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Comment peut-on justifier le refus du travail dominical ?

Publié le 01 juin 2008 par Roman Bernard
Enieme avertissement aux Criticusien(ne)s de passage : tapant sur le clavier sino-anglais d'un ordinateur chinois, je ne peux, helas, typographier les accents.
C'est aujourd'hui dimanche, et si je n'achete pas des roses blanches, je peux faire mes courses a ma guise. Je n'ai pas eu, cette semaine, a me soucier de les programmer a des heures et des jours particuliers. En Chine, les magasins sont comme en Amerique du Nord ouverts l'essentiel de la journee, sept jours sur sept. Apres plus de trois semaines passees ici, j'en oublierais presque qu'en France, il faut faire ses courses - et ses demarches de tout ordre - en semaine, aux horaires de bureau. Soit pile quand la grande majorite de la population travaille.
Sous pretexte de ne pas exploiter les salaries du public et du prive minoritaires dont la tache consiste a servir les autres durant leur temps libre, on en revient a obliger cette majorite a devoir s'organiser pour faire ses demarches. Un comble, d'autant que l'argument de l'exploitation ne tient pas : avec une duree legale de travail de 35 heures seulement, des salaries qui seraient contraints par leur entreprise a travailler le soir et le dimanche pourraient largement recuperer au cours de la semaine.
Les 35 heures, ou la raison de ma honte lorsque des Chinois me demandent combien de temps les Francais travaillent par semaine, et que je suis oblige de leur avouer qu'apres cinq jours de sept heures, qui commencent a neuf heures et se terminent a dix-sept avec la sacro-sainte pause-dejeuner, la semaine du salarie francais moyen est deja terminee.
Illustration de la langueur qui frappe la societe francaise, une etrange alliance du syndicat et du goupillon a ete nouee pour contrer les velleites du gouvernement de legaliser, par etapes, le travail dominical. Pour la premiere fois depuis longtemps, la CGT marche aux cotes de l'episcopat francais, et inversement. Dans la blogosphere, cela donne une improbable collusion de blogueurs qui, sur tout le reste, ne peuvent s'entendre. Les anti-liberaux s'opposent au travail dominical au nom de la resistance au capital, et certains catholiques, sans l'assumer clairement, refusent que ceux qui ne partagent pas leur foi puissent avoir le droit de travailler - et de faire leurs corvees et demarches - le jour du Seigneur.
Le plus piquant, c'est que ces blogueurs, comme Le Chafouin dont je partage par ailleurs la plupart des opinions, pretendent faire le bien des Francais en leur interdisant de gerer leur vie comme ils l'entendent. Il faut, nous dit-on, preserver les citoyens des ravages du consumerisme, en les empechant de faire les achats de premiere necessite le dimanche.
Je ne sache pas que vouloir faire ses courses ou ses demarches administratives quand on le veut fasse de celui qui aurait cette audace un etre aliene par la surconsommation. Peut-etre attache-t-il, tout simplement, si peu d'importance aux details materiels et pratiques qu'il refuse que ceux-ci lui demandent un effort d'organisation et d'adaptation, forcement pris sur son precieux temps libre qui meriterait d'etre consacre a autre chose qu'aux corvees.
J'ignore si c'est une tare strictement franco-francaise, mais il existe dans notre cher Hexagone une etonnante confusion entre la chose, souvent bonne en soi, et l'usage, parfois mauvais, qui peut en etre fait. Sous pretexte que le principal souci de bien de nos concitoyens est, helas, le pouvoir d'achat, alors que la societe francaise continue de s'enrichir annee apres annee - certes moins vite que ses voisines -, il faudrait leur interdire l'acces aux magasins pour qu'ils decouvrent les charmes d'une journee sans travail, sans achats, une fois par semaine.
Non seulement, alors que le commcerce sur Internet fonctionne 24 heures sur 24, sept jours sur sept, cette conception est totalement inoperante, mais on peut egalement objecter que l'ouverture des magasins le dimanche permettrait de les desengorger de la foule des vendredis soirs et des samedis, qui, pour le coup, donne vraiment l'image d'une societe ultra-consumeriste, obsedee par la possession et le confort materiels.
Il y a dans le refus du travail dominical une volonte de faire - en vain - le bien de l'homme malgre lui, que les liberaux dits "libertariens" qualifient a raison de "collectivisme". Une derive qu'illustre la reflexion actuelle du meme gouvernement, qualifie d'"ultraliberal" par certains, sur l'interdiction des happy hours et des open bars. Cette perspective me rappelle assez la tres puritaine Prohibition des annees 1920 aux Etats-Unis, qui, voulant lutter contre le fleau de l'alcoolisme, l'a renforce, tout en consolidant les interets des reseaux mafieux.
Roman Bernard
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