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La peur au ventre

Publié le 19 avril 2015 par Malesherbes

Une loi de 1975 obligeait toute entreprise envisageant un licenciement économique à demander à l’Inspection du travail une autorisation administrative de licenciement. Les patrons clamaient alors que c’était cette loi qui empêchait la réduction du chômage, les entreprises hésitant à embaucher de peur de ne pouvoir ensuite licencier en cas de besoin. Une loi de 1987 a aboli cette autorisation administrative. Mais on n’a pas vu les embauches progresser en conséquence.

Trente ans plus tard, le patronat n’hésite pas à répéter comme une évidence cette formule paradoxale : il faut pouvoir licencier pour embaucher ! On ne peut faire vivre une entreprise en considérant que ses salariés sont semblables à des boîtes de petits pois, comme le disait à propos des juges, certain président de la République, célèbre pour avoir sous son mandat laissé progresser, et le chômage, et la dette du pays. Un salarié est productif parce qu’il détient un savoir-faire, une expérience et un esprit maison. On ne peut sans dommage pour l’entreprise le congédier en cas d’une baisse d’activité.

Je voyais l’autre jour à la télévision un patron de PME montrer un poste de travail équipé d’une machine coûteuse, privée de l'opérateur qu’il se refusait à embaucher de peur d’avoir des difficultés pour le licencier en cas de baisse d’activité. Cette machine, peut-être achetée pour faire face à une augmentation du portefeuille de commandes, avait sans doute lourdement pesé sur les résultats précédents. Son inutilité réelle et patente, faute d’un opérateur, laissait ce patron indifférent. Mais il avait la « peur au ventre » à l’idée d’embaucher un humain qui pourrait immédiatement contribuer à rentabiliser une machine coûteuse. Et les entrepreneurs se disent prêts à prendre des risques !  

Le rêve de tous ces philanthropes est de retourner aux pratiques anciennes des donneurs d’ouvrage qui, chaque matin, se rendaient place de Grève pour recruter les ouvriers sans travail, ajustant ainsi très exactement la taille de leur main d’œuvre à leurs besoins du jour. Ce terme de donneur d’ouvrage est en fait une perversion du langage. En dépit de toute son inventivité et de son énergie, celui qui n’est pas un auto-entrepreneur doit pour réaliser son projet faire appel à des travailleurs. Contrairement à ses dires, il ne leur donne pas du travail, il le leur achète. Mais, pour ce commerce, à l’inverse de la pratique générale, il faut remarquer qu’en l’occurrence, c’est l’acheteur et non pas le vendeur qui fixe le prix de la transaction. Un confort scandaleux !

Quant aux difficultés des licenciements, elles sont visiblement aisément surmontées puisque le chômage ne cesse de s'étendre.


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