Magazine Poésie

extrait de l'édito du prochain trémalo.

Par Olivierhobe

ÉDITH À SAINT-FLORENT-LE-VIEIL


La nation bretonne, religion de mon enfance, on pouvait donc la tenir pour une chimère, une fable poétique, destinée à être remisée une fois venu l'âge de raison. Elle était même tout à fait répudiée par ces êtres émancipés des liens territoriaux, religieux ou tout simplement humains, ces " enfants sans mère ", pour paraphraser Montesquieu, auxquels s'adressait le discours révolutionnaire. Pour peu que l'on fût sensible, et je l'étais, à la beauté de ces êtres neufs, pourvus de la capacité d'inventer les principes de leur existence, convaincus avec Mirabeau qu'il leur était permis de recommencer l'histoire des hommes, on était tout prêt à abjurer la foi enfantine de la dissemblance.

Mona Ozouf
Composition française, Retour sur une enfance bretonne,
Gallimard, avril 2009.

Nous avons bien des partis ; nous avons bien des parties. Nous avons donc des partis de rien, sans même de nation. Nous avons des nationaux, des bi-nationaux, des tri-nationaux, des particularismes et des tripartites. Des bi-latérales et des contre-allées. Des laies.

Nous avons des enfants bretons qui parlent aux tamanoirs sur les places de Rostrenen, des eaux étroites au pied des greniers à sel. Des surréalismes.

Ce jour-là, Saint-Florent-le-Vieil est au bout du compte assez décevant, si l'on veut bien oublier l'abbaye où le peintre qui y expose à ce moment inscrit la formule suivante, sur un de ses tableaux : " DU PAIN ET DES ROSES" *, déjà poivre à gratter du socialisme d'alors (la grande toile date -on l'apprend un peu plus tard, de 2006) : ainsi, déjà, ou alors, on ne sait trop.

C'est bien joli St Florent, me dit ma camarade, ajoutant que la maison de Gracq est un peu trop près du pont, celui qui alimente le bled de toute la rutilance automobile de ces jeunes mariés, et surtout leur suite réellement, venant porter leur union de quelques semaines aux fonds baptismaux sous l'œil des pigeons séculaires de rien.

Et puis on se sera dit des choses comme on dévore les fruits de la mer sans qu'ils scillent, comme on démords dans les dents du père. La foi, donc, et l'école, la maison, forment la petite fièvre du livre d'Ozouf, plus la révolution, et ces " gens neufs " qui l'imposent, qui imposent la propriété à la suite des féodalités, comme on passe du coq à l'âne, quand ceux-ci ont en en commun le désir d'avoir, oublieux des lisières à portée.
Nous avons.

Nous avons la Bretagne et l'Andalousie, nous avons la jalousie. Nous avons le pouvoir normatif, nous avons la Bretagne sédative. Nous avons. Le cœur pour ne pas normer, ne pas. Ne pas nommer, ne pas n'hommé.


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