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Critique Ciné : Qui Vive, constat social

Publié le 22 mai 2015 par Delromainzika @cabreakingnews

Qui Vive // De Marianne Tardieu. Avec Reda Kateb et Adèle Exarchopoulos.


En quelques années, Reda Kateb est devenu un petit prince du cinéma français que l’on a l’impression de retrouver à toutes les sauces. En 2014 il était à l’affiche de plusieurs films de Loin des Hommes à Qui Vive en passant par Hypocrate pour lequel il a remporté le César du meilleur second rôle masculin. Marianne Tardieu nous offre ici son premier film et heureusement pour elle que Reda Kateb est au centre de ce drame social étant donné que c’est la seule véritable original. L’histoire empreinte le chemin plus que classique de la lutte sociale pour la réussite. Chérif veut s’en sortir, mais il est confronté à une réalité sociale qui est assez brutale et il va se retrouver alors dans une sale situation en pactisant plus ou moins avec le Diable. L’avantage de Qui Vive est peut-être de rester assez humble dans le sens où il ne veut jamais surprendre ou être tape à l’oeil. Le film reste donc assez soft dans sa façon de dépeindre les choses mais veut nous montrer une réalité toute autre : celle du fait que dans les cités il est difficile de s’en sortir, surtout quand on a pour la police l’image de celui qui traine avec la petite frappe du coin et que l’on n’a pas l’image d’angelot. Il veut réussir mais à chaque fois on ne veut pas croire qu’il veut et qu’il peut le faire.

Retourné vivre chez ses parents, Chérif, la trentaine, peine à décrocher le concours d’infirmier. En attendant, il travaille comme vigile. Il réussit malgré tout les écrits de son concours et rencontre une fille qui lui plaît, Jenny… Mais au centre commercial où il travaille, il perd pied face à une bande d'adolescents désoeuvrés qui le harcèlent. Pour se débarrasser d'eux, il accepte de rencarder un pote sur les livraisons du magasin. En l'espace d'une nuit, la vie de Chérif bascule...

Tout au long de Qui Vive, l’histoire est donc un combat, un combat pour s’émanciper d’un monde qui ne lui correspond pas du tout. Le film sonne en grande partie juste grâce à la prestation de son acteur principal. Je pense que sans Reda Kateb, le film n’aurait pas été aussi fort. Marianne Tardieu choisit alors de mettre tout cela en scène de façon très douce et posée dans un environnement social pourtant très lourd et très violent. Cette confrontation des deux donne forcément un angle assez original au film mais encore une fois sans Reda Kateb le film ne serait probablement pas aussi intéressant. Surtout quand à côté Adèle Exarchopoulos (La Vie d’Adèle) se retrouve avec un rôle secondaire à la limite de la figuration. C’est navrant de voir cette actrice dans un rôle aussi ridicule, surtout quand on voit à quel point que c’est une bonne actrice. Ce qui est donc dommage c’est que le scénario rame pour se retrouver un sujet de société (même si c’est aussi paradoxalement intéressant de voir le film ne pas savoir où est-ce que l’on va, laissant alors au spectateur l’occasion de se surprendre). Qui Vive ne veut donc pas être un cinéma social qui fait un constat de la banlieue afin de nous raconter l’histoire d’un homme (et seulement d’un homme).

Reda Kateb est clairement le héros de ce film et parvient à nous surprendre à sa façon. Je n’ai rien à redire sur ce personnage si ce n’est que je trouve qu’il manque légèrement d’ambition. Peut-être que l’un des rares bons moments du film est la scène finale. Elle parvient à conclure l’histoire de façon assez sympathique et de laisser une bonne impression globale. Le seul problème c’est que finalement Qui Vive n’a pas vraiment chercher à aller au delà ou en tout cas à nous surprendre plus qu’il n’en faut. J’avais pourtant besoin d’être surpris et le film n’a pas toujours réussi ses promesses. On patauge par moment dans tous les sens et bien qu’être surpris n’est pas une mauvaise chose, ici cela a parfois tendance à devenir irritant. Ce n’est que mon humble avis mais Marianne Tardieu aurait probablement pu travailler un peu plus son film qui, certes est doté d’une vraie notion de fluidité dans sa mise en scène, enchaînant les scènes sans accrocs, mais alors qu’est-ce que cela peut être long et ennuyeux à d’autres moments où justement Qui Vive oscille entre de belles scènes avec de vraies interrogations sur la vie et des errances troubles où l’on nage sans trop savoir dans quelle direction aller. C’est un film parfois fourre-tout sans direction malgré le beau sujet qu’il y avait derrière à développer.

Note : 4.5/10. En bref, Reda Kateb sort en grande partie Qui Vive d’un échec certain. Il brille, le film beaucoup moins.

Date de sortie : 12 novembre 2014


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