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Lettres africaines(8): Des statues d’or le long des rues…

Publié le 30 mai 2008 par Chantalserriere

Elles ne sont pas en or, ces sculptures étincelantes, chauffées à blanc par le soleil implacable du mois de mai. Elles sont en bronze. Polies jusqu’à paraître d’or pur. Un savoir-faire du fond des âges dont les anciens empires mossis, mandingue ou ghanéen étaient détenteurs. Visite des ateliers de Ouagadougou.

“…des ateliers noirs de suie. Il y règne une chaleur entre 30 et 35°, parfois plus. Les artisans façonnent dans la cire meuble toute sorte d’objets, depuis le cheval de Ouedraogo , le héros légendaire, pièce de plus d’un mètre de haut, jusqu’à cette minuscule gazelle aux cornes filiformes, pas plus grande que la phalange d’un doigt.

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IL faut imaginer ces sculptures de cire , si éphémères dans la fournaise ambiante ! On les enrobe d’un manteau de terre informe qu’on laisse sécher. Puis on fait chauffer ces masses laides et boursouflées. Par une petite ouverture, la cire liquéfiée s’écoule laissant en creux, dans la terre qui a recouvert la forme primitive, le moule de l’objet à venir. L’artisan remplit ce moule vide de métal fondu qu’il laisse durcir. Et puis il casse l’enveloppe de terre. Le cheval de Ouedraogo, apparaît, cabré, sous le harnais précieux qui le pare, ou le porteur d’eau sous son chapeau peul dont on perçoit jusqu’à la finesse du tressage ou encore la gazelle endormie qui sera poncée jusqu’à briller comme de l’or. Les figures de métal issues de la précision du façonnage en cire sont époustouflantes de méticulosité.

Irène adorait ces ateliers. L’austérité du lieu. La chaleur intense. L’absence d’outils spécifiques. Le travail exécuté à même le sol de terre battue ou dans les arrières cours de sable gris. La magie des gestes. L’intelligence des mains actives. Elle a passé des heures à contempler la patience infinie de ces bronziers le plus souvent inconnus, quoique certains aient fini par gagner une notoriété et signent désormais leurs réalisations. Elle s’absorbait dans la contemplation des métamorphoses, la création de l’empreinte en creux, le passage du rien à la matière, la transformation de la cire molle en cire liquide, la transmutation du métal coulant en bronze dur et rutilant, le bris de la terre informe qui a détenu en elle la forme secrète générant l’objet définitif…”

Extrait : ” Le Boulanger français de Chengdu”, Editions Aréopage.

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