Un bourguignon à la maison : domaine Huber-Verdereau

Par Maigremont

Nouvel épisode de la série "un vigneron à la maison". Vous savez, la saga qui consiste à inviter un vigneron chez soi, tout en se mettant les pieds sous la table, pendant que le faiseur de vin nous fait gouter sa production et nous explique comment il travaille... 

Pour rappel, regardez quelle chance nous avont eu : 

Episode 1 : domaine des Marnes Blanches, Jura, Géraud Fromond 
Episode 2 : domaine Fouassier, Sancerre, Benoit Fouassier
Episode 3 : domaine Rietsch, Alsace, Jean-Pierre Rietsch
Episode 4 : domaine Huber-Verdereau, Bourgogne, Thiébault Huber

Thiébault Huber nous arrive directement de New-York, après une tournée de quelques jours au pays de l'oncle Sam. Tournée destinée à promouvoir ses vins via son importateur local, il semble frais comme un gardon. Pas simple de se reconnecter à la réalité, quand à la descente de l'avion et après quelques péripéties liées à une météo capricieuse à NY et ensuite un long voyage dans les pattes, on vient se frotter à quelques amateurs de pinot noir. Rien que pour cela, nous remercions Thiébault Huber pour sa gentillesse et son temps passé avec nous. 

Repères
Thiébault est le vigneron et propriétaire du domaine Huber Verdereau, situé sur l'emblématique village de Volnay en Côte de Beaune. Né en Alsace il y a 44 ans et après une première vie professionnelle comme sommelier, il s'installe en Bourgogne grâce aux vignes familiales issues de son grand-père qu'il reprend en 1994 après un long fermage. Il fait ses premières armes chez Jean-Michel Deiss en Alsace, puis chez son cousin Jean-Marc Bouley à Volnay. 
A 24 ans, il se lance : il achète tout le matériel nécessaire à la tenue d'un domaine et prend dès le début la décision de le conduire en bio. Il récupère au fure et à mesure les vignes familiales, dispersées sur 6 villages à et autour de Pommard, pour atteindre actuellement 9,5 hectares.

Pour combler le manque à gagner dû aux dernières années catastrophiques en matière de rendements, Thiebault a développé une petite activité de négoce, actuellement en conversion (capsules argentées). Vous n'êtes pas sans savoir que les rendements depuis, le millésime 2010, sont très faibles : coulure, millerandage mais surtout cette foutue grêle que rien n'a pu arrêter 3 années de suite, parfois aux mêmes endroits !
Après une grosse implication et des essais de 34 générateurs anti-grêle (émission de particules d'iodure d'argent et de cuivre), dispersés dans tout le vignoble bourguignon, 2015 marquera la mise en place d'un nouveau dispositif dans son propre vignoble (quelques ouvrées d'une parcelle de Volnay 1er cru "les Fremiets"), destiné lui aussi à lutter contre la grêle : l'installation de filet. Ce dispositif expérimental, reste très encadré dans un premier temps, en particulier par les instances du vin, qui considèrent qu'il peut modifier le terroir et nuire à l'esthétique du vignoble. Pas simple, quand on sait que le vignoble bourguignon prétend actuellement obtenir son classement au patrimoine de l'Unesco. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Très certainement. En tout cas, il en va de la survie économique de nombreux domaines et vignerons... et finalement, pour l'amateur en quête de vins de Bourgogne

Bon, assez parlé : le tirebouchon est de sortie, les verres également. Ca tombe bien, on a soif !

Bourgogne blanc 2012 (actuellement en conversion, cuve 100 %, chardonnay provenant de vignes du domaine, complété par de l'achat de raisin pour cause de grêle) : assez riche et bien tendu dans l'ensemble. Finale fraîche.

Mercurey blanc "Vieilles Vignes" 2013 (le vin élevé pour moitié en cuve et l'autre en fut, provient de 2 parcelles récemment achetées, situées au nord de l'appellation. Elevage jusqu'en juillet de l'année suivante) : plus riche encore, plus intense assurément, là encore fraicheur et finesse dominent. Finale énergique cependant. Joli vin, parfait compromis entre l'entrée de gamme et ce qui représente le haut du panier en blanc

Puisque l'on commence à parler élevage, Thiébault s'attache les services du tonnelier Billon : il considère que les futs marquent modérément et que le grain de tannin correspond au jus de ses vins, c'est à dire fin et délicat.

Meursault "en Dressolles" 2012 (vignes de 47 ans, situées en bas de coteau) : très floral et salin, avec d'étonnantes senteurs de banane. Bouche d'une grande pureté, équilibrée, longue et éclatante. Appelle irrémédiablement à passer à table, en invitant au préalable une famille complète de crustacés. Vibrant, superbe !

Quelques rouges et...

Bourgogne Pinot Noir 2013 (macération longue soit 23/24 jours, remontages, élevage en vieux futs et cuve béton) : vin simple d'expression mais gorgé de fruit ! Très fine acidité qui étire le vin sur un ensemble gourmand. 

Monthélie "la Combe Danay" 2013 (parcelle rachetée à Emmanuel Saison, qui faisait aussi un vin remarquable) : une chair plus ferme, un corps dense et une structure remarquable. Belle finale déliée qui apporte beaucoup de plaisir. A attendre en toute confiance, mais c'est déjà bon. 

Volnay "Robardelles" 2013 (vignes plantées en 1943) : essences de prunes et de fruits rouges. C'est sur une belle puissance contenue et un milieu de bouche intense que ce vin déroule sa classe encore un peu tannique. Finale soutenue par de fins amers. 

Pommard 1er cru "les Bertins" 2013 (vignes plantées par le grand-père en 1955) : étonnamment citronné au nez, petits fruits rouges. Bouche étroite, construite sur la longueur. A attendre bien évidement. Beau travail, quand on sait que cette parcelle a été grêlée 3 millésimes de suite

Pommard "Clos du Colombier" 2012 (77 ares 28, monopole du domaine. Parcelle coincée entre 2 vallées, calcaire puis alluvionnaire quand elle se fait plus proche de la rivière). Nez épicé et poivré, fruit éclatant et subtil. Attaque en bouche longiligne et compacte. Finale très ouverte sur un léger trait végétal. Très beau vin !

Pommard 2001 (vin de grêle, regroupant 5 parcelles de Pommard. Premier millésime en bio certifié) : ça pinote au nez, aucun doute ! Le vin montre quelques signes d'évolution, mais est parfaitement assis sur une grosse structure encore bien tannique. Un peu plus marqué par la rafle que les précédents. 

Dernier vin ouvert et bouteille mystère : couleur orangée. Joli pinot qui offre un nez évolué sur la rose et des notes de terre. Bouche un peu lâche, mais qui a encore plein de choses à raconter, à commencer par le sentiment d'avoir dégusté le premier vin de Thiébault. C'est un Volnay 1993, résultat de l'assemblage de 3 parcelles de Volnay, élaboré après les journées de travail chez JM Bouley. 

Un grand merci à Thiébault Huber pour son passage en Normandie et pour la découverte de ses vins qui sont d'une remarquable élégance, finesse et raffinement.
Nous lui souhaitons plein de succès pour ce millésime 2015, pas trop (voir pas du tout) de grêle et une belle inauguration pour son nouveau joujou à Meursault : un nouveau chai.