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"La forêt sous les arbres" de Gil Refloc'h (extrait)

Par Olivierhobe

Ce texte sera publié en ouverture de l'entretien avec le poète, plasticien et homme de l'art Jacky Essirard, dans le numéro à paraître de la revue trémalo.

LA FORÊT SOUS LES ARBRES

Je me trouve dans le hall immense d'une gare (que rien, d'emblée, ne permet d'identifier), en compagnie de Jacky Essirard qui, tout en marchant, confectionne des origamis qu'il laisse choir derrière lui. Emmanuel Kant, qui vient de nous emboîter le pas, ne cesse de consulter fébrilement sa montre de gousset. Tandis qu'à l'instigation de ce dernier nous nous dirigeons vers les quais de plus en plus déserts, jonchés de chutes de papier peint, mon attention est bientôt attirée par l'attendrissante apparition d'une biche manifestement égarée, ce dont j'avise aussitôt mes compagnons. À ma grande déception, car ils n'en veulent rien savoir, m'objectant de concert n'être, pour lors, préoccupés que du retard de quelques minutes pris par l'express n°7777 en provenance d'Oulan-Bator. - " C'est intolérable, voilà qui achève de compromettre pour des lustres la régularité de l'acheminement des papillons exotiques et la qualité de l'échange des idées ! " peste Kant. Comme j'insiste, quoique de plus en plus timidement, pour leur signaler la présence apeurée de l'animal, le philosophe entre dans une violente colère, puis rajuste sa perruque et nous fausse compagnie à la faveur d'un brouillard à couper au couteau, duquel émergent ça et là, à les toucher, les rochers les plus emblématiques de la baie de Goulven. Je m'aperçois alors que le beau cervidé peut, à bien des égards, passer pour le spécimen d'une espèce méconnue de zèbres de petite taille. C'est en fait un cheval de bois à bascule, grossièrement peint, que maintient énergiquement au sol une interminable chaîne d'ancre, dispositif qui ne laisse pas, cette fois, d'intriguer Essirard. De plus fort lorsque, contre toute attente, cette pesante chaîne de fer, dans un tonnerre indescriptible, se met à se soulever au rythme jusqu'alors paisible de sa respiration, impulsant dans le même temps au petit cheval à rayures des spasmes tant indécodables qu'inélégants.


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