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Les mers européennes sont encore loin du bon état écologique

Publié le 30 juin 2015 par Blanchemanche
#écosystèmesmarins
La politique de la mer a échoué dans ses objectifs, mettant en péril la résilience de ce milieu, constate l'Agence européenne de l'environnement. Elle plaide pour une meilleure coordination entre Etats et une approche fondée sur les écosystèmes.
Les mers européennes sont encore loin du bon état écologique
La manière dont l'Union européenne utilise les ressources naturelles maritimes n'est pas durable". Cette gestion non durable "menace à terme la productivité de nos mers, et finalement notre bien-être". Après avoir mené, pour la première fois, une évaluation globale de l'état des ressources maritimes européennes, le constat que dresse l'Agence européenne de l'environnement (AEE) est sans appel.
Dans un rapport publié le 24 juin, elle estime que la directive-cadre Stratégie pour le milieu marin(DCSMM), adoptée en 2008, n'a pas atteint ses objectifs, résumés en une formule : "Pour une mer propre, une mer saine, une mer productive". Pour y parvenir, cette stratégie visait une meilleure intégration des différentes politiques de la mer (gestion des pêches, biodiversité, production d'énergie…) et une meilleure prise en compte par celles-ci des enjeux environnementaux. Sept ans après son adoption "les mers européennes peuvent être considérées comme productives, en revanche elles ne sont ni saines, ni propres", assène l'AEE.On est donc bien loin de l'objectif de la directive-cadre qui vise un bon état écologique des eaux marines d'ici 2020. En juillet 2014, la Commission européenne alertait déjà sur cette défaillance, alors qu'elle fait de l'économie maritimel'un des moteurs de la croissance européenne. Elle estime de 3 à 5% la part du PIB européen générée par les activités de ce secteur.
Pour l'AEE, plutôt que de lancer de nouvelles politiques, l'Europe doit mettre en œuvre de manière adéquate les politiques existantes et concentrer ses efforts sur l'évaluation des impacts cumulés, la coordination et la gestion des objectifs à l'échelle des mers entières.
La capacité de résilience en péril ?

La liste des dégâts imputés aux activités humaines (pêche, tourisme, transport, extraction de ressources…) est longue : dommages physiques sur les fonds marins, extraction de poissons et de crustacés, introduction d'espèces non indigènes, apport de nutriments conduisant à l'eutrophisation, déchets marins… "L'effet cumulatif combiné de toutes ces pressions sur les écosystèmes marins (…) est un problème de plus en plus complexe et une préoccupation croissante, parce qu'ils conduisent à modifier le fonctionnement de l'écosystème et à réduire sa résilience", notamment face aux changements climatiques.
Des progrès ont été faits par les Etats membres pour limiter certaines pressions, constate l'AEE. Avec des résultats plus ou moins positifs sur les écosystèmes. "Depuis 2007, la pression de la pêche a été ramenée à des niveaux durables (c'est-à-dire rendement maximal durable) pour un nombre croissant de stocks de l'océan Atlantique Nord-Est et de la mer Baltique". Ces meilleures pratiques de pêche ont permis une reconstitution des stocks de poissons. "Cet exemple montre que les mers d'Europe sont encore résilientes et qu'il n'est pas trop tard pour agir et faciliter le rétablissement de l'écosystème marin. Il montre également que les efforts de politique et de gestion peuvent faire une différence importante lorsqu'ils sont correctement mis en œuvre", souligne l'agence.
Cependant, le milieu continue de se dégrader. Si ces trente dernières années, la pollution en nutriments a été réduite "de manière significative dans la mer du Nord et la mer Baltique(…) l'eutrophisation continue d'être un problème majeur". A cela, s'ajoutent de nouvelles pressions, comme les déchets marins, les contaminations chimiques, le bruit sous-marin, ou des pressions en augmentation : introduction d'espèces exogènes, pressions sur le fonds marin (exploitation minière, énergie offshore…).
Résultat : une perte de biodiversité, une diminution de la taille des populations marines, une perte de l'aire de répartition des espèces marines, ainsi qu'une perte des habitats marins... "Les pertes locales d'espèces individuelles vont affaiblir la structure des écosystèmes et leur fonctionnement, réduisant leur productivité. Si elle est poussée trop loin, cette perte de résilience peut conduire à des changements de régimes écologiques, qui sont des changements soudains dans les écosystèmes. Difficiles à récupérer, ils mettent en péril les services et les avantages associés aux écosystèmes marins", alerte l'AEE.
Mieux connaître pour mieux gérer

L'une des difficultés de la politique maritime européenne est la méconnaissance de l'état de l'environnement marin, à l'issue de l'évaluation initiale par les Etats membres, achevée en 2012. Les données disponibles pour évaluer l'efficacité de cette politique sont "en faible quantité et de mauvaise qualité". Or, "nous avons besoin de ces connaissances afin de mieux gérer notre utilisation du capital naturel de la mer dans le but de maintenir ou de rétablir la santé des écosystèmes". Cela passe notamment par une amélioration de la coopération entre Etats membres partageant une région marine ou une sous-région.
La convention régionale sur la mer Baltique, Helcom, "a montré qu'il est possible de développer une évaluation intégrée à l'échelle régionale, en harmonisant et en combinant des cartes de caractéristiques de l'écosystème avec des cartes de pressions humaines dans une analyse spatiale combinée".
L'harmonisation doit également porter sur les différentes politiques liées à la mer et leurs objectifs respectifs : "bon état écologique" pour la directive cadre stratégie marine et la directive cadre sur l'eau,"état de conservation favorable" pour la directive habitats et "rendement maximal durable" pour la pêche. "Dans le même temps, un certain nombre d'autres objectifs sectoriels existants ne sont pas toujours compatibles avec les objectifs environnementaux. Trouver le point d'équilibre entre l'exploitation / l'utilisation de la mer et la durabilité sera un défi majeur pour les politiques de l'UE dans un avenir proche", note l'AEE.

La gestion écosystémique devrait permettre d'atteindre cet équilibre et l'emporter dans les arbitrages entre des objectifs multiples, à condition de le faire à une échelle pertinente. Jusque-là, "l'installation d'éoliennes offshore pouvait être acceptée dans une zone en échange de l'élargissement d'une aire de protection marine ailleurs. Cependant, ces arbitrages sont à une échelle trop petite pour protéger les écosystèmes". Pour l'AEE, ils devraient se faire mer par mer, au travers de structures de gouvernance partagée.
Les mers européennes sont encore loin du bon état écologiqueSophie Fabrégat, journaliste
Rédactrice en chef adjointe
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