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TRIBUNE: L'étrangleur étranglé

Publié le 28 juin 2015 par Podcastjournal @Podcast_Journal
Rédacteurs et stagiaires: cliquez sur cette barre pour vous connecter en back-office de la rédaction! - Lecteurs et contributeurs: inscrivez-vous / connectez-vous sur les liens à droite --> C’est un étrange ballet qui se joue, aux yeux de tous, entre les négociateurs grecs et européens, ces derniers appuyés par la BCE et le FMI.
Officiellement, il s’agit d’obtenir des premiers qu’ils acceptent les conditions imposées par les seconds. On connaît les avantages attendus de cette capitulation: montrer que l’UE ne prête qu’à des États qui acceptent la discipline européenne, ce qui montrera aux Espagnols, aux Portugais et accessoirement aux Irlandais qu’ils n’ont pas fait d’efforts budgétaires en vain.

On peut même prêter une arrière-pensée politique aux négociateurs européens, montrer aux peuples qui s’apprêtent à voter pour l’extrême gauche ou droite, qu’il leur faudra passer sous les fourches caudines de l’orthodoxie financière définie par la BCE.

L’outil utilisé pour obtenir ce résultat par les négociateurs européens est celui du garrot financier, un petit filet de liquidité permettant à peine au négociateur grec de respirer. On attend qu’il cède avant d’être totalement asphyxié.

Fort bien.

Mais il n’est pas question d’obtenir que l’État grec rembourse un jour ses dettes. Au contraire, il s’agit de lui prêter plus. Sur le plan économique, le négociateur européen est dans une position d’extrême faiblesse : il échange un versement immédiat contre des promesses de réforme. Comme il n’est pas tout à fait naïf, il sait bien que les réformes n’auront probablement pas lieu, et que si elles ont lieu, elles auront un effet quasi nul sinon négatif sur la capacité de remboursement de l’État grec, ou alors à vraiment long terme. Ce n’est pas grave, car l’objectif du négociateur européen est de tirer un avantage politique de la négociation, pas un avantage économique.

Aussi, pour les négociateurs européens, il n’est pas envisageable de pousser le bras de fer jusqu’à la sortie de l’euro, car comment expliquer que l’Europe se retrouve avec une dette de 320 milliards d’Euros officiellement impayée et impayable?

Côté grec, tout est simple, ou presque. Le gouvernement a fait des promesses aux électeurs grecs. Il s’agit de ne pas perdre la face. Il faut donc obtenir des négociateurs européens un accord qui donne l’impression à l’opinion publique grecque que son gouvernement a obtenu gain de cause. Pour ce dernier, il n’est pas non plus envisageable de pousser le bras de fer jusqu’à la sortie de l’euro, car comment gouverner sur la base d’un échec politique et d’une situation financière catastrophique?

En résumé, pour les deux parties, le fond de l’accord importe peu, seule la forme compte.

Par conséquent, sans être très imaginatif, on peut s’attendre à un accord sur une base officiellement assez défavorable au gouvernement grec que ce dernier, offusqué, soumettra à un referendum qui sera approuvé par les électeurs grecs, ces derniers étant supposés assez lucides pour comprendre que ce théâtre d’ombre destiné à abuser l’opinion européenne a besoin de leur participation pour que les flux financiers européens continuent de compenser les déficits de l’État grec.

Ainsi le gouvernement grec sera dédouané par les électeurs du renoncement partiel à son programme, l’Union Européenne sera louée pour sa rigueur financière et les contribuables européens continueront à financer le déficit de l’État grec.

À moins que…

Mais je ne suis pas devin, j’essaie seulement d’être logique.


André Boyer
Professeur en Sciences de Gestion, chercheur auprès de l'IPAG LAB

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