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Macron, ou la passion capitaliste

Publié le 26 avril 2015 par Jean-Emmanuel Ducoin
Ce n’est plus la simple conversion couchée sur papier d’un ministre dit «de gauche», c’est un plaidoyer enflammé à la gloire du capitalisme tout court!
Macron, ou la passion capitaliste«Nous avons les moyens de façonner un capitalisme à l’image de nos ambitions.» Vous ne rêvez pas, ainsi débute une tribune écrite par Emmanuel Macron intitulée «Retrouver l’esprit industriel du capitalisme» et publiée dans les colonnes du Monde ce week-end. Eu égard aux paroles et aux actes du ministre de l’Économie depuis des mois, nous pourrions considérer qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil crépusculaire du gouvernement, surtout quand c’est l’ancien banquier d’affaires de chez Rothschild en personne qui donne des leçons de libéralisme appliqué. Sauf que la lecture attentive de ce texte vaut désormais définition. Pour M. Macron, sachons-le une bonne fois pour toutes, le temps de ce qu’il appelle le «capitalisme d’État» de «la tradition colbertiste» est révolu. Sous sa plume, vous ne lirez pourtant pas les mots «régulation» ou «rupture», ni pour un futur proche, ni jamais. Juste le discours d’adaptation au capitalisme. Rien de plus, rien de moins. Emmanuel Macron, c’est Édouard Balladur, Alain Madelin et Jacques Delors dans le même cerveau. Et si vous en doutez, sachez que pour lui la France a besoin «d’un capitalisme de long terme, qui accompagne nos entreprises dans leurs investissements», et encore et toujours de la «création de valeur actionnariale» pour «faire émerger de nouveaux champions du CAC 40». Emmanuel Macron pense d’ailleurs aller «plus loin pour rendre la fiscalité des actionnaires plus encourageante», car l’actionnariat salarié, à l’image de ce qui se fait chez «Google ou Facebook» (sic!), serait l’alpha et l’oméga de l’avenir de nos entreprises… Vous l’avez compris, à aucun moment M. Macron écrit ou laisse suggérer qu’un chemin autre que le capitalisme puisse être souhaitable ou envisageable. Ce n’est plus la simple conversion couchée sur papier d’un ministre dit «de gauche», c’est un plaidoyer enflammé à la gloire du capitalisme tout court! Pour preuve, cherchez dans ce texte les références au «socialisme» ou aux «socialistes» et vous aurez compris l’essentiel. Elles n’existent pas, rayées de la carte. Avec Macron, le libéral reste capitaliste. Et plus du tout socialiste.
 [EDITORIAL publié dans l’Humanité du 27 avril 2015.]

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