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Panthéon(s): l'oubli impardonnable d'un président dit "de gauche"

Publié le 29 mai 2015 par Jean-Emmanuel Ducoin
Tous les héros de la Résistance sont nôtres. Pas pour François Hollande, qui oublie les communistes.

Panthéon(s): l'oubli impardonnable d'un président gauche

Les membres du groupe Manouchian, bientôt fusillés.


Choix. Nier la vérité des faits et des actes d’histoire, faire bon marché du sang séché des hommes, relève, dans la plupart des cas, de l’intention politique plus ou moins avouée. Dans les habits de la fonction, n’est pas de Gaulle qui veut – tout le monde n’est pas l’un des premiers à l’heure dite non plus… Difficile tâche pour un président, n’est-ce pas, que de devoir se «mettre en accord avec ses arrière-pensées», comme le réclamait le Général. François Hollande y parvient-il parfois? Et jusqu’où son impensé idéologique le conduit-il, vers quels coups tordus, lorsqu’il prend des décisions symboliques censées graver le marbre de la République dans ce qu’elle a de plus sacré? En installant au Panthéon Germaine Tillion, Geneviève Anthonioz-de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, le chef de l’État a honoré quatre facettes d’un courage admirable, non discutable, deux femmes et deux hommes dont les combats et les destins ont aidé à sceller le renouveau de la République au cœur de la nuit pétainiste et nazie. Ces quatre visages tutélaires, dressés dans nos mémoires, têtes droites, méritaient la reconnaissance de la nation; ils sont légitimes; ils ont notre respect et notre admiration… Mais que les choses soient claires, néanmoins. En refusant la même reconnaissance à l’une ou l’autre des grandes figures communistes de la Résistance, cette même mémoire du pouvoir en place (nous n’écrirons pas ici, justement, «la République») s’avère pour le moins sélective. En politique, un oubli est toujours un choix; surtout quand on fraye dans la matière sensible des grands Livres du récit national. En assumant l’amnésie, le chef de l’État a volontairement décidé d’affaiblir – et d’entacher gravement – le message historique d’un des plus importants gestes de son quinquennat.
Plus grave, c’est donc ce président dit «de gauche» qui participe à la tentative de brouillage d’une page de l’histoire, et pas n’importe laquelle, la plus fondamentale du XXe siècle à partir de laquelle tout fut repensé, reconstruit, avec une ambition politique et sociale si belle et démesurée que le programme du Conseil national de la Résistance restera pour les générations futures une référence à perpétuer.
Forfaiture. En notre Panthéon intime, nous avons tous des figures singulières, celles que nos chemins respectifs et les empreintes de l’Histoire ont façonnées depuis des générations. Tous, nous nous enflammons pour ceux que nous aimons par-delà le temps, nous nous grandissons grâce à eux, trouvant dans leurs parcours des raisons d’excellence et d’espoir, des raisons d’y croire et de se battre tout simplement. C’est la raison pour laquelle nous ne tairons pas une vérité ancrée au plus profond de nos êtres: nous autres communistes, poussés dans le dos par un héritage d’engagement qui nous illumine de fierté, au-delà des différences politiques (nous pensons à Pierre Brossolette, par exemple), nous affirmons que tous les héros de la Résistance sont nôtres! Et pour cause. Comme le répétait cette semaine l’historien Roger Martelli: «Ce qui permit à la Résistance d’atténuer l’indélébile tache, ce furent trois aspects indissociables: le courage inouï de ses combattants, sa fibre sociale confortant l’élan patriotique (le programme du CNR) et l’unité de toutes les composantes résistantes.» Sans cette unité que rien ne put briser, que serait devenue la France? Nous ne choisissons donc pas les noms des héros, nous ne procédons à aucun tri idéologique. En fermant les portes du Panthéon aux résistant(e)s communistes, le chef de l’État vient de commettre une sorte de forfaiture, un contresens historique impardonnable. Imagine-t-on la Résistance et quelques-uns de ses martyrs sans Marie-Claude Vaillant-Couturier, sans Missak Manouchian, sans Joseph Epstein, sans Martha Desrumaux, sans Henri Rol-Tanguy, et tant d’autres, tous les autres?
 [BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 29 juin 2005.]

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