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Invasion Los Angeles (Ils vivent pendant que nous dormons)

Publié le 05 mai 2015 par Olivier Walmacq

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genre: science-fiction
année: 1988
durée: 1h34

l'histoire : Errant dans Los Angeles à la recherche d'un travail, John Nada, ouvrier au chômage, découvre un étonnant trafic de lunettes. Une fois posées sur le nez, elles permettent de détecter d'épouvantables extraterrestres décidés à prendre le contrôle de la planète. 

La critique :

Après l'échec commercial de The Thing en 1982, John Carpenter renoue rapidement avec le succès, dès l'année d'après, avec Christine, une adaptation d'un roman de Stephen King. Il confirme ce regain de forme l'année suivante, avec Starman. Deux ans plus tard, en 1986, John Carpenter souhaite changer de style et varier son répertoire. En effet, jusque-là, le réalisateur et scénariste a essentiellement versé dans le fantastique et l'horreur.
Avec Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, il souhaite rendre hommage au cinéma asiatique, et plus précisément au cinéma d'arts martiaux, en mélangeant aventure, magie noire, humour et fantastique. John Carpenter s'investit totalement dans le film. Hélas, Big Trouble In Little China (c'est le titre original) se plante au box office.

Pour John Carpenter, c'est une cruelle déception. A la fois écoeuré et en marge du système hollywoodien, le cinéaste se tourne alors vers le cinéma indépendant, avec des productions plus confidentielles. C'est par exemple le cas de l'excellent Prince des Ténèbres (1987), injustement méconnu. Puis, en 1988, c'est au tour d'Invasion Los Angeles, qui bénéficie lui aussi d'un budget modeste.
A l'origine, cette série B de science-fiction est l'adaptation d'une nouvelle de Ray Faraday Nelson, Les Fascinateurs, de son titre original, Eight O'Clock In The Morning. A l'époque, Invasion Los Angeles remportera un succès modeste. Néanmoins, le long-métrage va se tailler une réputation au fil des années, jusqu'à devenir une référence, voire même un film culte.

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Pour la petite anecdote, c'est John Carpenter lui-même qui écrit le scénario du film, mais sous le pseudonyme de Frank Armitage, une référence ou plutôt un clin d'oeil au héros du romancier H.P. Lovecraft. Au niveau de la distribution, Invasion Los Angeles réunit Roddy Piper, Keith David, Meg Foster, Georges Buck Flower et Raymond St Jacques.
Petit budget oblige, on ne retrouve pas de grandes stars ou de noms très connus dans ce film. Néanmoins, John Carpenter et Keith David ont déjà collaboré ensemble par le passé dans The Thing. Quant à Roddy Piper, il s'agit d'un ancien lutteur qui va apporter son expérience dans les séquences de bastons.

Avec Invasion Los Angeles, John Carpenter réalise son film le plus engagé politiquement. Attention, SPOILERS ! John Nada parcourt les routes à la recherche de travail comme ouvrier sur les chantiers. Embauché à Los Angeles, il fait la connaissance de Frank Armitage qui lui propose de venir loger dans son bidonville. John va y découvrir une paire de lunettes de soleil hors du commun.
Elles permettent de voir le monde tel qu'il est réellement, à savoir gouverné par des extraterrestres
 ayant l'apparence d'humains et maintenant ces derniers dans un état apathique au moyen d'une propagande subliminale omniprésente

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Après avoir tué à l'arme à feu quelques extra-terrestres, il s'efforce de convaincre Frank de la réalité de cette invasion. Tous deux entrent ensuite en contact avec un groupe de rebelles organisés décidés à éradiquer les envahisseurs. "Ils vivent pendant que nous dormons". "Obéis". "Ne conteste pas les ordres". Visiblement, John Carpenter est en colère et nous livre une critique acerbe et même une diatribe sur notre société capitaliste et élitiste. Encore une fois, Invasion Los Angeles est un film engagé politiquement.
Au moment de sa sortie, certaines critiques y voient même une oeuvre communiste qui prône la révolution contre le système en place. Nous sommes à la fin des années 1980.

Les Etats-Unis ont subi les années Reagan. John Carpenter nous présente une Amérique divisée en deux mondes bien distincts. D'un côté, les pauvres sont parqués et rejetés dans les bidonvilles où règnent la famine, le chômage et la misère. Tous ces pauvres gens sont des anonymes, à l'image du héros du film. Comme un symbole, ce dernier se nomme John Nada, littéralement John "Rien".
En résumé, John Nada fait partie des nombreux exclus et marginaux de notre société. Il cherche juste un petit boulot pour s'en sortir. Mais la situation est devenue difficile. Les usines ferment alors que les patrons s'enrichissent. Plus qu'un paradoxe, une oxymore. De l'autre côté, les riches vivent dans un monde régi par des extraterrestres qui ont pris forme humaine.

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Visiblement, ces derniers contrôlent les élites, l'univers bureaucratique, les médias mais aussi la police. Finalement, notre planète n'est plus qu'une industrie supplémentaire qu'il faut exploiter, réduisant les plus faibles, tout du moins, ceux qui sont encore humains, à l'état d'esclavage. Pour y parvenir, cette élite "alien" a mis en place une propagande subliminale (Je renvoie au synopsis).
Belle métaphore sur notre société moderne et consumériste. Pour John Carpenter, nous n'avons pas été seulement hypnotisés. Nous sommes aveugles. Pire encore, nous préférons rester dans l'ombre. Ce n'est pas un hasard si les rebelles humains doivent porter des lunettes pour voir la réalité de ce nouvel Etat totalitaire.

Un seul protagoniste fait figure d'exception, il s'agit d'un prédicateur aveugle. Vous l'avez donc compris. Tous ces détails ont leur importance. John Carpenter opacifie son propos en opposant deux castes sociales, encore une fois les élites qui détiennent le pouvoir et le capital ; et les pauvres, qui tentent de subsister. On retrouve donc les concepts de lutte des classes et de reproduction sociale.
La situation est-elle inéluctable ? En l'occurrence, John Carpenter assène un message des plus révolutionnaires : "Réveillez-vous mes frères ! Réveillez-vous !". Paradoxalement, dans le film, il est difficile de pouvoir garder les lunettes trop longtemps, comme si la réalité était trop insoutenable, éclatant à la face de son héros principal.

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Dans ce monde parfaitement agencé, les élites encore humaines collaborent avec les extraterrestres. John Carpenter aborde alors des thèmes tels que la trahison, la corruption mais aussi celui d'un monde administratif, bureaucratique et médiatique régi et influencé par le pouvoir en place. Cet aveuglement général est aussi le produit de notre société consumériste, avec pour but la manipulation de notre esprit.
Dans Invasion Los Angeles, la plupart des humains sont en relation (sans le savoir) avec d'autres extraterrestres. Ils sont les thuriféraires du pouvoir.
Pour eux, les rebelles sont encore une fois des communistes, pire encore, des terroristes qu'il faut éradiquer. Bref, un tel film mériterait sans doute un meilleur niveau d'analyse.

Néanmoins, cette série B pâtit tout de même de certains défauts. Le budget étant modeste, les effets spéciaux et les maquillages ne sont pas forcément les grands points forts du film. C'est par exemple le cas lorsque John Nada est attaqué par un petit robot espion. Ensuite, le véritable visage de nos chers alien prête lui aussi à sourire. Ceci dit, cet aspect grostesque est aussi l'effet recherché par John Carpenter.
En effet, le cinéaste confère un design limite cartoonesque à ces envahisseurs, comme si le pouvoir en place, et finalement l'élite, n'étaient que de vulgaires quidams. 
Autre défaut du film, et pas des moindres, la baston de presque 15 minutes entre Roddy Piper et Keith David, qui ne sert strictement à rien. Mais ne soyons pas trop sévères, nous sommes clairement en présence d'une série B solidement troussée et d'un long-métrage plus intelligent que la moyenne. Invasion Los Angeles reste donc un film de science-fiction particulièrement attachant.
Objectivement, il ne se situe pas au même niveau qu'un The Thing par exemple, plus abouti et plus sombre dans ses intentions. Malgré tout, Invasion Los Angeles reste tout de même mon film préféré de John Carpenter, notamment pour ce qu'il dénonce et les thématiques complexes qu'il aborde. J'ai donc essayé de lui attribuer une note objective, en prenant en compte ses qualités réelles, mais aussi ses petits défauts... Mais sincèrement, si ça ne tenait qu'à moi, je lui aurais facilement attribué deux points supplémentaires.

Note: 16/20

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 Alice In Oliver


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