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Jean Zay, un héros radical – Texte de R-G Schwartzenberg

Publié le 24 mai 2015 par Radicallibre77
A l’occasion du transfert des cendres de Jean Zay, au Panthéon, le 27 mai, vous trouverez ci-dessous un texte publié, par le passé, de Roger-Gérard Schwartzenberg (Président du groupe RRDP à l’Assemblée nationale). Jean Zay n’aura jamais eu 40 ans. Quand il est assassiné par des miliciens, en juin 1944, il n’a pas atteint cet âge. Il aura vécu très peu, très vite. Mais en réalisant beaucoup. « Jeune Turc » appartenant à la gauche du Parti radical, il devient député à 27 ans, puis ministre à 31 ans dans le gouvernement formé par Léon Blum en juin 1936. Il y occupe un poste essentiel : l’Education nationale. Estimé de tous, il restera quarante mois rue de Grenelle jusqu’à sa démission, en septembre 1939, pour pouvoir rejoindre l’armée et partir au front. Pendant ces quarante mois, Jean Zay agit de la manière la plus résolue, la plus créative. Avec trois objectifs principaux.D’abord rénover et démocratiser l’enseignement. En prolongeant la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans. En organisant l’orientation des élèves. En développant le système des bourses dans le secondaire et le supérieur. Bref, avec la volonté constante de favoriser l’égalité des chances et la réussite en fonction du mérite.Deuxième objectif : dynamiser la recherche, avec à ses côtés, comme sous-secrétaires d’Etat, Irène Joliot-Curie puis Jean Perrin, l’une et l’autre lauréats du Prix Nobel. En fondant le CNRS, le Centre national de la recherche scientifique. Et aussi en créant le Palais de la Découverte, afin de populariser la science.Enfin, soutenir la culture et la rendre accessible à tous. Avec les bibliobus, ces bibliothèques itinérantes, vecteurs de la lecture publique. Avec de nouveaux musées, dont le Musée d’art moderne. Avec la réforme de la Comédie-Française, dont il confie la direction à Edouard Bourdet. Avec, pour le cinéma, la création du Festival de Cannes, dont la première édition aurait dû avoir lieu en septembre 1939.Vient la guerre. D’après la loi, les ministres demeurent en fonction et ne sont pas mobilisables. Dès le 1er septembre 1939, Jean Zay écrit pourtant au président du Conseil : « Âgé de 35 ans, je n’entends pas bénéficier de cette disposition et désire partager le sort de cette jeunesse pour laquelle j’ai travaillé au gouvernement depuis plus de trois ans. Je vous demande donc de me permettre, en cas d’hostilités, de suivre le sort normal de ma classe. »Léon Blum dira de Jean Zay : « Tout en lui respirait la noblesse de la pensée, le désintéressement, la loyauté, le courage, l’amour du bien public. »Sous Vichy, Jean Zay, indûment condamné, passe les quatre dernières années de sa courte vie en détention, du 20 août 1940 au 20 juin 1944. Ce jour-là, trois miliciens viennent le chercher à la maison d’arrêt de Riom pour, prétendument, le transférer à Melun. En fait, leur chef, Charles Develle, l’exécute d’une rafale de mitraillette dans une carrière, près de Cusset.A son procès, en 1953, celui-ci se verra poser cette question par le président du tribunal : « M. Jean Zay n’a-t-il pas prononcé quelques paroles quand vous l’avez abattu ? » Réponse de Develle : « Si. Il a dit ‟Vive la France”. »Roger-Gérard SCHWARTZENBERG

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