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Quand Austérité, rime avec perte du service public

Publié le 10 juin 2015 par Particommuniste34200

À Guéret (Creuse), le week-end prochain, les services publics feront cause commune en convergeant dans une manifestation nationale, le samedi après-midi. Peut-être l'occasion de donner de la visibilité à la résistance à l'austérité qui menace les services locaux. À leur échelle, les grandes associations d'élus ont déjà sonné l'alarme. La plus importante d'entre elles, l'Association des maires de France (AMF), a décrété une " mobilisation nationale " : " Cette décision, sans précédent, vise à alerter solennellement (...) sur les lourdes conséquences de la baisse de 30 % de leurs dotations (moins 15,7 milliards d'euros d'ici à 2017) sur le tissu économique local et les services à la population ", explique l'AMF. Selon l'association, un millier de villes se trouveraient d'ores et déjà dans une situation critique. Et le mouvement va s'accélérant : d'ici à 2017, la moitié des 36 000 communes pourraient se retrouver incapables de maintenir leurs investissements et de faire tourner leurs services au quotidien. " Si rien ne change, c'est la mort du service public local à un niveau que les gens n'imaginent même pas ", prévient Philippe Laurent, maire (UDI) de Sceaux (Hauts-de-Seine).

Les départements sont eux aussi menacés d'étranglement financier

Les villes ne sont pas les seules concernées : les départements sont eux aussi menacés d'étranglement financier à court terme face, notamment, à des dépenses de solidarité transférées par l'État, comme le RSA, et qu'il ne compense pas intégralement. Le choix des leviers à la disposition des collectivités est limité : les budgets en déséquilibre étant proscrits par la loi, les élus peuvent augmenter les impôts locaux (comme à Marseille, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, Lille, Tours...), dans une situation déjà très tendue pour les ménages, ou réduire drastiquement leurs dépenses. Avec, à la clé, la " dégradation des services rendus à la population ", souligne l'AMF : état civil, activités périscolaires, accueil de la petite enfance, services sociaux, installations et animations sportives et culturelles, etc.

Cela a déjà commencé. Ainsi, dès la rentrée 2014, le conseil général de Loir-et-Cher, présidé par l'UDI Maurice Leroy, a supprimé l'aide financière aux communes pour les transports des scolaires sur les trajets de moins de 3 kilomètres. Une décision que le maire divers droite de Nouan-le-Fuzelier (2 300 habitants) envisage de répercuter en supprimant ce service dès septembre prochain, pour économiser 40 000 euros par an. D'autres villes choisissent de tailler dans l'emploi, comme à Argenteuil (Val-d'Oise), dirigée par l'UMP, qui a annoncé la suppression de 300 postes d'agents. Un choix non sans douleur pour la population, car " les services de proximité sont assurés par des agents, rappelle Philippe Laurent. Faire des économies dessus, cela veut dire qu'on est amené à fermer la mairie un jour par semaine, fermer les crèches une demi-heure plus tôt, fermer plus longtemps les bibliothèques ".

Des élus de gauche qui refusent d'être les " plumés de l'austérité "

Des communes ont choisi de ne pas se laisser étrangler sans mot dire et ont pris la tête de la fronde avant tout le monde. À Saint-Germain-du-Puy (Cher, 5 000 habitants), le conseil municipal a décidé, début avril, d'interpeller le premier ministre sur la réduction de la dotation d'État de 118 000 euros pour 2015. Une somme qui représente la moitié du coût de fonctionnement de la bibliothèque municipale, ou le tiers de celui de la piscine. " C'est considérable, et c'est du jamais-vu ", soulignent les élus, qui ont voté à l'unanimité une " motion contre l'austérité ". " Quand le budget communal est bien géré et les finances de la commune saines, dans un contexte économique et financier aussi défavorable aux collectivités territoriales, peut-on dépérir, voire mourir, en bonne santé ? La réponse est oui, hélas ", déplore le maire, Maxime Camuzat (PCF).

En région parisienne, des collectivités se sont regroupées pour se faire entendre : c'est le cas, en Seine-Saint-Denis, d'élus de gauche (PCF, PG, Ensemble, EELV...) qui refusent d'être les " plumés de l'austérité ". À Montreuil, l'objectif contracté avec l'État de construction de 700 logements par an est menacé " car nous n'avons plus les moyens de construire les groupes scolaires indispensables pour accueillir ces nouvelles populations ", prévenait le maire (PCF-Front de gauche), Patrice Bessac, lors d'une manifestation en décembre. À Saint-Denis, la ponction de l'État s'élève à " 22 millions d'euros, soit 10 % du budget annuel ", " le prix d'un groupe scolaire de 20 classes avec centre de loisirs ", compte le maire, Didier Paillard. À Stains, son homologue Azzedine Taïbi, qui a déclaré sa mairie en grève en novembre, liste les réalisations menacées par la coupe de 3 millions d'euros dans les dotations (soit 6 % du budget annuel) : " Notre centre municipal de santé, notre école de musique ou encore le théâtre municipal, la rénovation des écoles... "

Les collectivités demandent aussi de revoir le calcul des dotations. Ainsi à Guéret, qui accueille la manifestation de samedi : " J'ai des charges de centralité d'équipements et des services que les communes alentour, plus petites, ne peuvent proposer, décrypte pour la Montagne le député maire (PS) Michel Vergnier. J'ai fait évaluer cela à... 1 million d'euros par an. C'est un élément que l'État doit prendre en compte. "


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