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La loi du marché

Publié le 31 mai 2015 par Dukefleed
La loi du marchéLe capitalisme est cruelle pour la masse
La petite cinquantaine, licencié économique depuis plus d’un an, la fin des droits à l’assurance chômage se profile pour Thierry. Plus que des projets qui risquent de tomber à l’eau, c’est une quête de survie qui débute pour se maintenir lui-même et sa famille à l’eau.Stéphane Brizé, qui ne m’avait pas convaincu avec son « Mademoiselle Chambon », frappe fort ici avec un film social dans la veine des Dardenne. Caméra à l’épaule et sur le dos de Vincent Lindon durant 1h30 pour un film sans concession, engagé, puissant à l’esthétisme proche d’un « Rosetta ». De tous les plans et seul comédien professionnel de ce film à tout petit budget, Lindon assure comme il n’a jamais assuré. Fini les yeux de chien battu, la mine dépitée dans tous les films ; ici, il est convaincant dans le rôle de cet homme qui décide de composer avec cette société sans non plus se laisser marcher sur les pieds. Cette force de conviction tranquille suffit à elle seule à légitimer son Prix d’Interprétation à Cannes. Entouré de non professionnels, ils ne sont pas des faire-valoir et assure une vraie partition et quelquefois dans leur propres métiers. La mise en place est quelque peu didactique et démonstrative ; Thierry aux prises avec son conseiller Pole Emploi, Thierry et son fils handicapé, Thierry et sa banquière pour laquelle même un pauvre est un client à exploiter, Thierry et ses ex collègues syndiqués,… Le film pouvait vite basculer dans la surenchère affective, mais cette peur est évacué le premier quart d’heure passé. Dans un crescendo bien distillé, le dernier tiers du film nous conduit vers de nouveaux personnages très incarnés et une tension morale paroxysmique mais jamais moraliste ; assez rare.Véritable critique de l’économie de marché telle qu’elle marche, sur la tête ; c’est un film choc qui démontre comment un système de survie conduit certains à la cruauté ; simplement pour sauver leur peau. Les inégalités se creusent et les classes populaires et classes moyennes se déchirent pendant que les nantis engrangent les profits. La banquière qui voie dans la détresse de son client les moyens de lui fourguer un produit, le conseiller Pole Emploi justifiant une formation inutile, les pauvres vigils qui surveillent de pauvres clients et des salariés pauvres, des classes moyennes qui marchandent auprès de vendeurs d’occasions de classe moyenne,… Une société cruelle qui conduit à plus d’individualisme ; la peur d’être dégradé. Brizé utilisé aussi à nouveau le dispositif de l’immersion comme dans ces précédents films. Caméra proche du personnage principal ici ; mais surtout des séquences longues interminables faisant monter le malaise chez le spectateur. On a vraiment l’impression d’être dans la même pièce que Thierry. Et pour enfoncer le clou, ces scènes sont ponctuées d’un silence de mort ; pas de renforts de musique, elle est quasi inexistante dans ce film. Mon premier grand choc cinématographique de 2015 car il pose une question importante : un homme doit-il aller à l’encontre de sa morale simplement pour adopter la logique du monde en marche et subvenir aux besoins des siens ?Vous aviez aimé « Ressources Humaines » de Laurent Cantet ; il faut voir celui là… et vice versa bien entendu.
Sorti en 2015

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