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Une Suisse féodale

Publié le 02 juin 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com
Lundi, 02 Juin 2008 23:58 Une Suisse féodalePar Jacques PILET
Les Suisses sont contents d'eux. Le sondage M.I.S publié la semaine dernière par L'Hebdo fait ressortir qu'ils sont toujours moins nombreux à vouloir changer quoi que ce soit dans les institutions, dans le fonctionnement du pays. Certes, ils ont des inquiétudes quant aux effets de la mondialisation, quant à l'avenir de leurs retraites, mais le message est clair: que tout continue comme aujourd'hui.
Qu'ils aient raison ou tort d'afficher une telle autosatisfaction, peu importe. Personne ne peut prédire le futur. Les prévisionnistes de l'économie se plantent avec une telle persistance. Ils n'ont rien vu venir de la crise financière mondiale. Ils revoient leurs pronostics de croissance tous les mois: en fait, ils n'en savent rien et n'ont juste pas le courage de le dire.
Reste à savoir où conduit ce grand contentement conservateur. La confiance en soi est une bonne chose. Mais poussée à l'extrême, elle peut virer à l'imbécillité. Une dose d'interrogation et même d'inquiétude est salutaire
C'est une question qui mérite un petit massage du cervelet. Les personnes et les sociétés peuvent-elles progresser si elles n'imaginent plus de rendre le lendemain meilleur? La seule perpétuation d'un état de fait peut-elle déboucher à terme sur autre chose que le déclin?
Le chercheur ne se lèverait plus le matin s'il n'avait pas l'espoir de surpasser son invention de la veille. L'architecte serait menacé de dépression s'il ne songeait qu'à reproduire ses vieilles esquisses. Et les politiciens? Peuvent-ils vraiment se contenter de faire tourner la maison, de colmater quelques brèches en veillant à ne rien changer?
Le piège de ce comportement, c'est qu'il repose sur une illusion. En fait et en profondeur, tout change bel et bien tout le temps. Dès lors, on peut choisir entre ouvrir les yeux ou se raconter des histoires, entre subir ou tenter d'agir.
Peut-on encore, dans l'ambiance intellectuelle du moment, vouloir une société plus juste? La gauche helvétique, comme toutes les gauches européennes, se veut d'abord une bonne gérante. Toutes ressassent de vieilles formules. Elles n'ont à peu près rien à dire sur les tempêtes qui secouent la planète.
Alors qui poussera les coups de gueule indispensables à une cité vivante? Ils ne viennent pas forcément d'où on les attend. Hans Kissling a le look d'un banquier sage. Cet économiste se dit profondément attaché à l'économie de marché. Pendant quatorze ans, il a dirigé l'Office de la statistique du canton de Zurich. Aujourd'hui retraité, il lâche un pavé dans la mare du conformisme béat. Dans un petit livre 1, il analyse sur une douzaine d'années l'évolution des fortunes à travers les données du fisc. Surprise: le patrimoine des 730 000 contribuables zurichois a peu progressé: de 29 000 à 35 000 francs. Mais celui du 1% des plus aisés a passé de 4 à 6,8 millions. Les superriches sont encore mieux lotis: leur coussin gonfle de 80 à 157 millions par tête. Quant aux dix plus gros, leur pactole passe de 2,7 à 8,5 milliards.
Cette formidable concentration de la richesse change le paysage. Ce ne sont plus les entrepreneurs actifs qui s'enrichissent le plus, mais les héritiers, les brasseurs d'argent de tout poil.
Pour Kissling - encore une fois rien d'un gauchiste! - cette évolution conduit à une Suisse «féodale» où quelques familles contrôleront non seulement l'essentiel de la fortune du pays mais aussi le pouvoir correspondant. L'UDC, le parti des milliardaires en fait la démonstration en jetant des moyens inégalés dans ses campagnes populistes. La proposition du Zurichois: augmenter massivement l'impôt sur les successions pour les tout gros afin de redistribuer les cartes. Il ne risque pas d'être entendu!
Toute forme de démocratie risque de se trouver dénaturée par une telle montée des oligarques. Ceux-ci ne sont pas tous russes.
Le triomphe des superriches conduira forcément à de durs affrontements. Avec les laissés-pour-compte, mais aussi avec les «simples riches», les artisans de la prospérité, patrons ou salariés bien payés. Leurs intérêts divergent. Sur le plan politique. Le jour viendra où ils s'opposeront dans leur vision du monde.
Jacques PILET
(Le grand large)
1 - Reichtum ohne Leistung, die Feudalisierung der Schweiz. De Hans Kissling, Verlag Rüegger, 120 p. Commentaires (0)Add Comment
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