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Grèce : l'Union européenne et le FMI poussent à un « Syrizexit »

Publié le 27 juin 2015 par Blanchemanche
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Grèce : l'Union européenne et le FMI poussent à un « Syrizexit »Un négociateur grec s’effondre dans un canapé, exaspéré. Si hier, pour un produit alimentaire les institutions semblaient se contenter d’une TVA haussée à 13 %, aujourd’hui elle doit être à 23 %. L’économiste et prix Nobel Paul Krugman lui donne raison : aucune concession ne semble suffisante aux institutions créancières (le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission européenne). A chaque concession grecque, elles poussent plus loin. Derrière cette stratégie se cache la volonté d’en finir avec ce qui doit devenir « une parenthèse de gauche » et de renverser le gouvernement grec.

Des négociations qui n’en sont pas

Les négociations entre la Grèce et les institutions semblent terminées. Le social-démocrate hollandais Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, a en effet déclaré : « La porte reste évidemment ouverte aux Grecs pour accepter les propositions des institutions. » Une nouvelle rencontre avec l’Eurogroupe est bel et bien prévue samedi matin, mais la seule issue pour les Grecs serait d’accepter une capitulation complète. Certes, à la dernière minute les créanciers ont proposé 17,3 milliards et une extension jusqu'en novembre. Mais cet argent ne sera libéré qu'en échange de réformes très dures et surtout sans offrir de solution de fond pour la dette. Le but reste de garder le noeud coulant autour du cou grec, en évitant que le pays se noie complètement.Lundi, le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait pourtant fait d’importantes concessions aux demandes des institutions européennes et du FMI afin d'arriver à un accord. Il avait accepté une austérité budgétaire de 8 milliards d’euros sur deux ans, une importante hausse de la TVA et de la contribution des pensionnés à l’assurance maladie. Le gouvernement grec avait déjà accepté de relever l’âge de la pension à 67 ans pour 2025. Mercredi, la réponse des institutions a fuitée vers la presse. Les propositions de Tsipras lui étaient renvoyées barrées de rouge, comme la copie d’examen d’un mauvais élève. Les institutions s’opposent plus particulièrement à deux types de mesures : celles qui veulent faire payer les riches et celles qui veulent protéger les plus démunis. Difficile d’imaginer une réponse plus antisociale, plus antidémocratique, plus arrogante.

Protéger les riches, saigner la population

Les propositions grecques contenaient en effet aussi une série de mesures destinées à renflouer les caisses de l’État en allant chercher l’argent là où il se trouve. Mais l’idée même révolte les institutions. Pas question d’augmenter le taux d’impôt des sociétés de 26 % à 29 %, ni de faire payer les grandes entreprises de télécommunication pour leurs licences 4G et 5G. Inacceptable aussi de reporter aux niveau précédent les cotisations des employeurs aux retraites complémentaires ou d’instaurer un impôt spécial sur les bénéfices élevés des entreprises. Certes, l’État grec a besoin d’argent, mais pas question de s’en prendre aux riches…La copie de Tsipras contenait certaines mesures destinées à garantir un minimum d’équité. Là aussi, le message de la Troïka est sans équivoque. Il ne faut pas adapter le système d’aide aux pensionnés les plus pauvres, il faut l’abolir. Il ne faut pas consulter les syndicats avant de réformer le système des pensions, ni offrir des déductions fiscales aux résidents des îles avec de faibles revenus. Il faut arrêter les subventions aux paysans. On ne peut pas non plus limiter à 13 % la TVA sur tous les produits d’alimentation de base, ni à 6 % pour du matériel médical. En effet, pourquoi ne pas saigner ces ménages dont une mère malade a besoin d’une bouteille d’oxygène ou d’un lit adapté ?

Un calcul cynique

De Krugman à Paul de Grauwe, de plus en plus d'économistes s’accordent sur le fait qu’imposer ces mesures à la Grèce est un contresens économique. Socialement, il s’agit d’un bain de sang. Démocratiquement, c’est exiger tout le contraire du programme pour lequel la population grecque a voté en janvier.Malgré les importantes concessions faites par l’actuel gouvernement grec, celui-ci n’est plus considéré comme un allié fiable par les institutions européennes. Depuis quatre mois en effet, le gouvernement grec plie, mais refuse de se soumettre entièrement aux diktats de Bruxelles. Face à l’asphyxie de l’économie grecque imposée par la Banque centrale européenne, face aux pressions politiques des institutions européennes, le gouvernement grec continue à défendre son droit à élaborer lui-même sa politique. Un affront inacceptable pour les classes dirigeantes européennes qui viennent de publier un « rapport des 5 présidents » qui propose de bétonner encore plus les choix économiques dont la Commission européenne décide.Pour tuer la démocratie en Grèce et en Europe, différentes stratégies sont déployées. D’une part il y a l’aspect économique. Le député PTB Marco Van Hees déclarait à la Chambre : « On met le revolver sur la tempe de la Grèce, avec le “Grexit”. En même temps, la Banque centrale européenne sape la confiance des Grecs en menaçant à tout moment de couper l’accès aux liquidités des banques. En troisième lieu, les institutions veulent imposer des mesures qui feront que les Grecs perdent confiance dans leur gouvernement. L’insistance sur une hausse de la TVA n’est pas une coïncidence : presque 90 % de la population grecque s’oppose à toute hausse de la TVA qui détruirait encore davantage l’économie et frapperait durement le pouvoir d’achat. »D’autre part, il y a le travail de déstabilisation politique. Depuis le début, les institutions et les oligarques grecs font pression sur Syriza pour que le parti se « débarrasse » de son aile gauche. Mais pendant les cinq mois de négociations, le parti est resté uni. S’y ajoute maintenant l’espoir de fermer la « parenthèse de gauche » en créant un gouvernement d’unité nationale. Pour y arriver, les institutions espèrent créer une scission au sein des députés de la majorité.

Préparer le Syrizexit

Des fonctionnaires européens avouent désormais ouvertement que l’objectif est de procéder à un changement de gouvernement en Grèce. Comme pour confirmer ce message, la Commission européenne a invité à la table des négociations l’opposition grecque. Pendant que le gouvernement grec négociait dans les imposants bâtiments autour de la place Schuman à Bruxelles, le commissaire européen Pierre Moscovici (PS) et le vice-président de la Commission européenne Jyrki Katainen accueillaient avec tous les égards les dirigeants de To Potami (libéral), PASOK (social-démocrate) et de la ND (conservateur) dans la salle à côté. Comme si les élections grecques n’avaient jamais eu lieu. Comme si ce n’était pas le gouvernement d’Alexis Tsipras qui était démocratiquement élu, mais bien le petit parti To Potami, financé par l’oligarque Bobolas et ayant recueilli à peine 6 % des voix.Cette stratégie ne date pas d'hier. En janvier déjà, le président du Parlement européen Martin Schulz incitait Syriza à s’allier avec le parti libéral To Potami. Il rencontrait Stavros Theodorakis, le président de ce parti, avec un message clair : « L’opposition d’aujourd’hui est le gouvernement de demain. » Le journal français l’Humanité note, ce jeudi 25 juin, en marge du sommet, que le Premier ministre Charles Michel en a profité pour inviter Théodorakis et Albert Rivera, le dirigeant du parti espagnol Ciudadanos à un « dîner de travail ». Ciudadanos a été créé, tout comme To Potami, dans l’espoir de contrer la vague de gauche en Grèce et en Espagne. Entre libéraux, la discussion sur comment saper le gouvernement grec a dû être passionnante.Plus que jamais, le choix sur la table est celui de deux Europes. L’Europe d’Angela Merkel, Mario Draghi, de Christine Lagarde, de Jeroen Dijsselbloem, de Pierre Moscovici, et de Jean-Claude Juncker, cette Europe de la dictature de l’austérité et du bain de sang social. Ou une Europe de la solidarité, des peuples qui en ont assez des recettes destinées à sauver les banques et couler les peuples. Une Europe pour laquelle des dizaines de milliers de gens manifestent jour après jour. Et une Europe qui fait peur aux classes dirigeantes, parce qu’elle menace leurs privilèges.26 Juin 2015auteur: 

Marc Botenga

http://ptb.be/articles/grece-l-union-europeenne-et-le-fmi-poussent-un-syrizexit


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