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421ème semaine politique: Hollande ou Sarkozy, la politique en spectacle

Publié le 30 mai 2015 par Juan
421ème semaine politique: Hollande ou Sarkozy, la politique en spectacle

Le spectacle fut presque réussi, suffisamment pour faire oublier, à l'avance, la détestable exhibition de l'ancien monarque au Congrès des Républicains quatre jours plus tard. Hollande au Panthéon pour un hommage nécessaire; Sarkozy à Bobino pour un changement de nom sans projet. La politique se donne en spectacle alors qu'on a besoin d'elle, surtout en Europe.


Le syndrome du Panthéon
François Hollande est apparu petit, trop petit devant l'immensité du décor, pour délivrer son discours d'hommage aux quatre nouveaux honorés du Panthéon. Il ne pleuvait pas, quelques commentateurs le notèrent. On sait aussi qu'il travaille à sa réélection avec deux ans d'avance. En ces temps difficiles où les descendants politiques du pétainisme se disputent les symboles de la République avec les indignes héritiers du gaullisme, rappeler qui sont nos grandes figures de la Résistance avait pourtant quelque chose d'indispensable. La même semaine, l'hebdomadaire Le Point titrait sur "Les Arabes", une couverture rance qui en évoquait d'autres plus indignes encore pendant la Collaboration.
Oui, rappeler que Pierre Brossolette, Germaine Tillon, Genevève de Gaulle Anthonioz et Jean Zay avaient risqué ou perdu la vie pour sauver la République il y a 70 ans avait quelque chose d'indispensable.
"Admirables. Sans avoir voulu être admirés. Reconnus. Sans avoir cherché à être connus. Célébrés. Sans avoir imaginé être célèbres" François Hollande.
Il y eut des frontistes pour railler l'hommage dans son principe même. Pour quelques heures, les masques tombent. Le frontiste Florian Philippot critique d'un tweet: "Célébrer la Résistance le temps d'une cérémonie mais cultiver l'esprit de soumission le reste de l'année : la com´ ne masque rien".
L'extrême droite n'est jamais autant elle-même que lorsqu'on la confronte au passé de la République.
Les Ripoublicains
Dimanche, Nicolas Sarkozy fait son spectacle, un one-man show qu'il a rôdé après une large tournée en province. On ne sait pas s'il avait invité Claude Guéant, Patrick Balkany ou Jérôme Lavrilleux, trois des derniers ténors de l'UMP mis en examen dans diverses affaires de corruption ou de financement illégal. Le 28 mai, une ancienne affaire se clôt à Bordeaux. Le Tribunal de grande instance condamne pour abus de faiblesse et trafic d'influence François-Marie Banier (à trois ans de prison dont 6 avec sursis), Patrice de Maistre et l’avocat Pascal Wilhem (à 30 mois de prison dont un an avec sursis). Eric Woerth s'en sort. Pour un peu, on oublierait toute l'affaire Bettencourt, plus protéiforme que cette simple accusation: Bettencourt qui embauchait l'épouse de l'ancien ministre du Budget pour s'occuper de ses comptes alors qu'elle était en infraction fiscale; ou les accusations de financement clandestin de la campagne de Sarkozy en 2007.
D'autres affaires continuent, toutes tournent autour du même sujet - l'argent. Les preuves que Nicolas Sarkozy a fraudé au plafond de dépenses électorales ont été apportées dans l'instruction Bygmalion. Cette semaine, l'hebdomadaire lance une autre bombinette - des échanges de mails du temps de la campagne qui attesteraient "que le candidat était bien au courant des détails financiers de la campagne."
Bref, l'UMP change de nom comme d'autres de visages pour chasser les mauvaises images. Ce marketing politique indiffère le plus grand nombre... y compris à l'UMP ! A peine 40% des cotisants UMP, soit 79 129 personnes sur 213 030 inscrits, ont voté pour l’appellation LesRépublicains. Les autres s’en fichaient ... royalement: 16% d'opposants et 55% d'abstentionnistes. Quel triomphe ! Pourtant, Sarkozy est parvenu à concentrer l'attention médiatique sur ce changement de façade, et non sur un éventuel nouveau projet politique. L'arnaque est belle et réussie. L'ancien monarque fut largement aidé par toutes sortes d'opposants, à gauche et ailleurs, qui ont crié contre cette privatisation de la dénomination républicaine.
L'homme n'a pas changé. Sur scène, il qualifie Hollande de "moi, je", une formule drôlatique mais symptomatique d'une rage vengeresse inouïe. Et cette semaine encore: "Je savais qu'on allait en voir de belles avec 'moi je'. Mais ce que j'ignorais, c'est qu'il voulait choisir lui-même le nom de notre formation politique." Quand il était à l'Elysée, Sarkozy a tenté cinq années durant de paraitre président. On ne comptait plus, à la fin, le nombre d'opérations de com' pour le "présidentialiser" en vain. Les sondages, ses proches et lui-même lui renvoyaient en permanence une image Bling Bling, agitée et puérile. Loin de profiter de son passage dans l'opposition pour tenter d'effacer cette empreinte passée, Sarkozy s'enferme dans ses propres caricatures.
Pour revenir d'un meeting au Havre, à 177 km de Paris, il prend un jet privé, 3200 euros le vol quand le train aurait coûté 35 euros pour 2 heures de trajet à l'UMP qui paye les factures des desiderata Bling Bling de l'ancien monarque. Deux journalistes d'investigation, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, ceux-là même qui couvrent les affaires de Nicolas Sarkozy (et notamment sur la fraude au financement électoral en 2012) ont été espionné par le photographe officiel de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Il y a des coïncidences étranges, des filatures qui dérangent.
Exit l'Europe
Il y avait plus grave que ces spectacles. L'Europe subit une nouvelle crise. Après le Grexit, voici une menace de Brexit. Seule l'Espagne créée la surprise positive, avec la victoire (relative) de Podemos, issus du mouvement des Indignés, et de Ciudadanos, aux détriments des formations historiques du PPE et du PSOE.
David Cameron fait une tournée expresse en Europe. Il a brillamment remporté le scrutin législatif britannique dix jours avant. Certains là-bas commencent à s'interroger sur l'absurdité démocratique du mode de scrutin local. Mais pour l'heure, Cameron est encore aux commandes du gouvernement d'Albion. Il a promis à ses électeurs un référendum sur le maintien ou la sortie de l'Union européenne.
Pour éviter une sortie de l'Union européenne ("Brexit"), Cameron joue l'habituel chantage à la réforme, pour plus de "compétitivité" et de "flexibilité".
A l'autre bout du Continent, La Grèce bataille toujours contre ses créanciers avant ses échéances de remboursement de juin. La directrice du FMI explique qu'une sortie de la Grèce de la zone euro ("Grexit") est tout à fait envisageable.
Dix ans avant, jour pour jour, la France refusait le Traité de Constitution européenne, à 55% des suffrages exprimés lors d'un référendum raté. Il fallait répondre oui ou non à un texte d'une grosse centaine de pages que peu d'électeurs ont fini par lire. Au final, les leaders OUIistes ont suivi leur route dans le plus grand mépris de ce vote démocratique. Et les leaders NONistes ont raconté des bobards sur de prétendues alternatives politiques en Europe qui ne se sont jamais matérialisées. A Paris, le Front de gauche invite quand même Alexis Tsipras à célébrer l'anniversaire. "Le non français a été fondateur : tous les mouvements qui posent le changement en Europe sont nés de cette bataille" explique le patron du PCF Pierre Laurent.
Mais fondateur de quoi ? 
Dix ans plus tard, les sondages prêtent aux "nonistes" une majorité plus forte encore. Le Front national normalisé de Marine Le Pen a le mieux et plus efficacement de toutes les formations politiques françaises, capté la rage anti-européenne. L’unanimisme européen au sein de la classe politique française n'a fait qu’un gagnant, le Front national.  
Pour l'Europe, cette décennie a été perdue. Contrairement aux déclarations, la main sur le coeur et le verbe haut, des défenseurs du NON au TCE, il n'y a pas eu de plan B, aucune alternative, rien, nada. Pire, d'autres traités, moins constitutionnels et plus économiques, moins politiques et plus libéraux, ont été votés sans référendum jusqu'au fameux accord "Merkozy" que François Hollande ne put ni ne sut renégocier en 2012. La "dé-démocratisation" de l’Union est à l’oeuvre, avec au coeur, l'Allemagne dont le dynamisme commercial a pillé l’Europe de l’intérieur.
Dix ans après le refus français, l'Union craque dans un monde en ébullition pour le plus grand bonheur des souverainistes autoritaires à la Viktor Orban ou de l'extrême droite fascisante sud-européennes. "La rage brune gagne en Europe" résume Mélenchon sur son blog. Quand des drames de migrants noyés dans la Méditerranée émeuvent enfin les opinions publiques, l'Union se révèle incapable de solidarité avec l'Italie, qui accueille le plus nombre de ces déracinés sur ses rivages. Nos dirigeants européens se disputent encore de savoir si la charge d'accueil peut être répartie. Le 28 mai, Jean-Claude Juncker a présenté son plan. "Sa mesure-phare concerne la répartition entre les Etats membres de 40 000 demandeurs d’asile arrivés depuis le 15 avril en Grèce et en Italie." Pour la France, on évoque 6 à 9.000 demandeurs d'asile qu'il faudrait ainsi héberger, une goutte d'eau qui n'empêche pourtant pas nos dirigeants politiques anesthésiés par la "rage brune" et anxiogène qui gagne le continent de pousser des cris d'orfraie. Une ancienne ministre estonienne prévient que "la race blanche est en danger". En France, Marine Le Pen est sur son terrain de jeu favori, elle demande la "reconduite systématique des bateaux de migrants vers les ports d’origine" au mépris du droit d'asile, le "gel de la politique de l’asile totalement encombrée", et, pire encore, la "suppression des aides sociales destinées aux demandeurs d’asile et aux clandestins pour les dissuader de venir, reconduite à la frontière des clandestins déjà arrivés en France".
Merci qui ?
Une dernière chose. Le Parti Socialiste a désigné sa nouvelle direction. C'est la même que l'ancienne.
Bonne semaine.


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