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Derrière la porte

Par Pandora


   Photo de Gwenaël Bollinger
C’est un immeuble bourgeois dans un beau quartier. Un portail travaillé en fer forgé noir ouvre sur l'escalier qui conduit à l'entrée. Sur le mur à droite de la porte, une plaque d’étain polie et brillante indique « Docteur Z. Spécialiste». Un bouton de sonnette, unique est en dessous.  « Sonnez pour ouvrir le portail ». J’y suis, c’est là. Je n’ai plus qu’à sonner et entrer.

Plus qu’à…

Alors que j’ai attendu ce rendez-vous depuis plus de trois mois, je me demande tout d’un coup si j’ai fait le bon choix, si c’était une si bonne idée que cela de venir ici. J’ai peur de ce que je vais trouver, j’ai peur de ce que je vais entendre. J’ai peur de ce que ce grand spécialiste va me dire, et pourtant je suis bien venue jusqu’ici pour le consulter et avoir son avis. Je porte sous mon bras les clichés de mes examens radiologiques et les résultats des autres examens que j’ai passés. Un ultime avis pour m’enfoncer un diagnostic que je n’accepte pas dans le crâne, un dernier espoir aussi que peut-être mon médecin traitant se soit trompé. Tout le monde peut faire des erreurs, même cet homme en qui j’ai toute confiance. J’aimerais tellement qu’il se soit trompé. Je veux croire qu’il s’est trompé, c’est ma façon de réagir à ce diagnostic. Un dernier espoir de ne pas être malade.

Et c’est derrière cette porte que se tourne la dernière page de mon polar où l’on découvre le nom du coupable. Quand cette page se tournera, il n’y aura plus moyen de revenir en arrière, plus de suspens. Je saurai. Le meilleur ou le pire.

Je suis en avance aussi je décide de continuer à marcher en faisant un dernier petit tour pour me donner le temps de réfléchir encore un peu, le temps de tourner ou non cette dernière page. De décider si je veux entendre la vérité ou espérer en ma vérité. Les rêves sont souvent tellement plus beaux.

« Dites-moi toute la vérité docteur, je vous en prie… »

C’est ainsi que le patient courageux réagit dans les films, mais dans la vraie vie, qu’en est-il vraiment ? Est-il aussi facile d’être courageux ? Quand ce que ce médecin va dire risque de remettre en cause tout votre avenir mais aussi votre façon de vivre. Quand vous changerez alors brutalement de statut pour passer dans le camp des malades. Et peut-être dans celui des handicapés. Quand les mots « lit médicalisé », « canne » ou « fauteuil roulant » se rapprochent dangereusement. Pas très glamour tout ça quand la veille encore on rêvait de lit "king size" , de bâton de marche et de poussette …

Alors je me donne encore le temps de décider si, dans le film de ma vie, je veux vraiment jouer à la malade courageuse qui veut tout entendre ou si pour quelque temps encore je préfère rester dans le camp des joyeux indécis, ceux qui répondent « je ne sais pas » dans les sondages, ceux pour lesquels rien n’est encore décidé ni joué. Les lâches dans les films. Tant pis, j'assume.  « Heureux les simples d’esprit… »

Je me donne le temps de décider si je veux vraiment passer cette porte et entendre des choses que je n’ai pas envie d’entendre. Car je sais bien au fond de moi ce que ce grand spécialiste va me dire.

J’ai simplement beaucoup de mal à l’accepter.
[ Exercice d'écriture sur photo (derrière la porte ) écrit pour l'atelier d'écriture Imaginair ]


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