des fours crématoires prestement réalisés : un détail de plus, sans doute !    

« Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde ». Il y a déjà quelque temps, je voyais à la télévision une émule du co-fondateur du Front national suggérer d’envoyer par le fond les bateaux chargés de malheureux immigrants fuyant la misère ou la persécution. Pourquoi rester sans réagir aux paroles des semeurs de haine ?


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