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Une histoire de jupe

Publié le 13 mai 2015 par Malesherbes

Une élève de 3° à Charleville-Mézières porte le voile depuis un an mais l'enlève chaque matin avant d'entrer dans l'enceinte du collège. Elle a affirmé s'être vu refuser l'accès de l'établissement les 16 et 25 avril derniers en raison de sa jupe jugée trop longue. Selon elle, la principale du collège a considéré que cette tenue ne respectait pas la loi sur la laïcité à l'école de 2004.

Bavardant avec des amis, j'ai ainsi appris que cette décision avait été motivée par le fait que cette jeune fille aurait agi par provocation. J'aimerais savoir comment on peut affirmer qu'il s'agit là d'une provocation. Si on a opposé à quelqu'un un interdit, il peut arriver parfois que, tout en se soumettant à l'injonction qui lui est faite, cet individu s'efforce, à la marge, d'en contester le bien-fondé. Il tente ainsi de préserver une part d'indépendance. On a coutume de dire : " ce qui compte, c'est l'intention ". Prononcée le plus souvent après une action malheureuse ou par exemple, lors de la remise d'un cadeau minable ou mal choisi, il s'agit, tout en soulignant perfidement l'erreur commise, d'adresser une consolation de pure forme à l'auteur de la méprise. Je suis en total désaccord avec cette formule.

Pour justifier mon sentiment, je me tourne vers notre plus célèbre fabuliste, Jean de la Fontaine. Il écrivit une fable intitulée " L'Ours et l'amateur de jardins ". Il nous y contait l'histoire d'un ours qui s'était pris d'amitié pour un vieillard. Un jour qu'une mouche s'était posée sur le nez de cet homme, pour la chasser, le quadrupède se saisit d'un pavé et le jeta sur la tête du malheureux. L'intention était excellente, le résultat catastrophique. Pour moi, peu importe l'intention. Ce qui compte, ce sont les faits.

Or ici, quel était le fait ? Une jeune fille se présente à l'entrée de son collège et porte une jupe longue. En quoi une jupe longue contrevient-elle aux règles de la laïcité ? Existe-t-il quelque loi, quelque décret, définissant la longueur d'une jupe, comme par exemple les règles de la pêche qui imposent de rejeter à l'eau tout poisson d'une taille inférieure à une limite donnée ? Non, bien sûr. Allons plus loin. Si une jeune fille, non réputée musulmane, s'était présentée dans la même tenue, l'aurait-on refoulée ? Non, bien sûr. La réaction de la principale démontre donc qu'elle traite différemment une jeune fille, tenue pour une musulmane pratiquante, des autres jeunes filles de religion différente ou sans religion. Il y a là une violation flagrante de l'article premier de notre Constitution : " La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. "


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