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Antiseptiques

Publié le 02 mai 2015 par Anne-Sophie Delepoulle @sosphamanet

pansement-simpleOn a tous un ou des antiseptiques dans son armoire à pharmacie, mais voilà, on se pose toujours un tas de questions avant de les utiliser:

Est-ce que mon produit est encore bon, peux-t-on l’utiliser sur tous type de plaies, est-ce que je peux l’associer avec un autre antiseptique pour plus d’efficacité, est-ce que je peux l’appliquer sur mon bébé?

Alors voici un petit rappel des conditions à respecter pour bien utiliser un antiseptique

Qu'est-ce qu'un antiseptique? SelectAfficher

Un antiseptique est un médicament d’usage externe, répondant à un double critère d’efficacité et d’innocuité (articles L.511-1 et L.511-2 du Code de la santé publique). « Produit ou procédé utilisé pour l’antisepsie dans des conditions définies. Si le produit ou le procédé est sélectif, ceci doit être précisé. Ainsi un antiseptique ayant une action limitée aux champignons est désignée par : antiseptique à action fongicide » (AFNOR Mars 1981 NF T 72-101).

Le mot Antiseptique (du grec « anti » : contre et « septikos » dérivé de « sepein » : corrompre) a été utilisé pour la première fois par PRINGLE en 1750 pour qualifier une substance capable de prévenir la détérioration de la matière organique. Au milieu du XIXè siècle, il s’applique à des produits capables de détruire les microbes pathogènes.

L’objectif d’un antiseptique est de prévenir les infections en réduisant le nombre de micro-organismes et à éviter la surinfection des plaies par divers germes présents naturellement à la surface de notre peau (flore cutanée transitoire). Il faut avoir à l’esprit que cette flore cutanée se reconstitue très rapidement en 5 à 6 heures.

Différence entre antiseptique et désinfectant

  • Un antiseptique est un produit pouvant être utilisé sur une peau lésée
  • Un désinfectant s’applique sur des surfaces inertes (sols, plans de travail, dispositifs médicaux), ainsi que sur la peau saine. Dans ce dernier cas, on l’appelle aussi solution biocide

On parle d’antisepsie d’une plaie et de désinfection des mains ou de la peau saine avant une intervention

Comment fonctionne un antiseptique? SelectAfficher

Les antiseptiques et désinfectants sont capables :

  • d’inhiber la croissance des micro-organismes (bactériostase, fongistase, virustase),

  • ou d’avoir une action létale (bactéricidie, fongicidie, virucidie, sporicidie).

Certains antiseptiques et désinfectants présentent ces deux modes d’action en fonction des doses. D’autres ont toujours une action létale ou toujours une action bactériostatique ou fongistatique quelle que soit la concentration utilisée.

La rémanence désigne l’effet anti-microbien de l’antiseptique persistant sur la peau (ou du désinfectant persistant sur une surface).

Le mécanisme d’action des produits varie d’une famille d’antiseptiques à l’autre : coagulation des organites intracellulaires, altération de la membrane,… Selon leur nature et leur concentration, les antiseptiques et désinfectants ont une ou plusieurs cibles à l’intérieur de la cellule. Ils doivent donc traverser la paroi cellulaire pour exercer leur action.

Comment bien utiliser un antiseptique? SelectAfficher

Laver la plaie avant d’appliquer un antiseptique

Un antiseptique s’applique toujours sur une peau propre, lavée, bien rincée et séchée (pour éviter tout phénomène de dilution) car l’activité des antiseptiques est diminuée en présence de sang, de pus, d’exsudats.

Il s’applique toujours de l’intérieur de la plaie vers l’extérieur afin d’éviter de souiller la plaie par des germes avoisinants.

Temps de contact minimal

Respecter le temps de contact (de 1 minute à 10 minutes pour certaines indications). Chaque antiseptique a un temps de contact minimal à respecter afin d’être efficace.

Ne pas rincer

Un antiseptique ne se rince pas, excepté chez les nourrissons, pour l’irrigation des cavités et pour les formes « scrub ». Laisser sécher l’antiseptique à l’air libre afin de favoriser la rémanence du produit.

Renouveler son application

Renouveler leur application selon les indications données par votre médecin

Ne pas mélanger les antiseptiques

Pas de mélange d’antiseptiques: risque d’inactivation et/ou de toxicité.

Utiliser les mêmes familles d’antiseptiques si plusieurs étapes d’antisepsie sont nécessaires: ex Lavage à la Bétadine® scrub, rinçage, séchage, puis Bétadine® dermique.

Attention
L’association d’iode avec les dérivés mercuriels est interdite en raison du risque de formation d’un composé dermocaustique!

Attention au risque de contamination des antiseptiques

  • Vérifier la date de péremption avant d’utiliser un antiseptique
  • Noter la date d’ouverture sur le flacon. En général, une solution alcoolique se conserve 1 mois, 8 à 15 jours pour les autres antiseptiques si le flacon a été bien refermé!
  • Ne pas manipuler l’ouverture du flacon avec les doigts ou objets souillés (un nettoyage des mains rigoureux est nécessaire). Fermer le flacon après chaque utilisation.
  • Ne pas reconditionner. Préférer les uni doses ou les conditionnements en petits flacons (une fois ouverts, les antiseptiques peuvent être contaminés par des germes).
  • Les conserver à l’abri de la lumière et de la chaleur.
  • Ne pas conserver un antiseptique au delà de la durée du traitement

Utilisation des antiseptiques chez l'enfant SelectAfficher

  • hand-baby
    Le rapport surface corporelle/poids est  multiplié par 7 (par rapport à l’adulte) chez le prématuré et par 3 à 5 chez le nouveau-né. Ceci explique que l’absorption percutanée est beaucoup plus importante et conditionne la survenue d’effets secondaires toxiques plus importants chez le nouveau-né que chez l’adulte.
  • Cette toxicité est majorée par l’immaturité du système de détoxification du nouveau-né.

En conséquence, il faut diminuer la posologie des antiseptiques pour les nouveau-nés et les nourrissons en cas d’application sur une surface corporelle importante, et encore plus en cas de lésions

La chlorhexidine est actuellement l’antiseptique de choix, utilisé en pédiatrie

Résistances aux antiseptiques SelectAfficher

bacteries

Les micro-organismes ont un pouvoir d’adaptation considérable, leur permettant de résister aux agents anti-infectieux (antiseptiques, antibiotiques, désinfectants)

Mécanismes de résistance

Pour qu’un antiseptique puisse exercer son action, il doit traverser la paroi des micro-organismes. Si les mécanismes de passage sont altérés, il y a résistance.

  • C’est ainsi que les mycobactéries qui possèdent une couche de cire sont plus résistantes que les bactéries Gram -, elles-mêmes plus résistantes que les bactéries Gram + qui ne possèdent pas d’enveloppe externe.
  • Paradoxalement les virus enveloppés sont plus sensibles aux antiseptiques que les virus nus, en raison de la grande proportion de lipides qui compose l’enveloppe externe, alors plus facilement désorganisée par les antiseptiques.
  • Certaines bactéries ont la faculté de dégrader les antiseptiques

La fréquence des résistances acquises aux antiseptiques et désinfectants est nettement inférieure à la fréquence des résistances acquises aux antibiotiques.

Deux sortes de résistance

La résistance acquise ou extrinsèque résulte d’une modification génétique brutale chez une souche de l’espèce bactérienne

La résistance naturelle ou intrinsèque est une caractéristique d’une espèce microbienne. Elle détermine le spectre d’activité des antiseptiques et des désinfectants.

Résistance acquise

bacterie
La résistance acquise chromosomique correspond à l’émergence de bactéries devenues résistantes par mutation de leur ADN. Elle peut être obtenue expérimentalement en faisant cultiver certaines espèces bactériennes (bacilles à Gram négatif) en présence de concentrations sublétales (proche de la concentration minimale efficace) de certains antiseptiques (chlorhexidine, ammoniums quaternaires, peroxyde d’hydrogène, formol, polyvinylpyrrolidone iodée ou PVPI).

La résistance acquise extra-chromosomique: Le caractère de résistance à un ou plusieurs antibactériens est porté par un plasmide, petit fragment d’ADN indépendant du chromosome, transmissible d’une bactérie à l’autre et héréditaire. Quelques gènes de résistance aux antiseptiques sont connus :

  • gène qac (quaternary ammonium compound) code pour la résistance aux ammoniums quaternaires. Cette résistance peut être associée à une résistance à la chlorhexidine.

  • gène mer, code pour la résistance aux dérivés mercuriels. Il s’agit d’une résistance très fréquente

Il est donc essentiel de respecter scrupuleusement les conditions d’utilisation des produits (concentrations et mode d’emploi) afin d’éviter l’émergence de souches résistantes

Les différents types d’antiseptiques et leurs indications

Stratégie thérapeutique SelectAfficher

A chaque plaie son antiseptique et son temps de contact!

Certains antiseptiques sont plus efficaces que d’autres en fonction de la localisation de la plaie, du type de lésion et de l’aspect de la plaie. Pire certains antiseptiques peuvent être dangereux s’ils sont mal utilisés. La chlorhexidine peut entraîner une surdité si elle est appliquée dans l’oreille par exemple…

Alors respectez impérativement la prescription de votre médecin.

Antiseptiques majeurs SelectAfficher

Un antiseptique est dit bactériostatique lorsque son action se limite à inhiber la multiplication des bactéries, il est dit bactéricide s’il détruit (et/ou tue et/ou élimine) les bactéries.

Biguanides = Chlorhexidine

Les biguanides sont utilisés pour l’antisepsie des plaies propres. Ils sont bactéricides sauf bactéries sporulées, virucides mais n’ont pas ou peu d’action sur les champignons.

Les minéraux, l’eau dure, les savons et un pH>8 provoquent une précipitation de la chlorhexidine.

Attention
Ne pas utiliser sur les muqueuses (irritants), dans les conduits auditifs et les yeux, ni sur une surface étendue. Risque d’allergie (choc anaphylactique, eczéma de contact)

Effet amoindri en présence de matières organiques.

Chlorhexidine (Aseptapaisyl®, Hibiscrub®, Plurexid®, Septivon®, Biorgasept®, Baseal®, Biseptine®, Biseptinecompress®, Biseptinespraid®, Chlorhexidine Gilbert, Cyteal®, Mercryl®…)

Halogénés

Les dérivés halogénés sont des antiseptiques majeurs actifs sur: Gram+, gram-, virus, champignons. Ils sont utilisés pour l’antisepsie des plaies et des muqueuses.

Si la plaie est souillée, on procède à une détersion avec savon ou « scrub » (Bétadine® scrub). Rincer à l’eau; sécher par tamponnement avec une compresse (pour ne pas diluer l’antiseptique qui suivra)

Dérivés iodés:

Les dérivés iodés sont bactéricide après une minute de contact.

Les dérivés iodés sont contre indiqués en cas d’intolérance à l’iode. Leur utilisation prolongée est déconseillée chez la femme enceinte au 2 ème trimestre, pendant l’allaitement et le nourrisson de moins de 1 mois, en raison du risque d’hypothyroïdie et de goitre néonatal. La povidone doit être rincée chez l’enfant de 1 à 30 mois.

Ils sont instables en milieu alcalin, inactivés par le thiosulfate de sodium (antidote possible), par les matières organiques, les spermicides (solution vaginale). Ne pas associer aux dérivés mercuriels (formation de dérivés dermocaustiques)

Povidone iodée: Bétadine® 

Dérivés  chlorés:

Les dérivés chlorés sont actifs en 3 minutes pour une plaie ou une mycose, 5 minutes pour un furoncle, 10 minutes 3/jour pour un panaris

Très bonne tolérance, rares irritations.

L’hypochlorite de sodium a une durée de conservation plus courte que les autres antiseptiques. Il est inactivé par le thiosulfate de sodium, le bicarbonate de sodium (antidote en cas d’ingestion). Son effet est amoindri en présence de matières organiques

Hypochlorite (Amukine®, Dakin®)

Antiseptiques mineurs SelectAfficher

Ammonium quaternaires

Les ammonium quaternaires sont bactéricides sauf bactéries sporulées, virucides mais n’ont pas ou peu d’action sur les champignons

Ne pas utiliser avant une injection et sur les muqueuses. Délai d’action important.

Incompatibilité physico-chimique avec les surfactants anioniques ou non ioniques, avec des savons, l’eau dure et en milieu alcalin. Ces antiseptiques sont inactivés en présence de fibres ou de cellulose et de coton. Ils sont inactivés par la fluoresceïne, le nitrate de pilocarpine, les sels d’argent, l’acide borique, les salicylates

Contre-indiqués dans le conduit auditif, l’œil et sur de grandes surfaces.

Cétrimide (Cetavlon®, Stérilène®), Dodéclonium bromure (Sédaplaie®), Chlorure de miristalkonium  (Sterlane®)

Autres antiseptiques mineurs

  • Carbanilide : Triclocarban (Solubacter®, Septivon®)
  • Diamidines : Hexamidine (Hexomédine®)
  • Acides : acide borique (eau boriquée) acide salicylique (dermacide®)
  • Dérivés métalliques : nitrate d’argent, sulfates de Cu et de Zn (eau de Dalibour®)

Substances apparentées aux antiseptiques SelectAfficher

  • L’éthanol 70°= Alcool à 70° n’est pas un antiseptique. Il est utilisé pour la désinfection du thermomètre et l’antisepsie de la peau saine avant une injection ou une prise de sang. L’alcool à 70°C est actif après 2 minutes de contact à condition que la peau soit maintenue humide. Contre indiqué chez l’enfant de moins de 30 mois et sur les plaies et muqueuses  (ni en pansement occlusif) car irritant. Ne pas utiliser pour les tests auto glycémiques car risque de fausser les résultats de la glycémie.
  • Les colorants (éosine, soluté de Milian) ne sont pas des antiseptiques! Ils ont surtout un pouvoir asséchant. Attention avec l’éosine il y a un risque de photosensibilisation et de contamination (un flacon ouvert doit être utilisé dans les 24 heures)
  • L’eau oxygénée peut servir à nettoyer une plaie et est utile aussi pour son pouvoir hémostatique, mais faire suivre d’un antiseptique. Attention ne pas appliquer dans l’œil (irritation oculaire). Inactivée en milieu alcalin, en présence de dérivés métalliques, de composés réducteurs, de certains oxydants, de la lumière et de la chaleur.
  • Les dérivés mercuriels sont à éviter car ils sont très toxiques: Mercurescéine®, Dermachrome®, Pharmadose®,  Soluchrome®… Il peuvent provoquer néphrotoxicité, hypertension artérielle, accidents neurologiques ou syndrome acrodynique. Seul le thiomersal est encore utilisé aujourd’hui à des doses infimes comme conservateur de certains vaccins ou préparations injectables. Incompatibilité avec les dérivés iodés en raison de la formation d’iodure de mercure irritant.

Liens utiles SelectAfficher

  • Ordinateur
    Le bon usage des antiseptiques. Groupe de travail du CCLIN Sud Ouest 200/2001. Nosobase. http://nosobase.chu-lyon.fr
  • Société Française d’hygiène hospitalière: http://sf2h.net
  • Antiseptiques et Désinfectants Mai 2000 http://www.cclinparisnord.org/Guides/guide_desinfectant.pdf

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Anne-Sophie DELEPOULLE (Dr en Pharmacie), www.sospharma.net, ma pharmacie en ligne

Dernière modification le: mai 2, 2015 @ 10 h 05 min


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